LIVRE II. ^ DM SENSATIONS
sèment parlant, là où il y a étendne, il n'y a point un
seul êire, il y a pluralité.
4K. Mais la multiplicité ne constitue point l'étendue la première existe indépendamment de la seconde. Multiplicité dans les sons, dans les saveurs, dans les odeurs; multiplicité dans les êtres du monde matériel, intellectuel, ou moral, n'implique point étendue ; même dans Tordre purement mathématique , nous trouvons la multiplicité sans l'étendue ; donc la multiplicité, bien qu'elle soit nécessaire à rétendue, ne suffit point pour la constituer.
Ce qu'il faut pour la former c'est une multiplicité continue. Observons que cette qualité se trouve dans les sensations de la vue comme dans celles du tact. En effet, je ne puis ni toucher ni voir sans éprouva rimpression d'objets continus, inunédiats les uns aux autres, coexistant dans leur dui ée et s'ofirant à moi comme continus dans l'espace. Sur la page où j'écris, je prends trois points que je considère, par abstraction, comme des points indivisibles. Pour que cette multiplicité constitue l'étendue, j'ai besoin de les réunir au moyen de lignes, au moins imaginaires; que si la continuité manque dans le corps sur lequel je suppose ces points placés, j'invoque la continuité de Tespace, et je regarde cet espace comme un ens«ible de points continus , dans lequel les premiers se trouvent compris. Il m'est impossible, quoi que je fasse, d'attribuer l'étendue à des points indivisibles , non continus, s'ils ne sont miis par des lignes. Chose remarquable, je ne puis
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CHAMT. VHI. — SENSATION DE L'ÉTfiNDUE. 337
leur assigner un lieu déterminé qu'en les unissant à d'autres points. Impossible de oonccvoir d'une autre façon, dans Tespace, ni distance, ni position déterminée. Que si je fais abstraction de tout cela» je tombe dans une sorte de néant fnfellecfuel ; toute idée de l'objet ni'écliappe, ou bien il s'agit d'un ordre d'êtres tout différent ; j'abandonne la matière et les sensations; j'entre dans la région des esprits.
46. Donc point d'étendue sans la continuité unie à la multiplicité, mais ces deux conditions suffisentelles? Je le crois; car là où elles existent, il y a éten<dne. L'objet de la géométrie est Tétendue ; la muiti* plicité et la coniiDuité sont Tessence de la géométrie* Les lignes, les surfaces, les Yolumes, qu'est-ce autre chose que la continuité , dans sa conception la plus abstraite'/ Voilà pourquoi l'espace vide suilit aux démonstrations théoriques de cette science , ou plutôt, voilà pourquoi la géométrie est lorcée d'opérer sur l'espace, considéré sous ce point de vue. En effet, lorsqu'elle opère sur les corps, lorsqu'elle descend de la théorie à la pratique, Texactitude rigou* reuse qu'elle obtenait dans ses opérations sur la continuité considérée d'une manière abstraite ne se retrouve plus.
47, Si la continuité unie h la multiplicité dans l'espace constitue l'étendue , les objets qui produisent en nous les sensations sont étendus. J*ai déjà démontré qu'à chaque sensation correspond un objet extérieur, m'appuyant sur le rapport que les phénomènes ont entre eux et avec les causes qui les pro-
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m UVng II. ^ BU IBKSATIOIIS.
duisent. Ce rapport axi&i^ aussi relativ^meui h U miiUipUcité et à la continuité* Donc 00s deu pro* priétés se trouvent réellemeuL dang la nature. Lei ImpreMions que nous recevons , même d'un «Ml objet au moyen de la vue et du toucher, sont multi-» pie&, et| partant, correspondent à pius^ieur^ objets ; eUet sont continues et, parlant, iH>lTespond«nt à deff objets couliaus»
Je vais m'efforcer de rendra en raisannenif nt plus
clair et plus facile à saisir.
Ma vue s'arrôtant sur un tableau reçoit unç ioh pression qui lui vient de plusieurs points différents ; impression , remarquons-le bien , non interrompue et résultant de la surbee tout entière que W r^rd
embrasse. Or, si h vue d'un seul point exlerne, et je crois l'avoir démontré « suflit pour établir l'mh slence de ee point, il en doit être ainsi de la vue de l^usieurs points; la continuité de Timpre^sioii con^ firme la continuité des points qui la produisent*
Si je touche un objet placé sous mes yeux, le taot rend témoignage au sens de la vue, e'est^ji^dire» il atteste la multiplieité et la continuité. J'éprouve la même succession continue de sensations, ce qui me révèle l'existence et la continuité des ottiets qui lee causent.
48. £a résumé, l'étendue euppose ewaiisteaee el multiplicité dans les objets, mais de telle sorte que ces objets se coutiuuent ks uns les autres ; ces deui^ faits sont attestés par les sensatious ; denct îl nous suffit du
témoignage des sens pour être certains qu'il c^ù^ledei
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objets étendu* *«t que ces objets peuvent exciter en BOUS différentes sortes d'impressions. Tant ce que ndée de corps implique est comprit dans ces idées ; donc le témoignage des sens établit » d'une manière certaine, Texistence des corps.