CHAP. XXXI. — CRITERIUM DE YICO. SUITE
vitable. Exemple frappant de ce qui se passe dans l'ordre idéal. L'entendement pose les conditions; de ces conditions dérivent des vérités nouvelles non faites^ mais découvertes par l'entendement; ainsi, ce qu'il faut admettre du système de Vico , c'est la puissance de combiner, accordée à Tintelligence, fait généralement reconnu; ce qu'il faut rejeter, c'est l'exagération de cette puissance de combinaison; Vico lui soumet toutes les vérités, alors qu'elle ne s'étend que sur les axiomes.
311. Reconnaissons au philosophe napolitain le mérite d'avoir émis, sur le degré supérieur de certitude qui s'attache aux sciences de l'ordre idéal pur, une idée véritablement lumineuse.
Dans l'ordre idéal , l'entendement pose lui-même des conditions selon lesquelles il doit bâtir l'édifice ; il choisit pour ainsi dire le terrain, il dessine le plan, il construit, selon le dessin qu'il a choisi. Dans l'ordre réel, le terrain, le plan, les matériaux, tout lui est assigné d'avance. Les règles de la raison président dans les deux cas aux travaux de l'entendement, mais avec cette différence que, dans l'ordre purement idéal, l'entendement ne relève que de la raison, tandis que, dans l'ordre réel, il ne saurait faire abstraction des objets considérés en eux-mêmes, ce qui multiplie les diiBcttltés.
Exemple : Je veux déterminer le rapport des côtés d'un triangle sous certaines conditions; je suppose ces conditions, cela suffit; le triangle idéal est dans ma pensée une chose parfaitement exacte, et de plus
une chose fixe. Je le suppose isocèle, par exemple, et ses côtés sont, à la base, connue 6 : 3 ; ce rapport est absolu, immuable, tant que je ne change point la supposition. Dans les opérations que je fais sur ces données , mes calculs peuvent me tromper, mais je n imputerai jamais Terreur aux données mêmes. L'entendement les connaît et ne se trompe point , parce que ce qu'il connaît est son propre ouvrage. Que si je réalise le triangle, Tentendement n'a plus la môme certitude ; il hésite, parce que les conditions qu'il détermine avec une entière exactitude dans l'ordre idéal ne se peuvent transporter de la même manière à l'ordre réel. Cela se pourrait-il, l'intelligence manque de moyens pour le constater. Voilà pourquoi nos connaissances perdent en certitude , à mesure qu'elles s'éloignent de Tordre idéal et s'engagent dans la réalité des choses.
312. Selon Dugald Stewart, les mathématiques doivent leur supériorité de certitude sur les autres sciences, non aux axiomes, mais aux définitions. Il est permis de croire qu'en écrivant ces lignes il s'est souvenu du système de Vico. En effet, c'est à peu de chose près la pensée du philosophe napolitain.
313. Cette différence entre Tordre purement idéal et Tordre réel n'avait point échappé aux scolastiques. Seuls, l'universel et le nécessaire peuvent être Tobjet de la science, disaient-ils; les choses particulières et contingentes ne le peuvent pas. Au mot contingent substituez réalité^ car toute réalité finie est contingente; au mot umt^^r^^/ substituez idécU^ car ce qui
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est purement idéal est universel , et vous aurez la même chose sous des noms différents. Les philosophes modernes ont-ils été plagiaires? Je ne le saurais dire ; mais il est certain que les auteurs scolastiques contiennent sur ces matières des passages merveilleusement lumineux. Serait-il étonnant que certains érudits eussent découvert ces richesses *?
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