‹ Philosophie fondamentaleChapitre 28 sur 165 · Cette observation fait toucher au doigt Tun · texte numérisé non relu

Cette observation fait toucher au doigt Tun

des vices radicaux de la philosophie du moi. Tandis

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que ses partisans , lui donnant une importance qu'elle est si loin de mériter , accusent leurs adversaires de passer trop facilement du sujet à Tobjett ils ne remarquent point qu'ils passent eux-mêmes^ sans aucune raison, sans titre d'aucune sorte ^ de la pensée objective au sujet pur. Pour nous en tenir au passa^n rité de Fichte, uti acte qui ne se présente ni ne se peut présenter parmi les déterminations empiriques de notre conscience, que seiat-ii? Pour absolu qu'il soit, le principe cherché doit etrè eonim ; e^est une condition indispensable. Où serait la légitimité de l'afifirmation que lui attribue l'absolut Or, si notre conscience ne le compte, ni ne peut le compter aunombre de ses déterminations d'expérience, il n'est pas connu ni ne peut l'être. L'homme ne connaît point ce qui échappe à sa conscience.

81 . Le principe absolu sur lequel la conscience repose et qui la rend possible relève ou ne relève point lui-même de la conscience. Dans le premier cas, même difficulté pour lui que pour tous les actes de nu me espèce; dans le second, il se dérobe à Tobservalion, et, par conséquent, nous demeure inconnu.

Pour arriver à l'acte primitif, en écartant tout ce qui ne lui appartient point, Fichte confesse qu'il est nécessaire de supposer la légitimité des règles de toute réflexion et de prendre, pour point de départ^ nne proposition généralement admise. « Si 1 on nous accorde cette proposition, dit-il, on doit nous accorda, en même temps, comme acte, ce que nous voulons établir comme principe de l'art de connaître ; le

ré«ittat de la réflexion doit être que cet acte nous soit «cemdé comme printipe, éonjointetnent avec la pro* position. Nous posom un lait de conscience, quel qu'il Mit, et nom le dépoidUoM sttccessiinemeiit de toutes les déterminations empiriques qu il contient, jusqu'à oe qtte. Ile coiisemnt rira de cè que la peii'^ sée pourrait absolument exclure ou qu'on pourrait M r^vîTi il demeura p^kûÊtmmi pur. ^ {féid.)

On le voit, le philosophe allemand ne prétend a rien

moiaB qu'à -s'élei^r à un acte de eonsciaice pur et sans eiHRifie tféteAniMtioà. Chose impossible. Ou i^lditie ctonne au mot acte un sens bien large en désignent aienfi le êuisêra^m 4e lotite conseience, et alors ilsefaât qu'exprimer, en d'autres termes, l'idée de etttntenœ, oa il parie d'un acie {Aropreeiènt dit, c'est-à-dire d'un exercice quelconque de cette acti- Yité, de cette spontanéité que nous sentons au dedans dé nous , et , dans ce sens, l'acte de conscience ne pe«t être ttbre de toute ^eràiînatioii , à moins de perdre son individualité et son existence. On ne peaee pas sans peas^ à qu^ue chose ; on ne veut pas sans tovIom" qvelqaè «âiose ; otl ne sent pas si Vmk ne ^mt quelque <^ose ; on ne r^écbit pas sur les aolea internet, si la réfl^iôn ne è^att^he à quelque chose. Tout acte de conscience implique une détennlnetkni : «n acte entièrement pur, entièrement abstrait et indéterminé , est inxpo&sible , d'une manière absolue, sdt MjccHijeme^^ , parce que Tecte de la conscience, bien que considéré dans le sujet, exige une déterBUMtîon ; soit objectivement^ parce

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qu'un acte sembiable ne se peut concevoir coflUM individuel, et, par suite, comme existant, puisqu'il n'offre à Tesprît rien de déterminé.

L*acte indéterminé de Ficbte n'est autre dhose que l'idée d'acte eu gén(^ral. Concevoir le principe tics actes, c'est-à-dire Tidée de la substance^ aj^iquée à cet être actii dont rexisleiice nous est attestée par le sens intime, voilà toute la découverte du philosophe allemand .

ttu'il me soit permis de le dire : avec cet iq>pa-

reil alambiqué d'analyse , Fichte n'a point avancé d'un pas dans la découverte du preuûer principe. Demandez-lui compte des suppositions qu'il admet comme prouvées dès la première page de son livre , vous l'arrêterez sur4e^amp. Je vais le laissa exposer lui-même ses idées ; on jugera si mon attaque est loyale.

