‹ Philosophie fondamentaleChapitre 20 sur 165 · Comment, par exemple, fixer les rapports du · texte numérisé non relu

Comment, par exemple, fixer les rapports du

sens de la vue avec celui du toucher, et déterminer

jusqu^à quel point Us dépendent Tun de l'autre ? Ce$

questions Tiendront pins tard ; je m'abstiendrai de les traiter ici. £lles mériteut mieux qu une discussion incidente.

60. Que gagnerait la scieuce h constater que la certitude de toutes les sensations' relève, philosophiquement parlant, d'une seule ? Toute sensation est un fait individuel contingent ; comment, de là, nous élever aux vérités nécessaires ? A quelque point de vue qu'on la considère, la sensation n'est que l'impression reçue par le ministère des organes. Nous sommes sûrs de l'impression parce qu'elle est intimement présente à notre Ame ; quant à ses relations avec l'objet qui la produit, nous en demandons la certitude à la réitération de la sensation, ou même à des sensations nouvelles, soit du môme organe, soit de plusieurs organes différents; mais tout cela, d'ins* tinct, sans réflexion, condamnés que nous sommes à voir notre intelligence se briser contre ce grain de sable que la nature a posé pour limite à Torgueil de notre raison.

61 . Ainsi, loin de nous révéler un fait primitif, pouvant servir de iondement à une certitude philosophique, les sensations se présentent à nous connue une suite de faits particuliers, parfaitement distincts, mais semblables, mais égaux quant à la sécurité qu'ils produisent, sécurité qui prend le nom de certitude. On décompose Thomme ; on le réduit à rétat de machine; puis on lui donne un sens à Taide duquel il perçoit certaines sensations ; puis un autre,

de telle sorte qu'il combine ses sensations nouvelles

€:iUI>lTIUS V. ~ SCIENCE TRANSCENDANTALB. 41

avec les précédentes, et Ton procède ainsi synthéti* quement jusqu'à ce qu*il les possède et les exerce tous. Vains eiiorts, jeux de Tesprit, travail ingénieux peut-être, mais inutile et propre seulement à flatter l'orgueil humain ! En réalité, on ne peut dire que la science philosophique ait fait un seul pas. Les évolutions que Tinventeur imagine ne sont point l'œuvre de la nature ; or, le véritable philosophe doit examiner, non ce qui pourrait être scion sa pensée, mais ce qui est.

Condillac animant progressivement sa statue, et tirant d'une seule sensation Tensemble des connaissances humaines, nous représente ces prêtres qui, de rintérîeur de l'idole où ils s'étaient cachés, rendaient leurs oracles trompeurs. Accordons au philosopiie sensualiste toutes ses prétentions; laissons-le régler, à sa guise, la dépendance respective des sensations ; son système s'écroule si vous exigez qu'il raisonne sur la sensation pure, quelque transformée qu'il la suppose. Mais réservons ces questions pour la partie de cet ouvrage où nous étudierons la nature et l'origine des idées.

62. Pourquoi suis^je certain que la sensation suave que mon odorat éprouve \icnt de l'objet qui s'appelle une rose î Parce que mes souvenirs l'attestent; parce que le tact et la vue confirment le témoignage de Todorat. Mais comment puis-je savoir que ces sensations sont quelque chose de plus que des impressions purement subjectives / Pourquoi ne croirais-je point qu'elles viennent d'une cause quelconque, sans re-

lation avec les objets extérieurs ? Sera-ce en vertu du témoignage des hommes ? Mais rexisteoce des témoins eux-mêmes m'est-elle bien démontrée? Gomr ment, d'ailleurs, savent-ils ce qu'ils affirment? et Qioi-mème comment sais-je que je les entends f

Les difficultés soulevées à propos de la vue, du toucher existent aussi pour Touîe. Si je doute du témoignage de Tun ou de plusieurs de ces sens, pourquoi ne douterais-je point du témoignage de tous les autres ? Le raisonnement n'a donc rien h faire ici; ses sophismes tendent à m'inspirer un doute impossible, à me ravir une sécurité dont, malgré tout, je ne puis me défaire.

Que si j'en appelais au raisonnement pour appuyer le témoignage de la sensation, celle-ci ne serait donc plus la source première de toute vérité. Nous aurions change ic terrain de la discussion.

63« U résulte de ce qui précède : 1^ qu'il n'existe point de sensation où les autres puisent leur certitude; je me suis contenté de Tindiquer ici, me réservant de le démontrer au traité des sensations; 3^ que cette sensation première, alors môme qu'elle existât, serait impuissante à rien fonder dans Tordre intellectuel, la sensation étant profondément distincte de la pensée; S'^que les sensations, loin d'être la base de la science trascendantale, ne peuvent, pai elles . seules, fonder aucmie science* Comment, d'un fait contingent, laire borUr dtij véiités nécessaires ' ?

^ Voyex U note V à la fln du volume.

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