‹ Philosophie fendamentaleChapitre 156 sur 184 · CHAPITRE XYII. — AUTRES SENS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYII. — AUTRES SENS

de rame, nées d'ane certaine disposition des organes? L'amour, la colère, la compassion, la joie, la tristesse, tant d'autres sentiments qui nous troublent et nous agitent, ne les devons-nous pas souvent à la simple présence d'un objet?

Mais, dira-t-on peut-être : il existe une différence essentielle entre les impressions qui relèvent des sens et celles qui tiennent aux passions : les premières sont indépendantes de toute idée antérieure, de toute réflexion, les secondes les supposent plus ou moins. Ainsi, qu'un objet frappe nos yeux, nous ne pouvons ne pas le voir et toujours de la même manière. Et cependant cet objet tour à tour nous passionne, ou nous laisse insensibles et froids, et presque toujours à des degrés divers. Plus encore; ce n'est pas la présence seule de l'objet qui nous affecte, mais certaines conditions sont nécessaires, par exemple, le souvenir d'un bienfait, d'une injure, l'idée d'un malheur souffert. N'est-ce point assez pour établir une différence essentielle entre ces deux ordres d'impressions ?

102. L'objection que je viens d'exposer est spécieuse et vraie sous certains rapports ; mais que l'on nous dise comment elle attaque ce que nous avons établi plus haut. Loin de prétendre, en effet, que les impressions dont j'affirme l'existence se produisent dans les mêmes conditions que celles qui relèvent des cinq sens, j'ai toujours admis la possibilité d'une différence non-seulement dans l'espèce et dans l'organe affecté, mais encore dans la manière dont Tor-

gane est affecté, comme aussi dans les circonstances au milieu desquelles la sensation se produit. Ce que j'aflBrme, c'est que le phénomène sensilif est en substance le même. N'y trouvons-nous point les trois caractères qui constituent les phénomènes de ce genre, à savoir : un objet matériel, un organe affecté par cet objet, une impression produite dans Tâme? Que cette impression demande pour se produire Tavertissement de telle ou telle idée, de tel souvenir, le phénomène n'en existe pas moins ; il n'en est pas moins le même phénomène; il implique une condition nouvelle, voilà tout.

103. Autre observation. Pour que la vue d'un objet donne naissance à certaines impressions, il n'est besoin ni d'une idée, ni d'une réflexion quelconque ; l'expérience est là pour l'attester. Un regard ne suffit-il pas à captiver une âme tendre, un cœur innocent, peut-être? D'où naît cette fascination soudaine, irréfléchie, et pour ainsi dire involontaire? De la pensée de jouissances grossières? Mais celui dont nous parlons en ignore l'existence ; il sent pour la première fois le trouble qui le perd. Il s'agit donc d'une affection de même nature que les autres affections organiques. Je veux que certaines conditions d'âge, de tempérament, etc., soient nécessaires; qu'il ait fallu qu'un objet, entre mille, se rencontrât en des circonstances particulières, dont l'âme émue ne sait pas elle-même se rendre compte ; il n'en est pas moins vrai que nous trouvons ici un objet externe, une affection de l'organisme, une impression de l'âme. Le

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