‹ Philosophie fondamentaleChapitre 41 sur 165 · Venons maintenant à la représentation , que · texte numérisé non relu

Venons maintenant à la représentation , que

j'ai nommée représentation de causalité. Un être peut se représenter lui-même; une cause peut représenter ses effets ; ractivité, qui peut produire , est incompréhensible , si le principe de l'acte producteur ne contient, d'une certaine manière, la chose produite.

Voilà pourquoi Dieu , cause universelle , contient en lui , virtuellement et au plus haut degré , tous les êtres réels et possibles. Que si un être se peut repré* senter lui-même, il peut représenter ce qu'il contient; donc la causalité, sous les conditions exprimées ci-dessus , peut être origine de représentation.

127. Avec (jnelle haulcur de vues saint Thomas explique comment Dieu connaît les créatures ! Dans

* Voyei la note XH à la ûn du Tolume.

GHAP. Xni. ~* REPRÉSENTATION DE CAUSALITÉ. 10 1

Idi Somme théologique ^ question quatorzième, nrt. 5, il demande si Tètre incréé oonniilt ce qui est distinct de lui {alia à se)^ et il répond affirmativemeut : ce n'est point qu'il considère ressente ditine comme ua miroir; mais s'élevant, à Faide de la théologie, aux plus sublimes considérations , il trouve dans la causalité l'origine de cette connaissance.

c Dieu, dit-il, se connaît parfaitement lui-même; donc il connaît ce qu*il peut et par conséquent fout ce que son pouvoir embrasse. Dans la cause première, rêlre, c'est ^intelligence ene*mème. Tons les effets préexistant en Dieu, comme dans leur cause, doivent être en lui d'une manière intelligible, puisqu'ils ne sont autres que son intelligence. Donc, Dieu se voit lui-même par son essence ; quant aux créatures, il les voit non en elles, mais en lui, puisque son essence est le type de toutes choses. »

La même doctrine se trouve exposée dans la question douzième, art. 8, où il demande si ceux qui voient ressence divine voient tout en Dieu.

i38* Identité de la chose qui représente avec la chose représentée; représentation d'identité. Rapport de cause et d'^et ; représentation de causalité. Il est une troisième représentation qui se distingue des deux premières; nous la nommons représentation d'idéalité. Nos idées appartiennent à cet ordre dé représentation, car elles ne s'identifient point avec leur objet , ni ne sont causes relativement à cet objet* 11 ^^^^ impossible de savoir s'il existe, indépendamment de cette force représentative que

iOi LIVRE I, — û£ U C&HTiTllIISf

nous nommons idées, un ordre de substance;^ finies capables reprégenter <to ébres distineto d'^et-

mêmes, et dont elles ne seraient point causes. Leib-

niïi ^st r^nirmtive ; mm « camme 09 ^'a d^jà son systèine des monades n'çst qu'une hypothèse. l\ faut SI) lancer des conjectures ^s réiultat, ou se taire; le silenee ne seooMe plus philosophique. Je m'en Uendr^ ma propositiQUS suivantes : i"" S'il emUi m ^tra, représentant un aiitr0

qui li sui poiut été produit par l4i> 1^ ^^^^ représentative pe lui appartient pas et»entieHenwit ; eU« lui

a été donnée,

^"i On n'eipliquç ^ conununieatiap qui s'établit ^ ire les intelligences que par Tintervention d'une intelhgçnce prwi^re, cause coounune de toutes les iol^ligences, pouvant ainsi leur donner la force d'agir les unes sur le§ autres et d^ se représ^l^r f éciprQ<)U^ ment.

129, La cau^^té popt, à la rigueur , ^re piin(;ipe de représentation ; ^ n'(«t PS9 «ilfQttnte 4«

la représcîilatipn.

Q est impassible qn'nne cause aolt r^éaentative

de ses effets, si elle n'est intelligible. Or, même en

attribuant à la inatière nne activité propre» npu$ m

pourrions lui reconndtre la propriété de représenter

ses effeta» puisqu'il lui manque la condition indîDv pensable, l'intelligibilité immédiat^.

