CHAPITRE XIII "représentation de causalité et d'idéalité
126. Venons maintenant à la représentation que j*ai nommée représentation de causalité. Un être peut se représenter lui-même; une cause peut représenter ses effets; l'activité, qui peut produire, est incompréhensible, si le principe de l'acte produc-
^ Voyez la note XII, à la fin du volume.
CHAP. Xlïl. — BEPRÉSBNTATION. DE CAUSALITÉ. 101
teurne contient, d'une certaine manière, la chose produite.
Voilà pourquoi Dieu, cause universelle, contient en lui, virtuellement et au plus haut degré, tous les êtres réels et possibles. Que si un être se peut représenter lui-môme, il peut représenter ce qu'il contient; donc la causalité, sous les conditions expri-mées ci-dessus, peut être origine de représentation.
127. Avec quelle hauteur de vues saint Thomas explique comment Dieu connaît les créatures ! Dans la Somme théologique, question 14, article S, il demande si Fêtre incréé connaît ce qui est distinct de lui [aliaàse), et il répond affirmativement : ce n'est point qu'il considère l'essence divine comme un miroir ; mais s'élevant, à l'aide de la théologie, aux plus sublimes considérations, il trouve dans la causalité l'origine de cette connaissance.
« Dieu, dit-il, se connaît parfaitement lui-même ; donc il connaît ce qu'il peut et par conséquent tout ce que son pouvoir embrasse. Dans la cause première, l'être, c'est l'intelligence elle-même. Tous les effets préexistant en Dieu, comme dans leur cause, doivent être en lui d'une manière intelligible, puisqu'ik ne sont autres que son intelligence. Donc, Dieu se voit lui-même par son essence ; quant aux créatures, il les voit non en elles, mais en lui, puisque son essence est le type de toutes choses. »
La môme doctrine se trouve exposée dans la question 12, article 8, où il demande si ceux qui voient l'essence divine voient tout en Dieu.
I os LIVRE 1. — DB tJL CERTITUDE.
128. Identité de la cbose qui représente avec la chose représentée; représentation d'identité. Rapport de cause et d'effet ; représentation de causalité. Il est une troisième représentation qui se distingue des deux premières; nous la nommons représentation d'idéalité. Nos idées appartiennent à cet ordre de représentation, car elles ne s'identifient point avec leur objets ni ne sont causes relativement à cet objet. Il nous est impossible de savoir s'il existe, indépendamment de cette force représentative que nous nommons idées, un ordre de substances finies capables de représenter des êtres distincts d'ellesmêmes, et dont elles ne seraient point causes. Leibnitz est pour l'affirmative ; mais, comme on l'a déjà vu, son système des monades n'est qu'une hypothèse. Il faut se lancer en des conjectures sans résultat, ou se taire; le silence me semble plus philosophique. Je m*en tiendrai aux propositions suivantes :
1** S'il existe un être, représentant un autre être, qui n'ait point été produit par lui, la force représentative ne lui appartient pas essentiellement; elle lui a été donnée.
2" On n'explique la communication qui s'établit entre les intelligences que par l'intervention d'une intelligence première, cause commune de toutes les intelligences, pouvant ainsi leur donner la force d'agir les unes sur les autres et de se représenter réciproquement.