‹ Philosophie fendamentaleChapitre 39 sur 184 · CHAPITRE TUI. — l'IDBKTITÉ UinyBHSBLLB · texte numérisé non relu

CHAPITRE TUI. — l'IDBKTITÉ UinyBHSBLLB

pliqner an mystère! J'ai dit un mystère ; ooi, mais mille fois moins obscnr qne le système à Taide duquel on prétend éclairer ses ténèbres.

94 . Loin de rien expliquer, Tidentité uniTerselle confond toutes choses; loin de résoudre les diffi-> cultes, elle les fortifie et les rend insolubles. Qu'il soit difficile d'entendre comment des objets distincts de l'esprit sont représentés dans l'esprit, nul ne le conteste ; mais Test-il moins de rendre compte du phénomène de l'esprit se représentant lui-même? S'il y a unité, s^il y a identité complète entre le sujet et Tobjet, comment s'oflfrent-ils à nous comme choses distinctes? L'unité produit la dualité ; l'identité enfante la diversité : qui nous expliquera ces mystères?

C'est un fait attesté par l'expérience, et non par l'expérience des objets extérieurs, mais par celle de la conscience, par le fond le plus intime de notre être, que dans toute connaissance il y a sujet et objets perception et chose perçue, et que cette distinction rend seule la connaissance possible. Même dans le cas où, par un effort de réflexion, nous nous prenons nous-mêmes pour objet de nos pensées, la dualité se montre ; si elle n'existe pas, nous la supposons. Sans cette fiction, nous n'arriverions jamais à penser.

92. Oui, l'observation nous apprend que, dans l'acte le plus intime, le plus concentré, la dualité se révèle, et non, comme on pourrait le croire, une dualité fictive, mais une dualité réelle, positive, distincte.

L'intelligence qui se replie et fait retour sur sa

propre nature ne voit point son essence, puisque Tintuition directe d'elle-même ne lui est pas donnée; elle Yoit ses actes et les prend pour objet ; or Tacte réfléchissant n'est point l'acte réfléchi; lorsque je pense que je pense, le premier penser est distinct du second; tellement distinct, que l'un succède à l'autre; le joe/i^er réfléchissant n'existerait pas si le penser réfléchi n'eût antérieurement existé.

93. Une analyse attentive de la réflexion confirmera les observations précédentes. Est-il possible de réfléchir sans un objet de réflexion? L'objet, dans le cas présent, quel est-il ? C'est la pensée elle-même. Donc la pensée a dû préexister à la réflexion. Que si l'on prétend que la succession dans le temps n^est pas nécessaire, et que la simultanéité ne détruit pas la dépendance, notre raisonnement ne perd rien de sa force. Je suppose, sans Tadmettre, que la simultanéité soit possible ; mais la dépendance ne l'est pas, s'il n'y a point de distinction. La dépendance est un rapport : le rapport suppose une opposition entre les extrêmes, et cette opposition entraîne la distinction.

94. Que ces actes soient distincts, alors même qu'on les supposerait simultanés, nous le pouvons prouver d'une autre manière. En effet, l'un de ces deux actes, l'acte réfléchi, existe indépendamment de l'acte réfléchissant. La pensée est dans un travail continuel sans pour cela faire retour sur elle-même. Qui n'a mille fois pensé sans songer à sa pensée? La même chose se peut observer à propos de la réflexion, soit qu'elle n'intervienne point pour s'occuper de

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lâcte de la pensée, soit qa'elle disparaisse et laisse d lui-même Tacte direct. Donc ces actes sont plus que distincts; ils peuvent se séparer: donc la dualité du sujet et de Tobjet n'existe pas seulement Yis-à-\is du monde extérieur, mais encore dans le plus intime, dans le plus vif de notre âme.

95. Que Ton ne dise point que la réflexion a pour objet, non un acte déterminé, mais la pensée en général , nous ne pensons pas seulement que nous pensons, mais que nous pensons à une chose déterminée ; et, dans les cas même où la réflexion prend pour objet la pensée en général, la dualité persiste : Tacte subjectif est alors un acte individuel, existant en un pobt déterminé du temps, et son objet est la pensée généralisée, c est-à-dire une idée qui représente toute pensée, une idée dans laquelle se trouve comme une sorte de souvenir de tous les actes passés, ou de ce que Ton nomme activité, force intellectuelle. Donc, la dualité se manifeste plus évidente encore, s'il est possible, que lorsque lobjet de la réflexion est une pensée déterminée. Dans ce dernier cas, la comparaison s'établit entre deux actes individuels ; ici. Ton compare un acte individuel avec une idée abstraite, une chose qui existe en un point précis du temps avec une idée qui fait abstraction du temps, ou qui contient, d*une manière confuse, tout ce qui s'est passé depuis le réveil de la conscience.

