CHAPITRE TlII. — L'iDENTITIÎ UNIVERSELLE
Ters même, l'univers arrivé, par un développement successif, à la conscience de son être. Tout ce qu'il Toit hors de lui, et qu'il croit distinct de lui, n'est autre chose que lui-même ; qu'un reflet de lui-même, se déployant à ses propres yeux sous mille formes diverses, comme un magnifique panorama.
Le lecteur pourrait croire que j'imagine un système pour avoir le plaisir de le combattre ; il n'en est point ainsi. La doctrine que nous venons d'exposer appartient à Schelling.
88. Cette erreur tient, en partie à l'obscurité du problème de la connaissance. Connaître est une action immanente et en même temps relative à un objet externe, excepté le cas où l'être intelligent se prend lui-même pour objet, en vertu d'un acte réfléchi.
Pour connaître une vérité quelconque, l'esprit ne sort pas de lui-même ; son action ne franchit pas les limites du moi; la conscience lui rend témoignage de sa permanence et du développement de son activité dans le cercle intérieur du moi.
Cette action immanente s'étend aux objets les plus divers, comme aux plus éloignés par le temps et par la distance. Comment l'esprit peut-il se mettre en contact avec eux? Comment expliquer qu'il y ait conformité entre l'objet et sa représentation*? Sans représentation, point de connaissance; sans conformité, nulle vérité ; la connaissance n'est qu'une illu-
^ Ce mot représentation revient souvent et répond à Tidëe rendre présent, rendu présent.
sion; Tentendement humain, le jouet d*un rêYe. Ce problème présente des difficultés très-graves, des difficultés insolubles peut-être, et soulève les questions les plus hautes de Tidéologie et de la psychologie; mais je ne dois pas anticiper sur des discussions qui ont leur place ailleurs, et je me borne au point de vue indiqué par la question que j'examine, qui est celle de la certitude et de son principe fondamental.
89. Que la représentation existe, c'est un fait attesté par le sens intime. Sans représentation, point de pensée ; et cette affirmation, je pense^ est, sinon Torigine, du moins la condition indispensable de toute philosophie.
90. D'où \ient la représentation? Gomment expliquer le fait d'un être entrant en communication avec d'autres êtres, non par un acte transmissible, mais par un acte immanent? Et la conformité entre l'objet et la représentation, qui nous l'expliquera? Ce mystère n'indique-t-il point qu'au fond de toute chose il y a unité, identité; que l'être connaissant n'est autre que l'être connu, s'apparaissant à luimême sous une forme différente ; que les réalités visibles se réduisent à de purs phénomènes d'un même être toujours identique, infiniment actif, qui, par le développement de ses forces multiples et variées à l'infini, constitue cet ensemble que nous nommons univers? Non, non; il n'en est point ainsi. Erreur que la raison la plus extravagante ne saurait admettre ; moyen aussi désespéré qu'impuissant d'ex-