CHAP. XXXII. — CRITERIUM DU SENS COMMUN
unique. Dans tous les autres cas, Thomme acquiesce par une impulsion naturelle. Que si Ton oppose le doute à sa croyance, il n'appelle pas l'attention de son contradicteur sur l'idée , comme il arrive pour les faits d'évidence immédiate ; il demeure interdit, déconcerté. A ses yeux, l'objection n'est pas une erreur, c'est de la folie.
Exemple : Dans un monceau de poussière nous jetons nn grain de sable, que l'on mêle, au hasard, à la masse commune. Survient un homme qui , plongeant sa main dans le sable, annonce qu'il va retirer le grain qu'on vient d'y jeter. Discutere2-vous avec lui? Non; vous direz tout bas ou du regard : Cela n'a pas le sens commun.
Tout ce que nous voyons, dit un rêveur^ n'est rien ; le monde externe n'existe pas ; notre corps même n'est qu'une illusion. Un autre nie l'existence de Paris et de Rome; que répondre à ces étrangetés? Rien. Un instinct naturel les repoussQ. L'esprit sent qu'il y a folie; il n'a pas besoin de se le prouver.
327. Le sens commun est-il un critérium certain de vérité? Est-il toujours certain? Dans quelles occasions? Quels sont les caractères qu'il doit présenter afin d'être tenu pour infaillible?
L'homme ne se peut dépouiller de sa nature ; lorsqu'elle a parlé, la raison nous avertit de ne point dédaigner ses avis. Une inclination naturelle est pour la philosophie chose très-respectable, par cela seul qu elle est naturelle; c'est à la raison, c'est au libre arbitre de ne point laisser dévier cette inclination ;
mais, dans rhomme, ce qui est naturel n'est pas tonjours fixe. L*instinct de la brute est aveugle , il ne change pas, et cela doit être , puisqu'elle n a ni raison ni liberté; les inclinations naturelles de rhomme sont subordonnées, dans leur exercice, à la liberté et à la raison; c'est pourquoi le mot instinct ne se peut appliquer à ces inclinations dans le même sens qu'on rapplique aux appétits brutaux. Au reste. Tordre intellectuel est soumis, comme Tordre moral, à la règle de subordination ; nous avons à surveiller notre intelligence comme nous veillons sur notre cœur. Tous deux sont soumis à la loi de perfectibilité ; le bien et le mal, la vérité et Terreur sont des chemins ouverts à notre liberté ; la nature nous indique celui qu'il faut prendre, mais ne nous force point à le prendre. Nous avons sous notre main la vie et la mort; à nous de choisir.
328. L'honmie n'est pas seulement un être libre; il est libre et faible. Voilà pourquoi ses inclinations naturelles s'égarent si souvent et Tentratnent à Terreur. On conçoit combien il importe de fixer les caractères du sens commun, critérium absolument infaillible.
Les voici :