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CHAP. XV. — LA VUE ET LE HOUYEMENT

suffisante ; mais il nous sera facile de prouver que la comparaison entre des sensations différentes nous mène facilement à ce résultat.

Exemple : du point A, Tœil, regardant un objet B, le voit à l'extrémité du champ visuel, projeté sur un plan. Supposons que Tobjet B soit une colonne placée au milieu d'une grande salle, et le point A un angle de cette salle. L'œil verra la colonne comme dessinée sur le mur opposé 5 si l'œil change de place, la colonne changera pareillement; de telle sorte que si l'œil fait le tour de la colonne, celle-ci semblera successivement occuper tous les points du pourtour de la salle. Môme phénomène si Ton suppose l'œil fixe et la colonne mobile. Qui ne voit, en effet, que si la colonne se meut autour d'un observateur immobile, cette colonne devra se présenter à lui sur tous les points des murs opposés? Donc une seule sensation visuelle , relative à un seul objet, ne saurait nous apprendre si le mouvement appartient à l'objet ou bien à l'œil qui voit.

Mais pour apprendre à distinguer entre ces mouvements, ajoutons à la sensation unique la vue simultanée de plusieurs objets ; supposons, par exemple, que l'œil, en même temps qu'il voit la colonne, aperçoit certains corps interposés entre le mur et lui, des candélabres, des lustres, des statues, etc. — Est-ce l'œil qui se meut? à chaque fois que la colonne se projette sur une partie différente de la muraille, tout change ou semble changer de place : candélabres, lustres, statues, etc. — Est-ce la colonne?

Z9È UYRB II. — DBS SENSATIONS.

chaque chose garde sa place; la colonne seule a changé. Donc, la vue^ indépendamment des autres organes, rend témoignage de deux ordres de mouvement distincts :

1® L un, dans lequel tous les objets changent de position ;

2"" L'autre, dans lequel la position d'un seul objet est changée.

Ces deux ordres de phénomènes ne pourraient rester inaperçus ; la réflexion, forcément éclairée par le retour du même fait, en viendrait bientôt à tirer les conséquences qui suivent :

l*" Du changement total et constant dans la position des objets : que ce ne sont point les objets qui se meuvent, mais Tœil qui change de place ;

2'' Du changement déposition, soit d'un seul objet, soit de quelques objets seulement, au milieu de tout le reste immobile : que ce changement tient, non au mouvement de Tœil, mais à celui des objets.

Toutes choses changeraient-elles de place autour de nous, nous nous hâterions d'attribuer ce changement au mouvememl de l'œil ; nous affirmerions le contraire, lorsqu'un seul objet ou bien un petit nombre d'objets changeraient de place. Et qu'on ne s'y trompe pas, la supposition, ici, c'est la réalité. Les idées qui naissent du tact sont essentiellement limitées ; il est donc impossible que les idées de moavement, appliquées à des objets placés hors de sa portée, relèvent de lui.

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