CHAPITRE VII. — SCIENCE TEÀ!ISCBIfDA?(TALB
« Nous ne savons, continue-t-il, si A est posé ni comment il est posé; mais X devant exprimer on rapport entre un poser inconnu de A et un poser absolu du même A, en tant, du moins, que le rapport est posé, A existe dans le moi et se trouve posé par le moi^ tout comme X. X n'est possible que relativement à un A; c'est ainsi que X est réellement posé dans le moi; donc A doit se trouver dans le moe, si le moi contient X. » Quel langage! et que Descaries parait ^and auprès de Fichte! Tous les deux établissent leur philosophie sur le fait de conscience qui révèle l'être. Mais Tun traduit sa pensée avec clarté, avec simplicité, dans un langage que tout le monde entend ou peut entendre. L'autre, craignant de relever d'un maître, s'isole dans son orgueil et murmure, du sein du nuage , d'incompréhensibles oracles. « Je pense, je n'en puis douter ; ce fait est attesté par mon sens intime. La pensée implique l'existence , donc j'existe. » Voilà un langage sans affectation, sans prétention , le langage de la véritable philosophie ; c'est celui de Descaries. « Que l'on me donne, dit à son tour le philosophe allemand, une proposition quelconque, par exemple A est A, » nous venons de voir avec quel appareil rebutant et stérile il expose que le verbe être n'exprime point l'existence du sujet d'une manière absolue , mais seulement sa relation avec l'attribut.
84. Mettons en parallèle les deux syllogismes : Descartes : Tout ce qui pense existe ; je pense , donc j'existe.
Fichte : X n'est possible que relativement à un A ; or X est réellement posé dans le moi; donc A doit se trouver posé dans le moi.
Nulle différence, au fond; mais dans la forme, la différence du génie à la vanité stérile.
Je le répète, les deux syllogismes sont, au fond, les mêmes. Voici la majeure de Descartes : a Tout ce qui pense existe. » Cette majeure, il ne la prouve pas ; il confesse qu'on ne peut la prouver. Voici celle de Fichte : « X n'est possible que relativement à un A. » Ou, en d'autres termes, le rapport de l'attribut avec le sujet, en tant que connu, ne peut exister sans un être qui le connaisse, a X devant exprimer un rapport entre un poser inconnu de A et un poser absolu du même A, en tant du moins que ce rapport est posé^ » c'est-à-dire en tant qu'il est connu. Et comment Fichte prouve-t-il qu'un poser relatif suppose un poser absolu, c'est-à-dire un sujet où il se pose ? Il ne prouve pas, il aflSrme. Il n'y a point d'A relatif, s'il n'y a point d'absolu. Tout ce qui pense existe ; ou rien ne peut penser sans exister. Cela est clair, évident ; ni Descartes ni Fichte ne peuvent aller plus loin.
«Je pense, » mineure du philosophe français; celui-ci n'en donne point la preuve et s'en rapporte au sens intime devant lequel il s'avoue invinciblement arrêté. Voici celle du philosophe allemand : « X est réellement posé dans le moi^ » ce qui signifie, le rapport du sujet avec l'attribut est réellement connu par le moi; et comme, selon ce qu'il a établi, l'une ou l'autre de ces propositions pouvaient être prise à
CflAPlTBC TU. — SCIENCE TRANSCENDANTALE. 6î5
Tolonté, dire que le rapport de rattribat avec le sujet est connu par le moi, c*est afSrmer qu*an rapport qnelconqne est connu par le moi, ou plutôt c*est formuler cette proposition : Je pense.
Remarquons-le bien : s'il se trouve quelque différence, l'avantage est du côté du philosophe français. La pensée, selon Descartes, est tout phénomène intime dont nous avons conscience. Qu'a-t-il besoin, pour constater ce fait, d'analyser une proposition et de surcharger l'intelligence? Pendant que Fichte se perd, loin du but, en d'inextricables détours, Descartes, le montrant du doigt, dit : Le voici. L'un agit en sophiste, l'autre en homme de génie.
n faudrait pardonner au philosophe allemand sa méthode, peu faite pour rendre la science attrayante, s'il s'en était tenu aux principes que nous venons 3'exposer. Par malheur, ce moi mystérieux qu'il nous montre au vestibule môme de la science, ce moi qui n'est et ne peut être, aux yeux d'une raison saine, que ce qu'il a été pour Descartes, à savoir : l'esprit humain connaissant son existence à l'aide de sa propre pensée, va s'agraudissant, dans le système de Fichte, en des proportions incroyables. C'était un point imperceptible ; c'est un fantôme gigantesque, dont les pieds touchent l'abime pendant que sa tète se perd dans le ciel. En effet, le moi, sujet absolu, existe, par cela seul qu'il se pose lui-même ; il se crée lui* même, il absorbe tout, il est tout, et se révèle dans la conscience humaine comme dans une de ces phases /sans fin qui partagent l'existence infinie.
Noas en avons dit assez pour faire comprendre les tendances du système de Fichte; nous y reviendrons, cependant» lorsqu'il s'agira d'exposer Tidée de la substance et de réfuter le panthéisme.
Le panthéisme! erreur capitale, la plus dangereuse des erreurs du siècle; erreur chère à la philosophie moderne et que nous devons combattre partout et sous toutes les formes qu'elle sait revêtir. Pour le faire avec fruit, il est bon de l'arrêter dès ses premiers pas; c'est pourquoi j'ai soumis à un examen prolongé la pensée fondamentale de la Doctrine de la science^ du philosophe allemand. J'ai voulu la dépouiller de l'importance exagérée qu'il lui attribue. Elle devenait, dans son plan, la base de la science transcendantale ; car il ne se flattait de rien moins que de déterminer le principe absolu, inconditionnel de toutes les connaissances humaines ^