130. Pour que les elïeis soient intelligibles dans la cause, celle-ci doit posséder d'nne manière complète i^ caractère de cau^, réuoii* toutes jes v^ouditious^

CHAP. XIII^ HBP^teBKTATlON ftS CAUSALITÉ. lOS

toutef» Idft raisons détermmaiites nécessaires pour la production de reflet* Les causes libres ne représentent

point leurs Qtlets ; parce que ceujc*ci restent, par rappi^rt

^Q^IlM^là, dan^ la vghhr^ du possible. D peut j avoir

production ; mais pette productiou n'étant pas ué^^es* saire. Ton ne voit point dans la eause ce qui est, nais

ce qui peut être. Dieu connaît les futurs contingents <|lii relèvent delà volonté humaine, non prépiiénoant

pi^fce qu'il connaît l'activité de cette volonté, mais par^

ce w'U \oit en lui-niéme, sans succession de lempii

et ce qui peut se passer et ce qui doit se passer; car

rien Qo saurait esUst^r i ni d^s te pr^nt, ni dans

ravenir, qu'il ne le veuille ou le permette. Il connut egalilOûUWt le^iutursçQntlngentsqui relèvent de savo* Ion té propre, perce que, de toute éternité, il sait œ qu'il a résolu et que ses décrets ^ont immuables, iai« {kaM Tordre nécessaire d<i 1» nature, un«

QU plwiiew^^ çm^^ ^ec^oadairps nous seraient ré-' vél^ , nous w pourrions voir en elles leurs

gSMk^b ^VOC une entière sécurité, à moins que la

causfi çomniQ n'agit isolémant, eu qu'avec celles

touti^^ les autres causes ne nous fussent pareillement révélé- Or l'expérience enseigne que les diverses parties de la nature sont dans une communication intime et réciproque ; ou ne peut donc supposer cet isolement ; ainsi, Taction de tonte cause secondaire est psaujettie à des coudiiiiaisQU^ qui peuvent em^ pêcher ou modifier ses effets ; de là vient la difficulté d établir des lois générales euiièreuient sûres, pour tout ce qui ti^t aux lai|s de l'oidie naturel.

i04 LIVRE I. — > DB LA CBKTiriJDB.

132. Observons» en passant, que ces considérations démontrent, encore une fois, P&bsurdifé de la science trascendantale lorsqu'on veut rétablir sur un fait unique, universel ; on n^explique pas la représenta* tion intellectuelle en substituant Témanation nécessaire à la création libre.

La variété de Tunivers fût-elle purement phénoménale ; n'existftt-iU au fond, qu'un être toujours identique, toujours absolu, toujours un, on ne serait pas HMins forcé de convenir que les apparences relèvent de certaines lois et qu'eUes sont soumises à des con^ ditions multiples et distinctes. Ou bien Tentendemeut peut voir Tabsolu, de telle sorte que, par une intui* tion, il découvre tout ce qu'il contient, c'est-à-dire tout ce qui est, tout ce qui peut être sous tontes les iûimes ; ou bien il est condamné à suivre les développements de Finconditionnel , de Tabsolu et du permanent à travers ses formes conditionnelles, relatives et variables; la première supposition ^ sorte de plagiat ridicule de ]a vision béatifique, est si visiblement absurde, qu'elle ne mérite point qu'on la discute. La seconde assujettit Pentendement à toutes les fatigues de Tobservation et détruit, d'un seul coup, les prouesses illusoires de la sdence transoenduiitale.

las. Les opérations de notre intelligence sont sou*

mises à la loi de succession, c'est-à-dire à l'idée du temps. Cette loi se retrouve dans tous les phénomènes de la nature ; que le temps existe en réalité, qu'il ne soit, scion le système de Kant, qu'une con-

GMAP. Xin, — REPRÉSENTATION DE CAUSALITÉ. 105

dMion sttbjectite que nous transportons aux objets extérieurs, il est certain que la succession existe, nu moins pour nous» que nous sommes forcés d'en tenir compte. Dans cette hypothèse, nul développement infini ne peut nous être connu qu'à l'aide d'un temps infini, ce qui nous met dans l'impossibilité métaphysique de connaître non*seulement le développement fotnr de Tabsolu , mais son développement présent et passé. Ce développement étant nécessaire absolument, s^n la doctrine que j'expose, une succession infinie a dû précéder notre existence; de sorte que Porganisation actuelle de l'univers doit être regardée comme un point sur une ligne sans fin , qui , dans le passé comme dans Tavenir, n'a d'antre milieu que Fétemîté. L'observation nous révèle, dans une proportion très restreinte, Tétat actnel du monde, et par conséquent nous sommes dans robligation de tirer cette connaissance de l'idée de l'absolu, en le suivant

dans son dcveloppernent infini. Or, celte méthode ne fftt-elle pas, en soi, radicalement impossible, il faut s'incliner devant ce fait : La vie de l'homme, la vie de l'humanité, dans le passé comme dans Tavenir, ne suffirait pas à ce Iat>eur.

