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CHAP. XXIII. — CRITERIUM DE LA CONSCIENCE

230. Les grandes découvertes appartiennent toutes à l'ordre objectif. Les sciences exactes, les sciences naturelles, la science morale elle-même, ne doivent point leurs progrès à la réflexion sur le moi^ tnais à l'étude des objets et de leurs rapports. Il n'est pas jusqu'aux sciences métaphysiques qui, dans ce qu'elles ont de plus solide, comme l'ontologie, la cosmologie et la théologie , ne soient purement objectives; l'idéologie et la psychologie, dont l'objet est l'étude du moi , participent déjà de l'obscurité de tout ce qui tient au subjectif; l'idéologie ne sort point de l'observation simple des phénomènes internes , observation qui, pour le dire en passant, est presque toujours superficielle Ou se perd çn de vaines subtilités ; la psychologie se borne à démontrer l'unité , la simplicité de Tesprit, conséquence rigoureuse de l'unité de conscience. Sur tout le reste, elle n'est pas plus avancée que l'idéologie, et se confond avec elle.

231. Le sens intime ou la conscience est le fondement des autres critérium, non comme proposition, mais comme fait indispensable à leur existence.

232. La conscience nous dit que nous voyons l'idée d'une chose dans l'idée d'une autre ; ce n'est encore qu'une apparence ; on devrait exprimer le témoignage par cette formule : // me semble, le phénomène étant purement subjectif. Mais ce phénomène est accompagné d'une impulsion de l'intelligence, d'un instinct irrésistible qui nous force à donner notre assentiment à la vérité du rapport, soit subjeo-

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lif , soit objectif, dans Tordre réel comme dans Tordre possible. Ainsi s'explique comment Tévidence, bien qu'elle ne s'identifie point avec le sens intime, s'appuie sur lui, comme sur un fait dont elle ne peut être séparée, parce qu'à ce fait vient s'ajouter l'instinct intellectuel , en vertu duquel nous admettons comme vrai ce qui est évident.

233. La sensation, en tant que sensation, n'est qu'un simple phénomène de conscience, car elle est immanente. L'esprit ne va point vers l'objet, il ne sort pas de lui-même ; la sensation est un acte, mais un acte passif, si je puis m'exprimer ainsi ; le mot n'a pas une autre signification dans le langage ordinaire. Toutefois, le témoignage des sens, c'est-à-dire la connaisssauce du monde externe, de ses propriétés et de ses rapports, repose sur ce fait de conscience.

Dans la sensation que j'éprouve à la vue du soleil, il y a deux choses : la sensation elle-même, c'est-àdire la représentation intérieure que j'appelle votr^ et la correspondance de cette sensation avec un objet externe que j'appelle soleil. Objets très-distincts, que toutefois nous ne séparons jamais.

La conscience est certainement la base de tout jugement. Base insufSsante; la conscience rend témoignage de ce qu'elle sent, non de ce qui est. Le jugement se complète au moyen d'un instinct naturel qui nous porte à objectiver les sensations, c'estnà-dire qui nous fait croire à l'existence d'un objet externe correspondant au phénomène intérieur. Voilà comment le témoignage des sens se fonde, en quelque

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sorte, sur la conscience. Mais fl ne relère pas d*elle senle; il a besoin de Finstinct qoi donne confiance

au jugement.

234. Remarquons ici que le témoignage des sens, même dans ce qu'il a d'intellectuel, diffère essentiellement de l'évidence. L'idée de la sensation, idée purement subjective, n'implique poinl l'existence ou la possibilité d'un objet externe, condition indispensable du critérium de l'évidence. L'expérience confirme ce fait, déjà clair par lui-même.

La représentation du monde extérieur, comme phénomène purement subjectif, se produit en nous en dehors de la réalité des choses ; plus ou moins distincte dans l'imagination, pendant la veille; vive, jusqu'à produire une illusion complète, durant le sommeil.

235. Cette exposition nous permet de déterminer d une manière précise la valeur et l'étendue du critérium de la conscience; je le vais faire en quelques propositions simples, avertissant qu'il ne s'agit ici que de la conscience directe.

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