‹ Philosophie fendamentaleChapitre 25 sur 184 · CHAPITRE Y. — SCIENCE TIUNSCEUDANTALE · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y. — SCIENCE TIUNSCEUDANTALE

fois, le sens du toucher, ne dût pareillement s'aider de la vue, jusqu'à ce qu'il eût appris à fixer les rapports de la sensation avec l'objet, et par la sensation à connaître les propriétés de cet objet môme.

56. L'ayeugle de Cheselden ne distingua point d'abord, de l'organe de la vision qu'il venait de recouvrer, les objets extérieurs ; mais ce fait célèbre est contredit par d'autres faits qui conduisent à des résultats directement opposés. La jeune fille opérée de la cataracte par Jean Janiriy et d'autres aveugles de naissance auxquels le professeur Louis de Gregori a rendu la vue, firent cette distinction sur-lechamp ; ainsi le rapporte Rosmini (Essai sur l'origine des idées, § S, ch. 472, p. 268). Toutefois, il donne la préférence au fait de Cheselden, qu'il dit avoir été renouvelé en Italie par le professeur Jacques de Pavie, avec les mômes résultats.

57. Par quel moyen l'action combinée des sens nous met- elle en éiat d'apprécier la réalité objective? Je ne le saurais dire. Le développement de nos facultés intellectuelles et sensitives se trouve accompli avant que nous ayons appris à réfléchir. Ainsi nous sommes certains de l'existence et des propriétés des choses, sans avoir pensé à la certitude et encore moins aux moyens de l'acquérir.

58. Mais supposons qu'il nous soit possible de soumettre à notre examen les sensations elles-mêmes, en tant que sensations, et les rapports des sensations avec les objets, abstraction faite de la certitude acquise, et en agissant comme si nous cherchions à

l'acquérir; trouverons-nous une sensation qui puisse servir de point d'appui à la certitude de toutes les autres? Non. Les difficultés que présentent celles-ci se retrouveraient tout entières dans celle-là.

59. Comment, par exemple, fixer les rapports du sens de la vue avec celui du toucher, et déterminer jusqu'à quel point ils dépendent l'un de l'autre? Ces questions viendront plus tard ; je m'abstiendrai de les traiter ici. Elles méritent mieux qu'une discussion incidente.

60. Que gagnerait la science à constater que la certitude de toutes les sensations relève, philosophiquement parlant, d'une seule? Toute sensation est un fait individuel contingent ; comment, de là, nous élever aux vérités nécessaires? A quelque point de vue qu'on la considère, la sensation n'est que l'impression reçue par le ministère des organes. Nous sommes sûrs de Timpression parce qu'elle est intimement présente à notre âme; quant à ses relations avec l'objet qui la produit, nous en deniandons la certitude à la réitération de la sensation, ou même à des sensations nouvelles, soit du même organe, soit de plusieurs organes différents; mais tout cela, d'instinct, sans réflexion, condamnés que nous sommes à voir notre intelligence se briser contre ce grain de sable que la nature a posé pour limite à l'orgueil de notre raison.

61. Ainsi, loin de nous révéler un fait primitif, pouvant servir de fondement à une certitude philosophique, les sensations se présentent à nous comme

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une suite de faits particuliers, parfaitement distincts, mais semblables, mais éganx qnant à la sécurité qu'ils produisent, sécurité qui prend le nom de certitude. On décompose Thomme ; on le réduit à Tétat de machine ; puis on lui donne un sens à Taide duquel il perçoit certaines sensations; puis un autre, de telle sorte qu'il combine ses sensations nouvelles avec les précédentes, et Ton procède ainsi syntbétiquement jusqu'à ce qu'il les possède et les exerce tons. Yains efforts, jeux de Tesprit, travail ingénieux peut-être, mais inutile et propre seulement à flatter Torgaeil bumain! En réalité, on ne peut dire que la science philosophique ait fait un seul pas. Les éyolotions que l'inventeur imagine ne sont point Fœuvre de la nature; or, le véritable philosophe doit examiner, non ce qui pourrait être selon sa pensée, mais ce qui est.

Condillac, animant progressivement sa statue, et tirant d'une seule sensation l'ensemble des connaissances humaines, nous représente ces prêtres qui, de Fintérieur de l'idole où ils s'étaient cachés, rendaient leurs oracles trompeurs. Accordons au philosophe sensualiste toutes ses prétentions; laissons-le régler, à sa guise, la dépendance respective des sensations; son système s'écroule si vous exigez qu'il raisonne sur la sensation pure, quelque transformée qu'il la suppose. Mais réservons ces questions pour la partie de cet ouvrage où nous étudierons la nature et l'origine des idées.

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