96. Ces raisonnements ont encore plus de valeur contre les philosophes qui placent Tessence de Tesprit non dans la force pensante, mais dans la pensée :

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qui n*accordent au moi Texistence qu'en tant qu'il se connaît lui -môme, aflSrmant qu'il existe parce qu'il se pose en se connaissant, et qu'il n'existe qu'en tant qu'il se pose, c'est-à-dire en tant qu'il se connaît. De ce système résulte non-seulement la dualité, mais ]a pluralité des actes et du moi; car ce moi est un acte, et les actes se déroulent à l'infini comme des flots sur une mer sans rivages.

Ainsi, loin de garantir l'unité absolue et l'identité du sujet et de l'objet, on établit la pluralité et la multiplicité dans le sujet même; et l'unité de la conscience, en péril, cherche contre les sophismes philosophiques un asile à l'ombre de l'invincible nature. 97. Il reste donc prouvé, d'une manière incontestable, qu'il y a en nous dualité primitive entre le sujet et l'objet, que la connaissance serait un phénomène incompréhensible sans cette dualité; que la représentation même est un mot contradictoire, si l'on n'admet, au plus profond de l'intelligence, des choses réellement distinctes. Qu'il me soit permis de rappeler que le type sublime de celte distinction nous est offert dans le mystère auguste de la Trinité, dogme fondamental de notre religion sainte. Ce dogme lumineux est recouvert d'un voile devant le- j quel notre raison s'incline ; toutefois, les rayons qui l s'en échappent jettent un jour plein de merveilles ; ' «i le mystère ne peut être expliqué, il est lui-même une explication sublime. Platon doit aux lueurs qu'il | sut entrevoir et ravir à ce foyer divin ses titres les I |)lus légitimes à notre admiration ; c'est ainsi que

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les Pères et les théologiens, en cherchant, dans Tétade des vérités révélées, à étayer leur foi par certaines raisons de convenance, ont porté la lumière dans les profondeurs les plus cachées de la pensée humaine.

98. Ajoutons que cette prétendue identité universelle contredit un des faits primitifs et fondamentaux de la conscience, sans expliquer pour cela Torigine de la représentation intellectuelle et sa conformité avec les objets. Nul homme ne possède rintuition du moi individuel et de sa nature, encore moins rintuiHon de la nature de Tétre absolu que les partisans de Tidentité regardent comme le subsira^ tum de tout ce qui est ou de tout ce qui paraît. Dès lors, impossible d'expliquer à priori ni la représen* tation des objets, ni la conformité des objets avec la représentation. Donc le fait que Ton voudrait donner pour base à toute la philosophie n'existe pas, ou n*est pas connu : dans les deux cas, il ne peut servir à fonder un système.

Si le fait existe, il ne peut se présenter à nous sous forme de raisonnement ; il est vu , pour ainsi dire, plutôt que connu; il exige la première place, ou n'en a point. Raisonner en dehors de ce fait, c'est s'appuyer sur de simples apparences ; c'est se servir dé l'illusion comme d'un degré pour atteindre la réalité. Ainsi, il résulte du système de nos adversaires que la philosophie doit commencer par l'intuition la plus vive, la plus efiScace, ou qu'il lui est impossible de faire un pas.

99. La scolastique distinguait entre le principe de Tôtre et du connaître, principium essendi etpnncipium coffnoscendi. Cette distinction n'est pas admise dans le système que nous combattons. L'ôtre se confond avec le connaître. Ce qui est existe parce qu'il se connaît, et il existe seulement en tant qu'il se connaît. Déduire l'enchaînement des connaissances, c'est dérouler l'enchaînement de l'être; il n'y a pas même deux mouvements parallèles; il n'y en a qu'un. Le moi est l'univers ; l'univers est le moi. Tout ce qui existe n'est qu'un développement du fait primitif ; c'est le fait même qui se déploie et se manifeste sous différentes formes, s'étendant comme un océan sans rivages. Le lieu qu'il occupe, c'est l'espace infini ; sa durée, l'éternité^!

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