‹ Philosophie fendamentaleChapitre 8 sur 184 · CHAPITRE II. — ÉTAT DE LA QUESTION. H · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — ÉTAT DE LA QUESTION. H

reprochait à Pyrrhon de n'avoir point, dans un danger pressant ,. mis sa conduite en harmonie avec les principes du scepticisme qu'il professait : a II est difficile de se dépouiller tout à fait de la nature humaine, )^ répondit le philosophe.

10. Ainsi donc, en bonne philosophie, l'existence de la certitude est hors de cause ; la question roule seulement, et sur les motifs qui la déterminent et sur les moyens de Tacquérir. C'est un patrimoine qui ne peut se perdre, voulût-on en aliéner les titres qui nous en garantissent la propriété. « Je pense , je sens , je veux ; j'ai un corps qui m'appartient ; il est autour de moi d'autres corps semblables au mien; il existe un monde matériel. » Affirmations que nul n'hésite à formuler. L'humanité, antérieurement à tous les systèmes, a été en possession de la certitude; l'individu la possède au même titre que l'humanité , bien que , durant sa vie , il ne s'avise jamais peut-être de se demander ce qu'est le monde, ce qu'est un corps, ou en quoi consistent la sensation, la pensée, la volonté. Que l'on creuse autour des fondements de la certitude jusqu'à les ébranler, que Ton soulève les difficultés les plus graves , le doute absolu n'en restera pas moins impossible. Il n'a jamais existé de véritable sceptique dans toute la force du mot, il n'en existera jamais.

11. Il en est de la certitude comme de toutes nos connaissances ; le fait nous apparaît clairement et en relief, mais nous n'en pouvons pénétrer la nature intime. Notre entendement atteint les phénomènes.

soit de Tordre matériel, soit de Tordre spirituel; il possède une pénétration suflSsanle pour découvrir, pour fixer, pour classer les lois qui les régissent; mais s'il veut s'élever à la compréhension de Tessence même des choses, s'il veut rechercher les principes sur lesquels repose la science dont il est si fier, le terrain tremble sous lui et s'abîme.

Par bonheur, avant qu'on ne songeât à disputer sur la certitude, tous les hommes étaient certains qu'ils pensaient, voulaient et sentaient; qu'ils avaient un corps soumis, dans ses mouvements, à la volonté ; qu'il existe un ensemble de corps que Ton nomme univers. En dépit d'une fausse science, la certitude a maintenu son empire môme sur ceux qui la nient ; il n'a été donné à personne de dépasser Pyrrhon, de trouver qu'il fût facile de se dépouiller de la nature humaine.

12. Que certains esprits déterminés à violenter le sens commun ne puissent fausser la droiture de leur instinct, je ne l'oserais dire, mais j'affirme sans hésiter :

!• Que nul n'est parvenu à douter des phénomènes internes dont il sentait la présence ; 2"" que si , par f itception, un homme se peut persuader que les phénomènes qu'il perçoit sont dépourvus de leur réalité correspondante d'ans le monde extérieur, cette exception ne saurait passer, aux yeux de la science et de la raison, que pour une sorte de folie. Berkeley, pîant l'existence des corps et forçant la nature à plier sous le$ subtilités de l'esprit, n'est qu'un phé*

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