134. Revenons à la représentation de causalité dans laquelle l'observation nous montre que la re« {Hrésentation idéale vient se confondre. En efTet, un esprit ne pouvant avoir l'idée d'un objet qu'il n'a point produit, à moins qu^un autre esprit, cause de robjet représenté, ne hii communique cette idée, il suit de là quo les représeulatiuiis purement idéales

procèdent, directement ou indirectemeMt, d'une mUt

nicre médiate ou immédiate, de la cause de ces objets. D'autre part nous ^k^om àéj/k vu que le premi^ Être ne connait les créatures distinctes de lui-mèB^ qu'eu tant quli e^t leur causai; donc la représent»* tion d'idéalité vient se fondra dans cette de causi? tité, et ainsi se réalise, ei) tt^i ce principe célèbre du penseur napolitain Vico : $ Vintt^epce conurtt seulement ce qu'elle luit, n id5. Pe I9 doctrine qn^ nous Tfoiona d'eiq^ssr

ressortenl ces conséquences :

Deux sources primitives de r^éseptfition intetlecr tuelle : identité et causalité. La représentaiiou d idéa* lilé dérive nécessairement de cette dernière*

Dans Tordre réel, principe de Tétre est identique à celui du connaître* Ç^lui-ià seul qui donne l'é(r4 peut donner la conna|ss$ince ; celui-là seul qui donne la coiiuaissance peut donner l'être. La cause première peut donner I9 connaissance dans la nidme proportion qu elle donn^ T^lre ; elle représente parce qu'elle est cause.

436. La rcprésciUation d'idéalité, bien que tenant à la représentation de causalité, en est réellement

distincte. Je 110 puis laisser sans quelques éclaircissements (<e point qui se lie, d'UHM paanière intime, au problème de la représentation intellectuelle. Tou^ ielbisi question viendrait miçnx dans le traité 4^ idées.

Il est des gens qui se iigurent les idées comme une sorte d'inoages, coqune des ress&ei}i|)Unces de l'otûet,

CHAi». XHI. ~ HËi*RÊSENTATiON DE CAUSALITÉ. 407

oé qui n'est exact qu'à propos d«8 représentations de rimaghiation, c'est-à-dire de ce qui est purement corporel. Badore, daitfe ée cas iftênte^ ftnidrait-il que le moude externe fût, sous tous les rapports, tel que les seiis nous le représentent ; qui donc oserait afHrmer qu'il en est ainsi ? Pour comprendre combien est vaine la théorie qui se fonde sur la ressemblance des choses sensibles, demandez ce qu'est l'image d'un rapport, comment sont représentés le temps, la causalité, la substance, rctrc. La perception de ces idées implique UÊk phéMnaène qui a'appariîitiit pas à Tsvdre sensible. On a comparé l'entendement à Tceil qui T«ît» et ridée à rinauage présente auK regards* UompiH raison imparfaite. Le phteoaaàae est fMlque chose de plue mystérieux» de plus secreti de plus intime. Entre la peree^tieii et l'idée^ fl eiieli «h «nkm inefiâbLe; ilxomme ne la peut expliquer^ mais il le

137. La conscience atteste Tuaité de notre être, l'identité du mot; elle proclame sa permanence, aM* gré la variété, la multiplicité des idées et des actes qui eeeiiOoàdeuteDliiîcomtfi»ksYe|(niierlasar*

face d*un lac. Les idées sont une manière d'èti e du l'esprit; maie qaàHe est la nature de eette maàiàùst^ tion? La production et la reproduction des idées relèT^t-^les d'une cause distincte, agissant sur notre âme d'une manière oon^Hite et détemriaant eu die, immédiatement, ces manières d'être que nous nom* mons repré^ntations ou idées? L'esprit a-t-il reçu du Créateur une acUvité capable de produire ce^ re«

108 UVRE I. — U& LA CBaTITUDE.

préscatatiolis , bien que cette activité soit soumise à la détermiaatioa d'une causa excitante? Je me borne à posci les questions ; nous les reprendrons plus tord \

Page 1