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CHAP. II. — PROBLÈMB DE LA REPRÉSENTATION

Qu'on veuille bien le remarquer ; je laisse de côté la nature de ce rapport, je n'affirme ni sa réalité, ni son idéalité, me bornant à dire, qu'entre ce qui représente et ce qui est représenté, il doit exister un lien, quel qu'il soit. Le mystère qui l'environne, son iucomprébensibilité môme, n'impliquent point sa non-existence. La philosophie constate l'énigme bien que, peut-être, elle ne puisse en donner le mot. C'est ainsi que, abstraction faite de toute expérience, on peu démontrer à priori qu'il existe un rapport entre le moi et les autres êtres, par ce fait seul que la représentation du monde extérieur existe dans le moi.

La communication incessante des intelligences entre elles et avec l'univers prouve qu'il existe pour toutes choses un point de rappel. Le phénomène de la représentation suffirait à l'établir d'une manière incontestable. Oui, tous les êtres, la multitude innombrable des êtres, dispersés en apparence, et indifférents les uns aux autres, sont unis intimement en un certain centre; de sorte que le simple phénomène de l'intelligence entraîne l'aflBrmation du lien commun, de l'unité dans laquelle la pluralité vient se confondre. Identité universelle pour les panthéistes: pour nous, cette unité, c'est Dieu.

114. Observons qu'il n'est pas nécessaire que le rapport entre ce qui représente et ce qui est représenté soit direct et immédiat. Il suffit qu'il existe avec un tiers. Ainsi sont forcés de l'admettre et ceux qui expliquent la représentation par Tidentité et ceux

qui Texpliquent par les idées intermédiaires, sans que, relativement au cas présent, il y ait nulle différence entre Topinion qui regarde les idées comme un produit de Taction des objets sur notre esprit, et celle qui les considère comme des émanations directes de la Divinité.

115. Tout ce qui représente contient, d'une certaine façon, la chose représentée; celle-ci ne serait point représentée si elle ne se trouvait, en aucune sorte, dans la représentation. La représentation peut être objet ou image; mais cette image ne représenterait point Tobjet si elle n'était connue comme image.

Donc, toute idée implique un rapport d'objectivité ; autrement, l'idée ne représenterait point l'objet; elle se représenterait elle-même. Comprendre est un acte immanent, mais d'une nature telle que, sans sortir de soi, l'entendement prend possession de l'objet. Lorsque je pense à l'étoile perdue dans l'immensité, certes mon esprit ne se transporte pas au point du ciel où cet astre scintille ; mais, au moyen de l'idée, il comble l'espace incommensurable et s'unit à l'astre même. Ce qu'il perçoit, ce n'est point l'idée subjective, mais l'objet de l'idée.; si cette idée n'impliquait point un rapport avec l'objet, elle cesserait pour notre esprit d'être une idée ; elle ne représenterait rien, à moins qu'elle ne se représentât elle-même.

116. Il y a donc, en toute perception, union de l'être qui perçoit avec la chose perçue; lorsque cette

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perception n'est pas inunédiate, le terme moyen doit être tel qa'il contienne on rapport nécessaire avec Tobjet, et se dérober lui-même aux yeux de Tesprit pour ne lui offrir que la chose représentée. Du moment qu'il entre en scène, qu*il se fait voir ou seulement apercevoir, il cesse d'être idée et devient objet. L'idée est un miroir, miroir d'autant plus parfait qu'il produit une illusion plus entière. Les objets doivent s'y peindre, mais les objets seuls, et de telle sorte qu'on ne puisse apercevoir le cristal qui les réfléchit.

117. Cette union de ce qui représente avec la chose représentée, de ce qui comprend avec la chose comprise, se peut expliquer, en certains cas, par leur identité. Qu'une chose soit elle-même sa propre représentation , aux yeux d'une intelligence, si l'on suppose une union quelconque, je ne vois point là de contradiction. Or, dans le cas où la chose connue est elle-même intelligente, ou se connaît elle-même, pourquoi ne serait-elle point sa propre représentation, ridéalité et la réalité se trouvant ainsi confondues en un même être?

Que si l'idée peut représenter l'objet, pourquoi Tobjet ne pourrait-il se représenter lui-même? Si Têtre intelligent peut prendre connaissance d'un objet au moyen d'une idée, pourquoi ne pourrait-il le connattre immédiatement? L'union, le point de contact entre l'être qui comprend et la chose comprise serait un mystère, j'en conviens. Mais le contact au moyen d'une idée est-il moins mystérieux? Tout ce

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que Ton avance contre celte union se peut objecter contre le fait même ; et, si Ton veut y réfléchir, on comprendra que le premier phénomène est phis inexplicable encore que le second. En effet, entre ce qui représente et Tobjet représenté, il existe comme une sorte de rapport de contenant et de contenu. On comprend que ce qui est identique se contienne soimême, parce que Tidentité exprime beaucoup plus que la capacité. Mais comment expliquer que Taccident contienne la substance, le transitoire ce qui est permanent, l'idéal, enfin, la réalité? L'identité est donc un véritable principe de représentation.

118. Que le lecteur veuille bien tenir compte des observations qui suivent; elles formulent nettement ma pensée.

Je ne prétends nullement affirmer qu'il existe un rapport nécessaire entre l'identité et la représentation, car on en pourrait tirer cette conséquence, que toute chose est représentative, puisque toute chose est identique à elle-même. Ma proposition est celleci : (c L'identité peut être origine de représentation ; » mais je nie les propositions suivantes : ce L'identité est nécessairement origine de représentation. » a La représentation est signe d'identité* »

Je ne détermine rien relativement à l'application des rapports entre la représentation et l'identité dans ce qui concerne les êtres finis.

Je fais abstraction de la dualité qui existe dès qu'un sujet et un objet sont supposés, et je laisse de côté toute question sur la nature de cette dualité.

CHIPTTRI Xtf. •* ITTElUGIBlUTt UMfoUTI. 91

119. Ceci bien établi, qu'il me soit permis de me prévaloir de renseignement de TËglise, dans le dogme de la vision béatifiqne et dans celai de Tintelligence divine. Cet enseignement établit qa*il n^existe aucune répugnance intrinsèque entre la représentation et ridentité. Selon le premier dogme, Tâme humaine, sortie victorieuse des épreuves de la vie, doit être intimement unie h Dieu, le voyant face à face, dans son essence même. On ne dit point que cette vision ait lieu au moyen d*ane idée ; les théologiens, entre autres l'Ange de l'école, affirment le contraire. Voilà donc l'identité unie à la représentation, c'està-dire l'essence divine se représentant elle-même, ou plutôt se présentant elle-même aux yeux de l'ftme humaine.

Selon le second, Dieu infiniment intelligent n'a pas besoin, pour comprendre, de sortir de lui-même ; il ne s'aide point d'idées distinctes de lui, il se voit dans son essence infinie. Voilà donc, tme fois encore, l'identité unie à la représentation, l'être intelligent identifié à l'objet de son intelligence ^

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