‹ Philosophie fendamentaleChapitre 66 sur 184 · CHAPITRE XX. — PRINCIPE DR CO^ITEADICT. KaNT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX. — PRINCIPE DR CO^ITEADICT. KaNT

classent nos jugemeats sons deax chefs, selon que Fattribut est ou n'est pas contena dans Tidée du sujet, et nomment per S0 notm les propositions da la première espèce, parce que le sens des tannes fait voir que Tattribut est contenu dans Tidée on dans la conception du sujet. Ils leur donnent également le nom de premiers principes. La perception de ces principes est exprimée par le mot mteUigmce {inêetlectus) et se trouve ainsi distinguée de la raison^ en tant que celle-ci s'exerce sur les connaissances d'une éyidence médiate ou de raisonnement.

Que Ton iiious dise ce que laissent à désirer» pour la précision, pour la clarté, les textes suivants de saint Thomas : « Une proposition est connue par elle-même, per senoia^ lorsque Tattrihut est ccKntenn dans la raison du sujet, comme, par exemple, rkoBune est un anin\al, laltribut animal étant essentiel à rbomme. Si donc, le sujet et Tattribut: sont imiver* sellement connus , la proposition sera connue par elle-même; il en est ainsi des premiers principes, dan3 les démonstrations dont les termes sont parfaitement compris ; par exemple, être et n être pasv k tout et la partie. » (1" partie, quest. 2, art. l".),

ce Tou,te {proposition dans laquelle Tattribut appartient à Tessence du sujet est connue par eUe-même^ à la condition toutefois que le sujet soit connu» Ainsi cetlje çroposijjon : c^ L'homme est raisonnable, ». est^ une proposition connue par elle-même, l'attribut raisonnable étant essentiel à Thomme, » (;t' 2*% qu^t. Q4^ art. 2.)

192. On voit par ces exemples (et il serait facile de les multiplier) que plusieurs siècles avant la découverte du philosophe de Kœnigsberg la distinction entre les jugements analytiques et les jugements synthétiques était parfaitement connue. On nommait analytiques les jugements formés en vertu d'une évidence immédiate, et synthétiques ceux qui résultaient d'une évidence médiate ; que cette évidence appartînt à l'ordre purement idéal, ou qu'elle relevât de l'expérience.

L'attribut, dans les jugements analytiques, est déjà dans le sujet ; il n'ajoute rien au sujet, mais il l'explique. Théorie de Kant.

L'attribut raisonnable est essentiel à l'homme. Théorie de saint Thomas. Où donc est la différence?

193. Mais revenons à notre question. La formule du principe de contradiction doit-elle être changée?

La première observation de Kant porte sur le mot impossible; il le juge inutile, parce que la certitude apodictique doit être comprise dans la proposition même. Voici comment il formule son principe : ce Un attribut qui répugne à un sujet ne convient point à ce sujet. » Qu'entend-on par le mot impossible? « Possible et impossible, dans le sens absolu, se disent : possible, lorsque l'attribut ne répugne point au sujet; impossible, lorsqu'il lui répugne; » ainsi s'exprime S. Thomas (Impart., quest. 25, art. 3), et toutes les écoles avec lui ; donc l'impossibilité est la répugnance de l'attribut pour le sujet; donc étra

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impossible, c'est répugner; donc Kant se sert luimôme des termes qu'il proscrit. La fonnule commune da principe de contradiction se pourrait exprimer de la manière suivante : « Il répugne qu'une chose soit et ne soit pas en même temps, ou bien il y a répugnance entre l'être et le non-étre, ou bien encore, Tôtre exclut le non-étre. La formule de Kant : « Un attribut qui répugne à un sujet ne convient pas à ce sujet, » ne dit rien de plus.

194. Comme critérium universel, la formule commune est plus exacte : celle du philosophe allemand restreint le principe au rapport de sujet et d'attribut, et par conséquent elle l'enferme dans l'ordre purement idéal, puisque ce principe n'a de valeur, dans Tordre réel, que par une sorte d'extension. Or, cette extension, la formule ordinaire ne l'exige pas; en disant : L'être exclut le non-être, elle embrasse l'ordre idéal et Tordre réel, et présente à la fois l'impossibilité des jugements et des choses contradictoires.

Kant pose son principe comme la condition sine quâ non de nos connaissances; il faut l'admettre ou renoncer à toute vérité. Venons à la preuve, et pour cela comparez les deux formules. Qu'une chose ne puisse, simultanément, être et n'être pas, on le voit aussitôt d'une vue pleine, et sans hésitation ; ce principe embrasse Tordre réel comme Tordre idéal. Il s'agit d'un objet externe ; il s'agit de jugements contradictoires, d'idées qui s'excluent; cela ne peut être, dira-t-on, parce qu'il est impossible qu'en un même temps une même chose soit et ne soit point. Croyez-

|$S ilTRE 1. — DK LA CERTITUDE.

TOUS qu*il fût aussi Tacile d'appliquer, pratiquement, dans Tordre des faits, les idées purement logiques de sujet et d'attribut? Donc, la formule comfuuue, non moins exacte que celle de Kant, est plus simple, plus intelligible, plus facilement applicable* Qualités essentielles pour un critérium universel, pour la condition sine quâ non de la vérité de nos connaissances,

195, J ai supposé que la formule de Kant e:jiBvimait, en réalité, le principe de contradiction; supposition tout au moins inei^acte. Sans doute, il serait contradictoire qu'un attribut , incompatible avec le sujet, convînt à ce sujet; mais cela ne sufSt point* De ce qu'il est impossible de nier un axiome sans tomber dans une contradiction, il ne suit pas que tout axiome implique le principe de contradiction, La formule doit exprimer directement Texclusion réciproque, Tincompatibilité entre Tétre et le non-être ; c'est là le fond du principe. Kant, dans sa nouvelle formule, n'exprime point cette exclusion d'une manière directe; il établit que l'attribut, exclu de l'idée du sujet, ne convient pas au sujet, voilà tout; confondant ainsi son principe avec celui des cartésiens : ii Ce qui est compris dans Tidée claire et distincte d'une chose se peut affirmer de cette chose. » La formule cartésienne ne se distingue de celle de Kant que par deux nuances accidentelles : la formule de Kant est plus concise, et négative; celle des cartésiens est affirmative.

d96. « Ce qui est exclu de Tidée claire et distincte d'une chose se peut nier de cette chose^ » Formule

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