« Tout lemonde accorde cette proposition : A est A; de même que celle-ci : A a A. C'est le sens de la copule logique ; la certitude est entière. Demandez qu^on vous la démontre, vous aurez pour réponse : Cela est certain d'une manière absolue; rien de plus. Si nous procédons de la sorte , avec l assentim^t général, nous prenons donc le droit d'établir qudque ctiose d'une manière absolue.

c Affirmer que la proposition précédente est certaine en soi, ce n'est point établir l'existence de A. La proposition, A est A^ n'équivaut point à celle-ci : A

existe. Le verbe cive pi éseule ua sens bien différent, nous le verrons dans la suite, selon qu'il est ou n'est

GffAPITRB Vn. — SCmCE TRANSCBVÀANTALB. 61

pas suivi de ratiribut. Si Ton suppose que A désigne un espaoe compris entre deux droites, la proposition reste exacte dans le cas même où celle-ci : A existe , serait évidemment fausse* Il ne s'agit pas , en effets de savoir si A est ou n'est point ; on a(tirme seulement que s'il est, il doit être ainsi. Il n'est pas question du contenu de la proposition, mais de sa forme; ni d'un objet dont on sache quelque chose» mais de ce qu on sait de tout objet, quel qu'il soit.

c De la certitude de la proposition précédente, il résulte qu'entre si ci ainsi il existe un rapport nécessaire, celui qui se trouve posé d'une manière absolue et sans aucun autre fondement que la nécessité. Ce rapport nécessaire, je le désigne provisoirement par X. »

Voici le sens de cette analyse embarrassée : Dans toute proposition , la copule , ou le yerbe être , n^'exprime point l'existence du sujet, mais le rapport du sujet avec l'attribut. Pourquoi tant de paroles, tant d'efforts d'intelligence à propos d'une proposition identique ? Mais, armons-nous de patience , et poursuivons.

€ Cet A est-il ou n'est-il point ? H y a indécision sur le fait particulier. Reste la question suivante : Sous quelle condition A existe-t-il ?

« Quant au rapport X, il se trouve dans le f»iot et posé par le moi ; car c'est le moi qui juge dans la proposition exprimée et qui juge avec vérité, se réglant sur X comme sur une loi. Par conséquent, X est donné au moi ; étant posé d'une manière absolue

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et sans autre fondement , il doit êtfe Aomé an mài

par le moi. »

82. Voici le mot de ce logogriphe, traduit en langue tulgaîre : Dans les propositions d'identité ou d*égalité, il existe un rapport ; Tesprll connaît ce rapport ; il le juge et le prend pour règle ; ce rapport est donné h notre esprit ; les propositions identiques n'ont pas besoin de preuves pour obtenu notre assentiment. Tout cela est très vrai, très clair, très simple ; mais lorsque Fichle ajoute que ce rapport doit être donné au moi par le mai, il afûrme ce qu'il ne sait pas et ne pêut savoir. Qui Itti h réféW (}«e les vérités objectives nous viennent de nous-mêmes î Est-il permis de résoudre ainsi, d'œt trait de f^lûme, les questions les plus difficiles de la philosophie, u savoir, l'origine de la vérité? A-t-il défini le moif que dis-je ï nous en a-t-il donné la plus légère idée ? On ses paroles ne signifient rien, ou en voici le sens : Je juge d'un rapport ; ce jugement se trouve en nioi; ce rapport, en tant que connu , abstraction faite de son existence réelle, se trouve en moi. Descarted avait dit avec plus de simplicité : c Je pense, donc f existe. »

83. Fichte n'a point dépassé le philosophe français dans la question qui nous occupe ; loin de là, il ne fait que se traîner lourdement, péniblement sur ses pas. « Nous ne savons , continue-t-il, si A est posé ni comment il est posé ; mais X devant exprimer un rapport entre un poser inconnu de A et m poser absolu du même A, en tant, du moins , que le rapport est posé, A existe dans le moi et trcwrve posé par hi

moi^ tout cûumù X. X n'est possible que relatif eaient à un A ; c'est ainsi que X est réellement posé dans le moi; iloiic A doit se trouver da^s le fnoi^ si le mai contient X. » Quel langage ! et que Descartes parait grand auprès de Ficble 1 Tous les deux établissent leur philosophie sur le fait de conscience qui révèle l'être. Mais l'un traduit sa pensée avec claiié, avec simplicité, dans un lengage que tout le monde enr teud ou peut entendre. L'autre, craignant de relever d'un maître, s'isole dans son orgueil et murmure, dii sein du nuage, d'incorapréhensil)Ies oracles, c Je pense, je n'en puis douter i ce fait est attesté par mon seps intime. La pensée implique l'existence, donc j'es^iste. » Voilà un langage sans aiiectation, sanp prétention, le langage de la véritaUe philosophie; c'est celui de Descartes, a Que Von me donne, dit h son tour le philosophe allemand, une proposition quelconque, par exemple A est A, » nous venous de voir avec quel appareil rebutant et stérile il ex-

posc que le verbe être u'expiuiie point l'existence dij

sujet d'une manière absolue, mais seulement sa rda*-

lion avec l'attriLut.

