CHAP. IV. —LES SENSATIONS ET LE MONDE EXTEKNE
Pourquoi? Par suite d'un mouvement dont le résultat est une sensation nouvelle qui détruit la première; j'ai placé ma main entre mes yeux et le tableau. Gomment se fait-il que je ne puisse, durant la seconde sensation, reproduire la première, et que Tune chasse l'autre? S'il existe des objets externes, si les sensations que j'éprouve sont produites par ces objets, tout s'explique ; les sensations relèvent des conditions que ces objets leur imposent; que si mes sensations ne sont autre chose que des phénomènes intérieurs, il m'est impossible de comprendre ce qui se passe dads Texemple que je viens de poser.
26. Les phénomènes purement internes, c'est-àdire ceux que nous croyons tels, sont, par rapport à leur existence ou même à leurs modifications, dans une grande dépendance de la volonté. Je reproduis par la pensée, aussi souvent que je le veux, l'image de la place YendOme et de sa colonne triomphale. Il en est de même de tous les objets de mes souvenirs. A mon gré je les évoque ou les fais disparaître. Que si certaines images me poursuivent malgré moi, quelques efforts suflBsent pour m'en défaire.
Un homme meurt sous nos yeux ; son visage pâle et baigné de sueur, ses yeux incertains et sans regards, ses mains convulsives, ses traits douloureusement contractés, sa respiration pénible, entrecoupée de gémissements plaintifs, se sont fortement gravés dans notre imagination. Durant plusieurs jours, cette triste image de la mort revient, malgré nous, s'offrir à notre pensée. Toutefois, il est certain que si, pour nous en
distraire, nous nous absorbons dans un calcul compliqué, dans un problème difiScile, nous la forcerons k disparaître.
Ainsi, même dans les cas exceptionnels, tant que notre raison reste maltresse d'elle-même, Tinfluence de la volonté sur les phénomènes purement internes est pour ainsi dire absolue.
On n'en peul dire autant des sensations qui sont, avec le monde extérieur, dans un rapport immédiat. En présence du mourant, je ne puis m' empêcher de le voir ou de l'entendre; ce que j'éprouve alors serait-il un phénomène purement interne? Ce phénomène est au moins très-différent du premier : l'un relève de ma volonté, l'autre en est indépendant.
Le rapport que les phénomènes purement internes ont entre eux diffère essentiellement des rapports qui peuvent exister entre les phénomènes extérieurs. La volonté presque souveraine sur les uns n'influe en rien sur les autres. Bien plus, les premiers sont produits par un acte simple de la volonté, ou se produisent d'eux-mêmes, isolément, sans aucune liaison avec des phénomènes antérieurs. Je suis à Madrid, et tout à coup me voilà sur les bords de la Tamise ou de la Seine. Je n'ai pas eu besoin de passer par les phénomènes qui représentent ce que nous appelons Espagne et France. Je puis me représenter la Tamise après mille sensations sans liaison entre elles, ou avec le fleuve qui porte ce nom. Mais dans l'autre hypothèse, si je veux produire en moi le phénoni^ft aue je nomme voir, il me faudra successive-