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Enlever aux idées leur valeur objective , les

réduire à Tétat de phénomènes purement sulijeclils, résister à cette voix impérieuse qui nous ibrce à re* connaître la correspondance entre le moi et Fobjet qu'il atteint, c'est ruiner la conscience même. On aurait dû s'en apercevoir, et j'espère le prouver.

253. J'ai conscience de moi-môme. Je puis faire abstraction de ce que je sens, de ce que je suis ; je sais que je sens, que je suis. Cette expérience est pour moi si claire, si vive, si invincible, que je ne puis douter de son témoignage. Mais ce 7ïwtj dont j'ai conscience, n'est pas seulement le moi de l'instant présent, c'est le moi d'hier, et de tout le temps passé dont j'ai souvenir. Je suis celui que j'étais; le même être dans lequel s'opère celle succession de phéno* mènes ; le même être auquel s'offre celle diversité d'apparences. La conscience du moi implique donc l'identité de l'être, en des temps divers, eu des situa*

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lions, avec des idées, des afTectioas diûéreaies; Tidenlité d'un être qui dure, qui reste le même, nonobstant les changements qui se succèdent en lui. Si je ne suis point assuré d'être maintenant celui que j'étais tout à l'heure, si l'identité cesse, la conscience du moi périt. Reste une série de faits sans liaison, une suite de consciences isolées , mais non cette cons^ cience profonde, invincible ^e je porte en moi main* tenant. Nul doute, nulle discussion possible. C'est pour aiasi dire le tond môme de notre nature. Si la conscience de notre identité venait à défaillir, nom cesserions d'être quelque chose à nos pru[n es yeux. Notre âme perdrait jusqu'au sentiment de sa personnalité. Cette conscience, formée d'une succession de consciences, sans liaison, sans rapports, que seraitelle? Un être se révélant successivement à lui-même, non comme le même être, mais comme un être nouveau; un être naissant et mourant, et renaissant pour mourir encore, sans savoir que celui qui naît est celui qui vient de mourir; une lumière s'allumant, B*éteignant, se ralluniaiil pour s'éteindre de nouveau, sans savoir qu'elle est la même lumière.

2t^4. Nier le rapport de Tidée avec l'objet, c'est ruiner la conscience du moi. Démonstration : Au moment donné B, il n'est pour moi d'acte subjectivement présent que celui que je produis. Ain^, je ne puis avoir de certitude de mes actes antérieurs qu'en tant qu'ils sont représentés dans Tidée actuelle ; il y a donc un rapport entre cette idée et un objet* Doug en nous tenant simplement aux phénomènes de eon-

CHAP. XXV. — VALEUR. OBJECTIVE DES IDEES. Id9

Boence^ à la simple conscience du moi^ nous nous voyous luvinciblement forcés d'attribuer aux idées une valeur objectîYe» ^ux Jugement UDe vérité objective.

2^S. Nier la vérité otâective, c'est déclarer que tout souvenir est impossible, même celui des phénomènes iutérieurs, et par conséquent c'est nier tout raisonnement, tout jugement, toute pensée.

Le souvenir suppose des actes accomplis. On se souvient; ils ne sont déjà plus; s'ils étaient, il n'y apurait point souveair, mais sentiment intérieur de leur présence. Nous pouvons produire, en nous souvenant, des actes seuibiabies aux actes passés ; ces actes nouveaux ne seront pas les mêmes actes ; Tidée de souvenir iinpliciue Tidée du passé. Donc, nous ne connaissons ces actes passés que par leur liaison avec l'acte présent, par leur correspondance avec ridée qui nous les rend sensibles.

266. J'ai dit que tout raisonnement devenait inapossible , si dans les piiéuomènes intérieurs on ne reconnaissait une vérité objective En effet, raisonner suppose une succession d'actes de l'inicUigence ; il faut donc qu'il existe comme une chaîne non interrompue de souvenirs courts et rapides; point de raisonnement si la chaîne se peut rompre; or, cette chaîne est formée de souvenirs; sans vérité objective, nul souvenir n'est certain; donc, sans vérité objective, tout raisonnement est impossible.

257. 11 eu est d^ même des jugements ; on peut diviser lfSj^gpJ^nents en deux classes : ceux qui 6^8^''*

400 UVBE 1. — DE LA CERTITVDE.

une démonstration, ceux qui n'en exigent point. Les premiers seraient impossibles» toute démonstration supposant un raisonnement, tout raisonnement une vérité objective. Parmi les seconds , qui n*ont pas besoin d'être démontrés parce qu'ils biillent d uue évidence immédiate, ceux-là seraient également impossibles qui ne se rapporteraient point à l'acte intellectuel immédiatement produit. Le jugement ne s'exercerait donc que surTacte présent, c'est à-iîire qu'il y aurait conscience du moment actuel, mais sans relation avec le passé. Partant, point de jugement. Gbose remarquable! il en serait de même par rapport aux actes de conscience. Nous ne pouvons juger de cette espèce de phénomènes qu'en vertu d*un acte réflexe. Réflexion implique succession; or, ce qui esl successd ne nous peut être connu d'une manière certaine, s'il n'y a point de vérité objective.

Ajoutons que la possibilité des jugements d'évidence immédiate n'est, elle-même, rien moins que prouvée; ces jugements, comme nous l'avons expliqué dans le chapitre précédent, supposent un rapport entre les idées partielles qui composaient Fidée totale ; mais comment décomposer sans succession? S'il y a succession, il y a souvenir; s'il y a souvenir, que devient la présence immédiate ? Donc Tobjectivité de l'idée représentative, relativement au souvenir, est nécessaire.

âS8. Ces conséquences effrayent, mais elles sont

inévitables. Point de raisonnement en dehors de la vérité objective; tout raisonnement implique une

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