‹ Philosophie fendamentaleChapitre 60 sur 184 · CHAPITRE XYIII. — PBIirCIPE DE DISCAHTBS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYIII. — PBIirCIPE DE DISCAHTBS

notablement, quelquefois, Tidée principale. A leurs adversaires qui disent: a Cela est absolument faux, n ils répondent : a Cela est vrai d'une manière abso* lue. » Exagération pour exagération. N'est-ce point là l'histoire de toutes nos querelles?

Descartes youlait ruiner la philosophie de son temps; c'était en lui l'idée dominante; mais le coup d'épaule de ce formidable lutteur ébranlait le monde. Avec quel dédain il s'exprime sur les hommes qui portent le nom de philosophes! « L'expérience enseigne que ceux qui font profession de philoso* phie sont le plus souvent moins raisonnables et moins sages que le vulgaire qui n'eut jamais connaissance de cette sorte d'études. (Préface des Principes cfe laPhii,)

178. Seconde partie de la méthode de Descartes : l'homme doit prendre sa pensée pour point de dé* part ; le doute universel s'arrête devant la conscience de notre propre existence. L'existence, voilà le phénomène que le penseur retrouve toujours au fond de son être, inébranlable et debout. L'homme ne peut douter quMl doute, c'est-à-dire douter de sa propre pensée. C'était l'argument employé contre les sceptiques. Constater l'existence d'une certitude à l'abri des sophismes, à savoir la conscience de soi-même : la méthode de Descartes n'est pas autre chose.

Lorsqu'il disait : « Je pense, » il n'entendait point seulement la pensée prise en un sens purement in* teilectuel, mais tout acte interne, tout phénomène présent à l'âme d'une manière immédiate, a Par le

i40 LITRE I. — DE LÀ CERTITUDE.

moi penser j dit-il, j^entends tout ce qui se passe en nous, de telle sorte que nous le percevons immédia tement par nous-mêmes. C'est pourquoi penser ne signifie pas seulement comprendre, vouloir, imaginer, mais aussi sentir; si je dis : ce Je vois ou je marche, » et que, faisant porter ma certitude sur le mouvement de mes pieds ou de mes yeux, j'en infère mon existence, cette conclusion n'est pas infaillible à ce point qu'elle exclue tout motif de doute, car je puis croire que je marche ou que je vois sans changer de place et sans ouvrir les yeux, ce qui m'arrive en effet durant le sommeil et ce qui pourrait avoir Heu, peut-être, si je n'avais point de corps. Mais si je n'entends parler que de l'acte de ma pensée ou de ce que je sens, c'est-à-dire de l'acte intérieur par lequel j'éprouve la sensation de voir ou de marcher, ma conclusion est vraie, d'une manière si absolue, qu'il m'est impossible d'en douter, parce qu'elle se rapporte à l'âme, qui, seule, possède la faculté de sentir, ou, si l'on veut, de penser, de quelque manière que ce soit, » {Principes de Phil.j 1" part., page 9.)

176. Ce passage révèle clairement l'idée de Descartes. Toute certitude fléchit sous le doute, saof une : la conscience de soi-même. Cette conscience est le point d'appui sur lequel va s'élever de nouveau l'édifice à jamais affermi des connaissances humaines. Locke et Condillac n'ont pas dit autre chose. La route suivie est différente; le point de départ est le même. Écoutons Locke : « En premier lieu, j'examinerai quelle est l'origine des idées, des connais*

CBAPITRE XYllI. — PRINCIPE DE DBSCIRTES. 141

sances, enfin des phénomènes qae Thomme perçoit dans son âme, et que sa propre conscience lui découvre. {Essai sur l'entendement humain^ prologue. ) Puisque l'esprit n'a pour objet de ses pensées et de ses raisonnements que ses propres idées, lesquelles sont l'unique chose qu'il contemple ou qu'il paisse contempler, il est évident que la connaissance se fonde tout eiitière sur nos idées. [Ibid.^ liv. 4, chap. 1 . ) a Soit que nous remontions jusqu'au ciel, dit Condillac^ soit que nous descendions dans les abîmes, nous ne sortons pas de nous-mêmes, nous ne percevons jamais que notre propre pensée. « Essai sur t origine des connaissances humaines j ch. 1.)

177. Ainsi toute philosphie constate et reconnaît ce fait : l'homme ayant conscience de ses propres idées. C'est le point de départ. L'esprit humain peut nier toutes choses, ruiner toutes choses, anéantir toutes choses; parmi les ruines qu'il amoncelle et jusque dans ce néant qu'il invoque parfois avec fureur, il se retrouve lui-même; il peut douter de Dieu, du monde, du corps qui le sert ; dans cette solitude immense, universelle, il se retrouve encore, il se retrouve toujours ! L'effort qu'il fait pour s'anéantir lui rend plus sensible son existence ; être merveilleux auquel nulle atteinte ne peut donner la mort, et dont chaque blessure verse des torrents de lumière ; s'il doute de ses sensations, il sent au moins qu'il doute; s'il doute de ce doute, il le sent encore; de sorte qu'en appliquant le doute à ses actes directs, il entre dans une série interminable d'actes réflexes

qui se rattachent fatalement les uns aux autres' et se déroulent aux yeux de la science, comme les anneaux innombrables d'une chaîne sans fin ^

Page 1