84* Mettons en parallèle les deux syllogismes :

DescBsrtei : Tout ce qui pense existe; je pense j donc j'existe.

Fichte : X n'est possible que relativement & un A ; or X est réellement posé dans le Tnoi; donc A doit sç trouver posé dans le moi^

Nulle dilTérence, au iond; mais daa§ la forme, la différence du génie à la vanité stérile.

64 wm L — DE u cranniDB.

Je le répète, les deux syllogismes sont, au fond,

les mêmes. Voici la majeure de Descartes : « Tout ce qui pense existe. > Cette majeure, il ne la prouve pas; il confesse qu'on ne peut la prouver. Voici celle de Fichte : € X n'est possible que relativement à un A. » Ou, en d'autres termes, le rapport de Fattribut avec le sujet, en tant que connu, ne peut exister sans un être qui le connaisse, c X devant exprimer un rapport entre un poser inconnu de A et un jfoser absolu du même A, en tant du moins que ce rapport est posé, i> c'est-à-dire en tant qu'il est connu. Et comment Ficbte prouve-t-il qu'un poser relatif suppose un poser absolu, c'est-à-dire un sujet oh il se pose? U ne prouve pas, il affirme. U n'y a point d'A relatif, s'il n*y en a point d'absolu. Tout ce qui pense existe ; ou rien ne peut penser sans exister. Cela est clair, évident ; ni Descartes ni Ficbte ne peuvent aller plus loin.

€ le pense, » mineure du philosophe français; celui^

ci n'en donne point la preuve et s'en rapporte au sens intime devant lequel U s'avoue invinciblement ar« rêté. Voici celle du pliilosoplie allemand : « X est réellement posé dans le moi^ » ce qui signifie, le rapport du sujet avec Tattribut est réellement connu par le moi; et comme, selon ce qu'il a établi, Tune ou l'autre de ces propositions pouvait être prise à yolouté, dire que le rapport de l'attribut avec le sujet est connu par le moi, c'est affirmer qu'un rapport quelconque est connu par le moi, ou plutôt c'est formuler cette proposition : Je petise.

GIIAPITIIB VIL — SGIBNCB TRANSGENOANTALE. €5

Remarquons-le bien : s'il se trouve quelque diffé* rence, Tavantage est du côté du philosophe français. La pensée, selon Descartes, est tout phénomène intime dont nous avons conscience. QuVt-il besoin, pour constater ce fait, d'analyser une proposition et de surcharger Fintelligence? Pendant que Fichte se perd, loin du but, en d'inextricables dé|ours, Descartes, le montrant du doigt, dit : le voici. Um agit en sophiste, Tautre en homme de génie.

n faudrait pardonner au philosophe allemand sa métliode, peu faite pour rendre la science attrayante, s'il s'en était tenu aux principes que nous venons d'exposer. Par malheur, ce moi mystérieux qu'il nous montre au vestibule même de la science, ce moi qui n'est et ne peut être, aux yeux d'une raison saine, que ce qu'il a été pour Descartes, à savoir : l'esprit humain connaissant son existence à l'aide de sa propre pensée, va s'agraudissant, dans le système de Fidite, en des proportions incroyables. C'était un point imperceptible ; c'est un Cantôme gigantesque, dont les pieds toudient Tablme pendant que sa tète se perd dans le ciel, iùn effet, le moi, sujet absohi, existe, par cela seul qu'il se pose lui-même; il se crée lui-même, il absorbe tout, il est tout, et se revoie dans la conscience humaine comme dans une de ces phases sans fia qui partagent l'existence infinie.

Mous en avons dit assez pour faire comprendre les tendances du système de Fichte ; nous y reviendrons, cependant, lorsqu'il s'agira d'exposer l'idée de la substance et de réfuter le panthéisme,

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Le panthéisme! erreur çapitale, la plus dange*

reusc des erreurs du siècle; erreur dière à la pUUo* Sophie moderne et que nous devons combattre partout et sous toutes les foniies qu'il sait revêtir. Pour Je faire avec fruits il est bon de l'arrêter dès çes premiers pas ; c'est pourquoi j'ai soumis à un examen prolongé Is^ pensée fondamentale de la doctrine de la science, du philosophe allemand. J'ai voulu la dépouiller de l'importance exagérée qu'il lui attribue. Elle devenait, dans son plan, la base de la science transcendantale ; car il ne se flattait de rien moins que de déterminer le principe absolu, inconditionnel dQ toutes les coiinaissauces humaines ^

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