Pourquoi suis-je certain que la sensation suave
que mon odorat éprouve vienl de l'objet qui s'appelle une rose? Parce que mes souvenirs l'attestent; parce que le tact et la vue confirment le témoignage de l'odorat. Mais comment puis-je savoir que ces sensations sont quelque chose de plus que des impressions purement subjectives? Pourquoi ne croirais-je point qu'elles viennent d'une cause quelconqne, sans relation avec les objets extérieurs? Sera-ce en vertu du témoignage des hommes? Mais l'existence des témoins eux-mêmes m'est-elle bien démontrée? Comment, d'ailleurs, savent-ils ce qu'ils affirment? et moi-môme comment sais-je que je les entends?
Les difficultés soulevées à propos de la vue, du toucher, existent aussi pour l'ouïe. Si je doute du témoignage de l'un ou de plusieurs de ces sens, pourquoi ne douterais-je point du témoignage de tous les autres ? Le raisonnement n'a donc rien à faire ici : ses sophismes tendent à m'inspirer un doute impossible, à me ravir une sécurité dont, malgré tout, je ne puis me défaire.
Que si j'en appelais au raisonnement pour appuyer le témoignage de la sensation, celle-ci ne serait donc plus la source première de toute vérité. Nous aurions changé le terrain de la discussion.
63. Il résulte de ce qui précède : 1° qu'il n'existe point de sensation où les autres puisent leur certitude; je me suis contenté de l'indiquer ici, me réservant de le démontrer au traité des sensations ; 2° que cette sensation première, alors même qu'elle existât, serait impuissante à rien fonder dans l'ordre intellec-
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tael, la sensation étant profondément distincte de la pensée ; 3"" que les sensations, loin d'être la base uo la science transcendantale, ne peuvent, par elles seu* les, fonder aucune science. Comment, d*un fait contingent, faire sortir des vérités nécessaires' ?