‹ Philosophie fendamentaleChapitre 97 sur 184 · CHAP. XIII. — KANT. — JUGEMENT SYNTHÉTIQUE · texte numérisé non relu

CHAP. XIII. — KANT. — JUGEMENT SYNTHÉTIQUE

les principes que vous établissez maintenant impliquent contradiction avec ceux que vous avez établis tout à l'heure?»

284. Une idée contient non-seulement ce qu'on y aperçoit, mais ce qu'on y peut apercevoir.

Trouver, c'est découvrir, ce n'est point ajouter ; et Ton découvre, non par la synthèse, mais par l'analyse. Il faudrait admettre, sans cela, qu'il n'existe point de compréhension analytique ou que, seules, les idées identiques possèdent ce caractère. Excepté le cas d'identité dont nous connaissons la formule générale, A est A, l'attribut contient toujours quelque chose de plus que ce qui a été pensé dans le sujet, sinon par rapport à la substance, au moins quant au mode. Exemple : Le cercle est une courbe. Proposition analytique la plus simple qui se puisse imaginer; cependant, l'attribut exprime l'idée générale courbe, idée qui, dans le sujet, peut être comprise, d'une manière confuse, par rapport à quelque espèce particulière de courbe. En suivant la gradation, dans les proportions géométriques , on en viendrait à se convaincre que, sauf le plus ou moins de difficulté de décomposer l'idée et d'y voir ce qu'on n'y voyait pas auparavant, la proposition qui suit contient celle qui précède, et ne contient pas autre chose.

Si je dis : Le cercle est une section conique, il est évident que celui qui ne comprend pas le sens des termes ne saurait penser Tattribut dans le sujet. Mais je n'ajoute rien à l'idée de cercle, je ne fais que découvrir, dans cette idée, une propriété qui m'était

inconnue, et cette propriété, j*en dois la connaissance à la comparaison du cercle avec le cône. Y a-t-il là synthèse? non, mais une analyse comparée des idées, cercle et cône. Cette observation détruit de fond en comble le système de Kant; je vais la développer et rétablir sur des fondements solides.

285, Pour qu'il y ait synthèse proprement dite, il faut ajouter à Tidée quelque chose qui ne lui appar* tienne point. L'idée corps implique Tidée figure; elle n'implique point l'idée pesanteur. Nous ne pouvons unir l'idée pesanteur à l'idée corps qu'en vertu de l'expérience. Il y a donc synthèse parce que nous ajoutons à l'idée quelque chose qui ne lui appartient pas. La synthèse ne consiste point à unir des idées appartenant à la compréhension même de la chose, bien que pour rendre ces idées fécondes on ait besoin de les comparer. Les concepts ne sont point entièrement absolus ; ils contiennent des rapports. La découverte de ces rapports ne constitue point une synthèse, mais une analyse plus complète. Si l'on répond que, dès lors, il y a quelque chose de plus que la compréhension primitive, nous ferons observer qu'il en est ainsi dans toutes les idées qui ne sont point purement identiques. Ajoutez que la comparaison donne naissance à une nouvelle idée totale, produit des idées primitives ; et dans ce cas les propriétés des rapports sont vues, non au moyen de la synthèse, mais par l'analyse du concept total.

Selon le philosophe allemand, une véritable synthèse exige union de choses étrangères entre elles, si

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étrangères, qae le lien qui les unit est nne sorte d agent mystérieux, nne x qn*il s'agit de déterminer, et cette x constitue Tun des grands problèmes de la philosophie. Mais, si cette inconnue se trouve dans le rapport essentiel des idées particulières contenues dans le concept total, le problème est résolu par une simple analyse , ou , plus exactement , le problème n'e^iistait pas, puisque Vx était une quantité connue.

Yoir les parties dans le tout ; jugement analytique par excellence. Le tout n*est autre chose que Ten^ semble de ses parties. Dire, un et un font deux, ou bien , deux est égal à un plus un , c'est posséder un concept totale deux, dans lequel je trouve un plus un. Concept essentiellement analytique, puisque l'attribut est contenu dans Tidée du sujet de la manière la plus évidente. Or, ici même il y a diversité de concepts, un plus un, dont on forme le concept total. Le rapport existe, bien qu'il soit d'une extrême simplicité. Que ce rapport soit simple ou ne le soit point, qu'il soit aperçu plus ou moins facilement, il n'importe; les jugements restent ce qu'ils sont et ne changent point de nature.

286. Pour compléter cette explication, nous allons emprunter un exemple à la géométrie élémentaire. « La superficie d'un parallélogramme à angles obliques est égale à celle d'un rectangle ayant même base et même hauteur. 9 V Dans l'idée parallélogramme à angles obliques, nous ne voyons point celle d'égalité avec le rectangle, et nous ne pouvons Ty Toir, parce qu'il n'existe point de rapport

terme de comparaison. LUdée rectangle n'entre pas dans ridée parallélogramme, et par conséquent celle d'égalité n'y saurait entrer. 2** Le rapport naît de la comparaison de l'angle oblique avec le rectangle; on doit donc le trouver dans un concept total comprenant ces deux figures. Ainsi l'on ne peut dire qu'à l'idée angle oblique nous ajoutions quelque chose qui n'appartienne point à cette idée» puisque nous voyons surgir cette égalité des concepts angle oblique et rectangle, comme partie de l'idée ou concept total dans lequel ces deux idées partielles se combinent. L'analyse de ce concept total nous découvre le rapport cherché. Chose remarquable! s'il ne suffît point de l'union des idées comparées, nous appelons à notre aide un concept nouveau comprenant ces idées et quelque chose de plus ; et, de celui-ci nous tirons, par l'analyse, le rapport des deux parties comparées.

287. La construction géométrique de ce théorème peut nous faire toucher au doigt, pour ainsi dire^ ce que je viens d'avancer relativement aux idées totales qui contiennent d'autres idées que celles que l'on compare. Lorsque les bases des parallélogrammes oblique et rectangle sont confondues, on aperçoit sur-le-champ une partie qui leur est commune, c'est le triangle formé par la base, une partie d'un côté de l'angle oblique et une partie de Tangle rectangle ; on n'a besoin pour cela ni de synthèse ni d'analyse, puisqu'il y a coïncidence parfaite, ce qui, en géométrie , équivaut à Tidentité. Il n'y a de difficulté

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