CHAMT. XV. — LA TOE ET IM MOUVEMENT
Qae fii deux mouvementâ se combinent, Vtm seton noire direction, l'aotre dans une direcfion différente, nous ne percevons que ce dernier; lorsque, du milieu d'un fleuve, nous apercevons sur le rivage un cheval marchant dans la direction que suit noire vaisseau, ranimai nous semble se noouvoir sans avancer; des deux mouvements qu'il exécute à la fois, nous ne saisissons que le mouvement vertical ; le mouvement horizontal nous échappe.
U est facile d'en donner la raison. Nous ne jugeons de l'objet que par les impressions qu'il fait naître; si l'impression est diverse, l'idée de mouveuient sur- Tient; mais seulement alors. En effet, Tobjet ou Tœil se mouvant, il y a succession d'impressions dans la rétine, partant idée de mouvement ; mais si le mouvement de l'objet et de l'œil se font en même temps, un niouvcnienl compense l'autre, Timpressioti de la rétine est la même ; les deux objets nous
scnîl>Ieni en repos.
87* C'est ainsi que dans le cas où les mouvements de l'oeil et de Tobjet sont simultanés, mais inégaux en vitesse, nous ne percevons que la différence; notre vitesse étant comme 3 et celle de l'objet comme 8, la vitesse de l'objet nous paraît égale h 2 ; soit la différence de 3 à 6. Que si le mouvement que nous exécutons est plus rapide que celui de Vobjet, bien que dans la môme direction, cet objet nous semble se mouvoir en sens contraire. Lorsque nous voguons dans la direction d un coui aiU, sous une impulsion plus rapide que celle de l'eau, le courant semble re-
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mouler; et si le courant ne nous semble pas aller aussi vite qu'un objet immobile au même lieu , c'est que sou mouvement s'efiectuant dans la direction que suit notre barque, nous n'apercevons que la
différence. Le niouvenienl inaperçu qui nous emporte étant comme 5, un objet immobile nous semblera se mouvoir avec une rapidité égale à 5. Supposons lâ rapidité du courant égaie à 3, son mouvement en amont sera pour nous égal à S — d»sâ.
88. De ces ol)servâlion<, il seml)lei';nt résulter que si la vue suflit, quelquefois, pour nous donner l'idée du mouvement, elle ne peut suffire toujours ; qu'ainsi, le tact devient indispensable lorsqu'il s agît de disliuguer les mouvements qui nous apparliennent, de ceux
qui ne nous appartiennent point. Erreur! nous pouvons distinguer, à l'aide de la vue» le mouvement de Tœil de celui de Tobjel ; que si, dans certains cas, il y a impossibilité, on en peut dire autant du tact luimême*
Observons d'abord que dans les exemples elles, le tact est encore plus impuissant que la vue à nous préserver des illusions.
Comment percevrons-nous, à Taidc du tact seul, le mouvement d'une iMirque glissant avec lenteur au milieu d'un canal? Si nous observons attentivement les objets auprès desquels passe notre embarcation» la vue nous avertit quelquefois de ce mouvement ; mais le tact, borné par essence à ce qui affecte immédiatement le corps, ne nous peut aider, en aucune sorte» hors le cas de contiguïté absolue.
CHAPIT. XV. LA VUE ET tfi MOITVBVENT. 881
Il est boa de remarquer aussi que nous ne rapportons aux objets placés hors de nous le mouvement perçu par le tact qu'après en avoir acquis Thabitude par des comparaisons répétées. Celui qui, pour la première fois, laisse glisser sa main sur un corps, est bors d'état de discerner si c'est la main qui se meut swr Tobjet, ou l'objet qui se meut sous la main. Ce phénomène est facile a comprendre; la sensation du mouvement est essentieliement une sensation suc-* cessive; or cette sensation se produit également, que ce soit Tobjet ou la main qui se meuve. Ëxeinple : notre main parcourt, dans sa longueur, un corps présentant différentes surfaces; nos sensations varient selon la différence des surfaces ; que si, sous la main immobile, Pobjet passe à son tour, avec le même mouvement, la môme pression, le même trotlement, les sensations sont les mêmes; chacun peut avoir observé combien il est difficile, lorsque nous nous appuyons sur un objet glissanl , de distinguer lequel des deux se dérobe , de notre corps ou de l'objet sur lequel il s'appuie. Ainsi donc, le tact luimême confirme Topimon que nous avons avancée, à savoir : que la distinction entre le mouyment de Torgane et celui de l'objet extérieur ne relève pas de la sensation seule.
