CHAPITBE IX — L'IDENTITÉ UNIVERSELLE
faire un instinct de son intelligence, c'est-à-dire à ramener la pluralité à Tunité, la variété infinie des existences à un centre commun. L'entendement connaît que le conditionnel doit faire retour à l'inconditionnel, le relatif à l'absolu, le fini à l'infini, le multiple à ce qui est un. Toutes les religions, toutes les écoles philosophiques sont d'accord sur ce point; aucune ne revendique pour elle, d'une manière exclusive, celte vérité ; on la trouve dans tous les pays du monde, à toutes les époques, au berceau même de l'humanité. Tradition magnifique, tradition sublime, qui, conservée par les générations au milieu du flux et du reflux des événements et des siècles , nous montre Dieu présidant à l'origine comme aux destinées de l'univers.
101. Oui, l'unité cherchée par les philosophes, c'est Dieu même ; le Dieu dont le firmament raconte la gloire; le Dieu qui a écrit son nom dans les merveilles de la nature ; le Dieu qui se manifeste dans la conscience humaine avec une irrésistible autorité. Oui, voilà l'unité, voilà la lumière qui éclaire et console le vrai philosophe, tandis qu'elle aveugle et trouble le sophiste orgueilleux ; l'unité que le sage contemple, qu'il adore dans le sanctuaire de son âme, tandis que le philosophe insensé lui jette le nom sacrilège de son moi: c'est elle qui, dans sa personnalité, sa conscience, son intelligence infinie, sa liberté parfaite, est la base et le couronnement de la religion ; c'est elle qui, distincte du monde, a tiré le monde du néant; c'est elle qui le conserve, le gou-
veme et le conduit, par de mystérieux sentiers, au but fixé par ses décrets immuables.
102. II y a donc unité dans le monde, unité dans la philosophie; là-dessus, Taccord est universel; mais voici où cesse Taccord : les uns séparent avec le soin le plus scrupuleux l'infini du fini, la force créatrice de la chose créée, Funité de la multiplicité, en maintenant le rapport nécessaire entre la volonté libre de l'agent créateur et tout-puissant et les existences finies, entre la sagesse de l'intelligence souveraine et la marche harmonieuse de l'univers ; les autres, frappés d'un aveuglement déplorable, confondent Teffet avec la cause, le fini avec l'infini, la variété avec l'unité ; ils reproduisent dans les régions de la philosophie le chaos des anciens jours, mais sans espoir de recueillir dans l'ordre et l'unité les éléments épars au sein d'une épouvantable confusion. La terre de ces philosophes est vide, les ténèbres sont répandues sur la face de l'abîme; mais l'esprit de Dieu n'est point là, porté sur les eaux, pour féconder le chaos stérile, et faire sortir au milieu des ombres et de la mort l'océan de vie et de lumière.
Les systèmes élaborés par la vanité des philosophes ne soulèvent aucun voile. Le système de la religion, qui est en môme temps celui d'une philosophie saine et de l'humanité, donne la raison de toutes choses. Le monde des intelligences, comme le monde des corps, est une énigme sans nom pour r^sprit humain, du moment qu'il rejette l'idée de
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dm; que cette idée reparaisse, la lumière se fait et lemot est trouvé.
103. Ces deux problèmes essentiels : Torigine de la représentation intellectuelle, sa conformité avec les objets, ont pour nous une solution très-simple. Notre entendement participe de la lumière infinie, bien qu'il soit limité dans ses attributs : la lumière qu'il reçoit n'est pas celle qui existe en Dieu même; elle en est la ressemblance, communiquée à l'homme, créature faite à l'image de Dieu.
Cette lumière éclaire les objets et les rend sensibles aux yeux de notre esprit, soit que ces objets entrent en rapport avec lui par des moyens qui nous sont inconnus, soit que Dieu nous en donne directe- Bient la représentation lorsqu'ils nous sont présents.
104. La conformité de la représentation avec la chose représentée s'explique par la véracité divine. Uû Dieu infiniment parfait ne peut tromper ses créatures. Telle est la théorie de Descartes et de Malebranche; penseurs éminents, qui ne s'avançaient dans la recherche des vérités intellectuelles qu'en tournant, à chaque pas, leur regard vers l'auteur de toute lumière, qui n'écrivirent jamais une page où leur plume ne traçât ce grand nom : Dieu/
Malebranche, comme nous le verrons plus tard, prétend que, même dès cette vie, l'homme voit tout en Dieu; mais, loin d'identifier le moi avec l'intelligence infinie, il établit entre eux une distinction profonde. En effet, pour soutenir, pour éclairer le moi, il ne trouve d'autre moyen que de le rapprocher
de la substance infinie, de Tunir à cette substance. Un coup d'œil jeté sur l'œuvre immortelle du Platon français suffira pour nous convaincre combien son système diffère des systèmes modernes ; combien il diffère de cette intuition primitive, acte essentiellement pur, dégagé de tout empirisme et qui semble sortir des régions où notre individualité est circonscrite ; de cette intuition du fait simple, origine de toutes les idées et de tous les faits, intuition qui réaliserait sur la terre, dans le monde de la philosophie, la vision béatifique. Ces folles prétentions étaient bien éloignées de la pensée et des théories de rillustre oratorien^