‹ Philosophie fendamentaleChapitre 28 sur 184 · CHAPITRE VI. — SCIENCE TRAKSCElfDANTALE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. — SCIENCE TRAKSCElfDANTALE

port absolument nécessaire, abstraction faite de l'existence. Et je comprends, au contraire, parmi les Térités réelles toutes celles qui supposent une proposition établissant un fait. A cet ordre appartiennent les sciences naturelles, car elles supposent toutes quelque fait objet de Tobsenration.

66. Nulle vérité réelle finie ne peut être la source de toutes les autres. La vérité, dans ce cas, est l'expression d*un fait particulier, contingent, et par cela même elle ne saurait contenir en soi le monde des existences, c'est-à-dire le reste des vérités réelles on même les vérités idéales qui tiennent aux rapports nécessaires, dans l'ordre du possible.

67. Si notre intelligence avait l'intuition de l'existence infinie, nous connaîtrions une vérité réelle, principe de toute vérité. Mais cette existence infinie ne nous est connue que par le raisonnement. La vue intuitive de Dieu est réservée à une vie supérieure; il suit de là que le fait de cette existence, raison de toutes les autres, se dérobe à nous. Que dis-je? même après que nous nous sommes élevés par le raisonnement à cette connaissance, nous ne pouvons expliquer, de ce point de vue, l'existence du fini par celle de l'infini. En effet, si nous faisons abstraction de l'existence du fini, le raisonnement à l'aide duquel nous nous étions élevés jusqu'à la connaissance de l'infini s'évanouit, et avec lui l'édifice tout entier de notre science. Donnez à un homme, au moyen du raisonnement, une démonstration de l'existence de Dieu, et demandez-lui, qu'abandonnant le point de

départ et s'appuyant sur Tidée seule de Tinfini, il explique non-seulement la possibilité, mais la réalité de la création; c'est lui demander l'impossible. Le fini est la base de son raisonnement ; enlevez cette base, tout s'écroule. L'architecte qui vient d'élever dans les airs une coupole hardie Ty soutiendra-t-il en la privant de ses fondements?

68. Que Ton prenne une vérité réelle, le fait le plus incontesté, le plus certain, il demeure stérile si les vérités idéales ne le fécondent. J'existe, je pense, je sens, voilà des faits incontestables, sans doute; mais qu'en peut tirer la science? Rien, ce sont des faits particuliers, contingents, entièrement isolés de ce qui n'est pas eux-mêmes, et dont l'existence reste indifférente au monde des idées.

Vérités de Tordre sensible qui ne s'élèvent à l'ordre scientiflque que par leur combinaison avec les vérités idéales. En constatant le fait de la pensée et de l'existence. Descartes ne s'aperçut point qu'il passait de l'ordre réel à Tordre idéal. Je pense, disait-il : s'en tenir là, c'était réduire toute sa philosophie à une simple intuition de la conscience; or il voulait faire quelque chose de plus; il voulait raisonner, et par nécessité il s'aida d'une vérité idéale : Ce qui pense existe. Ainsi, il fécondait un fait individuel, contingent, par la vérité universelle et nécessaire ; et, comme il avait besoin d'un guide pour aller en avant, il le demandait à la légitimité de l'évidence. On le voit, ce philosophe, qui recherchait avec tant d'empressement l'unité, se heurta dès les premiers pas

Page 1