‹ Philosophie fendamentaleChapitre 9 sur 184 · CHAPITRE II. *- ÉTAT DE LA QUESTION · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. *- ÉTAT DE LA QUESTION

noméne étrange, un objet de curiosité dans son isolement. « La folie, pour sublime qu*elle soit, ne laisse pas d'être folie. »

Reléguant le doute dans le domaine de la spéculation, les sceptiques eux-mêmes conviennent de la nécessité de s*accommoder, dans la pratique, aux témoignages des sens, à ce qu'ils nomment les apparences; philosophes tant que dure la discussion, ils cessent de Têtre la discussion finie, et redeviennent honmies.

Écoutons Hume qui niait avec Berkeley Texistence des corps. « Je mange, dit-il, je joue au trictrac, je parle avec mes amis, je suis heureux dans leur compagnie ; et quand , après deux ou trois heures de récréation, je reviens à ces spéculations, elles me paraissent si froides, si en dehors de la nature, si ridicules, que je n'ai pas le courage de les continuer. Je me vois absolument et nécessairement forcé de vivre, de parler et de travailler comme les autres hommes dans le train commun de la vie. » {Traité de la nature humaine^ tome 1".)

13. Tenons -nous en garde contre la tentation puérile d'ébranler les fondements de la raison humaine : ce qu'il faut chercher dans les questions relatives à la certitude, c'est une connaissance profonde des principes de la science et des lois qui président au développement de notre esprit. La mission de la philosophie n'est point d'entasser des ruines.

L'astronomie scrute les profondeurs des cieux, elle y découvre les lois qui régissent les mondes, et ne

i^ LITRE I. — DE LA CERTITCDB.

cherche pas à troubler l'ordre admirable de Tunivers. Non, le doute ne vivifie point la philosophie, il l'anéantit. Pour étudier les phénomènes de la vie, un insensé ouvre sa poitrine et plonge le fer dans son cœur palpitant. Voilà le sceptique !

La sobriété de l'esprit est aussi une vertu. Point de sagesse sans prudence; point de philosophie en dehors du bon sens. Nous portons au fond de notre âme une lumière divine, gardons-nous de l'éteindre; elle nous fait lire sur l'écueil où vient se briser la sagesse htimaine ces mots : Vous n'irez pas plus loin! Celui qui les a tracés est l'auteur de tous les êtres, le législateur du monde des corps et du monde des esprits, l'être infini, raison dernière de toutes choses.

14. La certitude préexiste à tout examen, mais elle n'est pas aveugle ; elle naît , ou de la clarté de la vision intellectuelle , ou d'un instinct conforme à la raison. Dans le raisonnement, notre esprit arrive à la vérité par l'enchaînement des propositions, c'està-dire à l'aide d'une lumière qui se réfléchit d'une vérité à l'autre. Dans la certitude primitive, la lumière est directe ; la vision se nomme évidence et n'a pas besoin de la réflexion.

Ainsi, la certitude dont nous constatons l'existence n'est point un phénomène obscur; loin de vouloir éteindre la lumière à son foyer, nous affirmons qu'elle y est plus brillante que dans ses rayonnements. Le soleil éclaire le monde; si Ton nous demande d'expliquer sa nature et ses rapports avec

lU — ÉTAT DK LA QUESTION. 15

I^ Teste de b création, nierons-nous le soleil? Le pby^neo qui Teat élndier la lamière et délenniner ses lois commencera-t-il par faire la nuit autour de loi?

15. C'est du dogmatisme, dira-t-on. Maïs ce dogmatisme, nons venons de le voir, a pour appuis les sceptiqnes enx-mèmes, les Pyrrhon, les Hume, les Fichte. Ce n'est pas une simple méthode philosophique, c'est la soumission volontaire à une nécessité inéritable de notre nature/ c'est la combinaison de la raison avec Tinstinct, c'est l'attention multiple et simultanée aux différentes voix qui résonnent dans le fond de notre esprit. Pascal a dit : « La nature confond les pyrrhoniens, la raison confond les dogmatismes. » Cette pensée, qui passe pour profonde, et qui l'est sons certains rapports, renferme néanmoins une inexactitude. Il n'y a pas égalité de confusion dans les deux cas. La raison, si elle reste naturelle, ne confond point le dogmatiste ; et la nature, soit seule^ soit unie à la raison, confond le P3nrrhonien. Le véritable dogmatisme commence par donner à la raison la nature pour fondement ; il se sert d'un instrument qui se connaît lui-même, qui confesse l'impuissance de tout prouver, et qui, loin de choisir arbitrairement les premiers principes dont il a besoin, les reçoit de la nature. Ainsi, la raison ne confond pas le dogmatisme qui, guidé par elle, lui cherche un fondement solide. Quand la nature confond les pyrrhoniens, elle atteste le triomphe des dogmatistes dont le principal argument contre le

scepticisme absolu est la voix de la nature même. La pensée de Pascal serait plus exacte sous cette forme : « La nature confond les pyrrhoniens, et elle est nécessaire à la raison des dogmatistes. d L'antithèse serait moins brillante, mais plus vraie. Les dogmatistes ne méconnaissent pas la puissance de la nature. En dehors de cette base, la raison ne peut rien ; il lui faut un point d'appui. Avec un point d'appui, Archimède s'offrait de soulever le monde; sans point d'appui, le levier le plus puissant ne remuerait pas un atome ^

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