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CHAPITRE III. — DEUX CERTITUDES. 2f

elle n'arriverait jamais à percer le nuage; elle s'éteindrait ayant de donner sa lumière.

32. Le Créateur a pourvu à la vie des corps en leur préparant Tair qui les vivifie et le lait qui les nourrit. La certitude est le lait, la vie des intelligences ; elle est aussi un don du Créateur ! Qui ne sait que les efforts des génies les plus pénétrants, les plus élevés, les plus vigoureux, n'ont pu, jusqu'à ce jour, donner aux sciences des fondements solides? On démontrerait aisément que s'il est dans la science philosophique une partie purement spéculative, ce sont les questions de certitude.

33. Bien avant que ces questions eussent été posées, l'humanité était certaine d'une infinité de choses ; comparez le nombre des prétendus philosophes au reste du genre humain ! La certitude existe indépendamment de tous les systèmes; les théories demeurent et demeureront sans influence sur ce phénomène. Elle est ; il ne peut être question que de la régler, ou tout au plus de la raffermir.

34. Le scepticisme seul pouvait sortir de ces discussions vaines, la variété, l'opposition des systèmes étant plus propre à engendrer le doute qu'à le dissiper. Par bonheur, la nature oppose au doute une barrière infranchissable ; les rêveries des savants ne passent pas le seuil des bibliothèques; elles ne deviennent pratiques ni pour le grand nombre ni pour ceux-là mêmes qui les ont inventées.

35. Analyser les fondements de la certitude dans rintention de reconnaître, de constater les lois qui

régissent Tesprit humain, mais sans se flatter de changer la nature des choses, voilà le rôle de la philosophie.

36. Que dis-je ! môme dans ces limites, les résultats qu'elle fournit sont loin d'ôtre satisfaisants. Rappelons-nous ce qui a été établi plus haut. La science constate le phénomène parce qu'il est réel et vrai ; mais elle n'en peut donner qu'une explication gratuite : ce phénomène échappe à l'analyse.

En effet, Texpérience démontre que l'entendement ne prend pour guide aucune des considérations présentées par la philosophie. La certitude la plus absolue, la plus ferme, est le résultat spontané d'un instinct naturel; c'est une adhésion inébranlable arrachée par l'évidence, par la force du sens intime, par une impulsion involontaire ; ce n'est pas une conviction produite par une série de raisonnements : ces raisonnements, ces combinaisons n'existent que dans l'esprit du philosophe ; ainsi, lorsqu'on veut signaler les fondements de la certitude, on n'indique point ce qui est, mais tout au plus ce qu pourrait ou devrait être.

Admettons que les philosophes se laissent guider par leurs systèmes, qu'ils ne les oublient point, qu'ils ne s'en écartent jamais; nous aurons la raison de la certitude philosophique, non la raison de la certitude humaine. Or, s'il est vrai que les philosophes se bornent à user de leurs moyens scientifiques du haut de leurs chaires^ il suit que les prétendus fondements sont une pure théorie. Où donc est la réalité?

CHAPITHE IV. — SCIEHCB nAKSCElfDANTALK. Î7

37. Celle démonslralion de la vanil^ des sysl^mes philosophiques, à Tégard des fondemenls de la certitude, nous mène-t-elle au scepticisme? non ; mais, par une juste appréciation du néant dos subtilités de ia raison, par la comparaison de notre impuissance avec la force irrésistible de la nature, elle nous apprend à respecter les lois que le Créateur a posées à notre intelligence ; elle nous met sur la voie où marche rhumanité ; elle nous incline au joug d*une philosophie judicieuse, de la philosophie du bon sens, c'est-à-dire à la loi de notre étre^

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