‹ Philosophie fendamentaleChapitre 149 sur 184 · CHAP. XT. — LA VUE ET LE MOUYEMBNT · texte numérisé non relu

CHAP. XT. — LA VUE ET LE MOUYEMBNT

monter, et si le courant ne nous semble pas aller aussi vite qu'un objet immobile au môme lieu, c'est que son mouvement s'effectuant dans la direction que suit notre barque, nous n'apercevons que la différence. Le mouvement inaperçu qui nous emporte étant comme 5, un objet immobile nous semblera se mouvoir avec une rapidité égale à 5. Supposons la rapidité du courant égale à 3, son mouvement en amont sera pour nous égal à 5 — 3 = 2.

88. De ces observations, il semblerait résulter que si la vue suflSt quelquefois pour nous donner l'idée du mouvement, elle ne peut suffire toujours; qu'ainsi, le tact devient indispensable lorsqu'il s'agit de distinguer les mouvements qui nous appartiennent, de ceux qui ne nous appartiennent point. Erreur ! nous pouvons distinguer, à Taide de la vue, le mouvement de Tœil de celui de l'objet; que si, dans certains cas, il y a impossibilité, on en peut dire autant du tact lui-même.

Observons d'abord que, dans les exemples cités, le tact est encore plus impuissant que la vue à nous préserver des illusions.

Comment percevrons-nous, à l'aide du tact seul, le mouvement d'une barque glissant avec lenteur au milieu d'un canal? Si nous observons attentivement les objets auprès desquels passe notre embarcation, la vue nous avertit quelquefois de ce mouvement ; mais le tact, borné par essence à ce qui affecte immédiatement le corps, ne noiK peut aider en aucune sorte, hors le cas de contiguïté absolue.

Il est bon de remarquer aussi que nous ne rapport tons aux objets placés hors de nous le mouvement perçu par le tact qu'après en avoir acquis Thabitude par des comparaisons répétées. Celui qui , pour la première fois, laisse glisser sa main sur un corps, est hors d*état de discerner si c*est la main qui se meut sous Tobjet, ou Tobjet qui se meut sous la main. Ce phénomène est facile à comprendre : la sensation du mouvement est essentiellement une sensation successive ; or cette sensation se produit également, que ce soit Tobjet ou la main qui se meuve. Exemple : notre, main parcourt, dans sa longueur, un corps présentant différentes surfaces ; nos sensations varient selon la différence des surfaces ; que si, sous la main immobile, Tobjet passe à son tour, avec le même mouvement, la même pression, le même frottement, les sensations sont les mêmes ; chacun peut avoir observé combien il est difficile, lorsque nous nous appuyons sur un objet glissant, de distinguer lequel des deux se dérobe, de notre corps ou de Tobjet sur lequel il s'appuie. Ainsi donc, le tact luimême confirme Topinion que nous avons avancée, à savoir : que la distinction entre le mouvement de l'Organe et celui de l'objet extérieur ne relève pas de la sensation seule.

89. De ce côté, le tact n'a donc aucune prérogative ; examinons si la vue peut, à elle seule, nous mettre en état de distinguer le mouvement de l'œil de celui de l'objet mobile* Nous l'avons observé déjà : une sensation isolée, relative à un seul objet, est in-

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