89. De ce côté, le tact n'a donc aucune prérogative ; examinons si la vue peut , à elle seule, nous mettre en état de distinguer le mouTement de l'œil de celui de l'objet mobile. Nous l'avons observé déjà : une sensation isolée, lelaUve àun seul objet, est insuOl*
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santé ; mais il nous sera facile de prouver que la cornparaimi entre des seasations difiKreotes nous mène facilement à ce résultat.
Exemple : du point A, ToeiL, regardant un objet le voit à rextréoiité du champ visuel, projeté sur un pian. Supposons que i'oliiiet B soit une colonne placée au milieu d'une grande salle, et le point A un angle de celle salle. L'ceil verra la colonne comme dessinée sur le mur oppoaé; ù l'œil change de ^bee, la colonne changera pareillement; de telie soiie que si Toul fait le tour de la colonne, celles semblera suc^ cessiTement ocoiper tons ka points du pourtour de la salie. Même piiéiioiuèiie si Ton suppose la colonne fixe et reeil inmMrinle. Qui ne voit, en effet, qae si la colonne se meut autour d'un observateur iuuuobiie, cette colonne devra se présenter à lui sur tous les points des murs opposés. Done une seule aensaliou visuelle, relative à uu seul objet, ne saurait nous apprendre si le nmivement appartient à l'objet ou bien à PonI qui voit.
Mais, pour apprendre à distinguer entre ces mouvements, ajoutons à In sensation unique la vue sîmultaiice de plusieurs objets ; supposons, par exemple, que i'œil, en même temps qu'il voit la colonne, çoit certains corps interposés entre te mur ét lui, des candélabres, des lustres, des statues, etc. — Sstroe r<Bil qui se meut ? à chaque fois qne la eolonae se projette sur une partie différente de la muraille, tout change, ou semble changer de place ; eandélabres^ lustres» statues, ete. ^ Ett-oe la ooioue? cte-
CHAPIT. SV. ~ LA VU£ &T UK MMVtlIfiNT.
que chose garde sa place; la colonne seule a cbangé. Done, la vue, tndépendanmmd des autres organes, rend témoignage de doux ordres de inou?emeul distincU :
L'utt, dans lequel Um les objets cfaanf eut de
position;
S» L'autre^ dans la^iiel la position d'un seul otget
est cliangée.
des deux ordres de phénomènes ne pourraient rester inaperçus ; la réflexion, forcément éclsiréo par le retour du même fait, en viendrait hientôt à tirer les eonséqaeness qui suiYeal :
1** Du changeineiit total et constant dans la j)osilion des olj^jets : que ce ne sont point les objets qui se ■lenfent» mak Toril qui change de place.
9* Du changement de position, so^t d'un seul objet, soit de quelques objets seulement, au milieu de tout le reste immobile : que ce changement tient, non au mouvement de Toeil, mais à celui des objets*
Toutes ehoses diangeraient-eUes de plaœ autour de nous, nous nous hâterions d'attribuer ce changement au mouTement de Tœil ; nous affirmerions le contraire, lorsqu'un seul objet, ou Men un petit nombre d'objets changeraient de place. Ët qu'on ne s'y trompe pas , la supposition, ici, c'est la réalité» Les idées qui naissent du tact sont essentiellement limitées ; il est donc impossible que les idées de mou- Tement, appliquées à des objets placés hors de sa portée, relèvent de lui.