‹ Philosophie fendamentaleChapitre 79 sur 184 · CHAPITRE XXIH · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIH

CRITERIUM DB LA C0NSC1ENCB<

225. Nous venons de passer en revue les principes de conscience, de contradiction, d'évidence, et de signaler leurs titres divers à la dignité de principe fondamental. Examinons maintenant la valeur intrinsèque des divers critérium. Les chapitres qui suivent ne sont qu'un développement de ceux qui

* Voyez la note, à la fin du volume.

précèdent; ils les complètent en leur empruntant la lumière. Commençons par la conscience ou le sens intime.

Le témoignage de la conscience ou du sens intime comprend tous les phénomènes qui , soit d'une manière active, soit d une manière passive, se réalisent dans notre âme. Ce témoignage est purement subjectif, de sorte que, par lui-même, abstraction faite de rinstinct intellectuel et de la lumière de Tévidence, il n*atteste rien par rapport aux objets. Il constate, non ce qui est, mais ce que nous éprouvons; il nous fait percevoir le phénomène , non la réalité, nous autorisant à dire : Il me semble ; mais non : Telle chose est ou n'est pas.

La transition du sujet à Tobjet, de l'idée qui représente à la chose représentée, de l'impression à la cause qui la produit, appartient à d'autres crilerium: la conscience s'arrête aux phénomènes intérieurs, ou, pour mieux dire, à elle-même ; c'est un fait de notre âme, rien de plus.

226. Il faut distinguer entre la conscience directe et la conscience réflexe; la première accompagne tout phénomène interne ; il n'en est pas ainsi de la seconde; l'une est naturelle, l'autre philosophique; l'une fait abstraction des actes de la raison, l'autre est un de ces actes.

La conscience directe est la présence même du phénomène à l'esprit, sensation ou idée, acte ou impression, tant de l'ordre intellectuel que de Tordre moral.

CHAP. XXIU. — CRITERIUM DE LA CONSCIBNCK. 181

On voit par cette définition que la conscience directe accompagne tout développement actif ou passif des facultés de Tâme. Dire que ces phénomènes existent dans notre âme et qu'elle ne les a point présents, c'est une contradiction.

Il n'en est point de ces phénomènes comme des modifications qui s'accomplissent dans les choses insensibles; il s'agit ici de modifications vivantes, dans un être vivant; l'idée seule de ces modifications implique leur présence à l'esprit.

Sentir, c'est éprouver une sensation; le mot éprouver suppose la présence; une sensation que l'on éprouve est une sensation présente.

Une pensée est essentiellement une représentation qui n'existe et ne peut exister qu'en tant qu'elle est présente. Le mot représentation l'indique; l'idée que nous attachons au mot en confirme le sens ; ce mot implique l'existence d'un objet réel ou imaginaire , qui, médiatement ou immédiatement, s'offre à un sujet; or, dans toute représentation, il y a présence, et par conséquent aussi dans toute pensée.

Si des phénomènes passifs, comme les sensations et les représentations, nous passons aux phénomènes actifs, je veux dire à ceux dans lesquels l'âme combine^ et veut, et développe librement sa force, intellectuelle ou morale, la présence est encore, pour ainsi dire, plus évidente. Ici l'être agissant n'obéit point à une impulsion naturelle , mais à des motifs qu'il se propose lui-même ; motifs auxquels il peut se refuser. L'exercice de la combinaison et de la volonté I. il

suppose invinciblement dans notre âme la présence de rintelligence et du vouloir.

227. La conscience réflexe, que les Français nomment aperceptioriy du verbe s'apercevoir^ c'est-à-dire perception de la perception, est cet acte par lequel Tesprit prend explicitement connaissance d'un phénomène qui s'opère en lui. J'entends un grand bruit; la sensation simple dont mon esprit est affecté constitue ce que je nomme conscience directe ; mais si je m'aperçois que j'entends, la sensation devient objet de pensée; je pense que j'entends; c'est là ce que je nomme conscience réflexe.

228. On voit par cet exemple que non-seulement la conscience directe et la conscience réflexe sont distinctes, mais qu'elles se peuvent séparer. Que de fois il nous est arrivé d'entendre sans penser que nous entendions!

229. Le commun des hommes exerce rarement cette conscience réflexe; la force intellectuelle réside surtout dans le sens direct; phénomène qui se lie à des vérités morales de la plus haute importance. L'esprit humain n'a pas été fait pour se contempler lui-même, pour penser qu'il pense ; les passions ne lui ont pas été données comme objet de réflexion, mais comme des forces qui le doivent pousser à l'accomplissement de ses destinées! L'être infini! voilà l'objet principal de son intelligence et de son amour, dans la vie du temps comme dans l'autre vie. Le culte du moi est une aberration de l'orgueil dont les ténèbres et l'impuissance sont le châtiment.

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