CHAP. XXV. VALBUR OBJECTIVE DES IDÉES
certaine continuité d'actes correspondant à des instants divers ; que cette continuité se rompe, la pensée humaine se métamorphose ; elle n'existe plus comme Toùofti ; elle ne nous offre plus qu'une suite d'actes sans liens d aucune sorte, actes qui ne peuvent mener à rien. Les mof^ eux-mêmes nous échappent et s'évanouissent ; tout se trouble, tout se confond, tant dans l'ordre intellectuel et moral que dans l'ordre matéricL L'homme perd jusqu'à la consolation de se posséder lui-même ; ombre insaisissabiCy réve d'un rêve!
25d • Ainsi des sensations. En dehors de la vérité objective, dles peuvent exister, mais sans connexion, sans laisser aucun souvenir certain ; or, les sensations passées ne sont quelque chose qu'à titre de souvenir, c'est-à-dire comme objets.
Impossible de réfléchir sur ces phénomènes. La réilcxion n'est pas la sensalion. Celle-ci est objet de celle-là, mais n'est pas la même chose. L'homme le plus ignorant éprouve la sensation comme le philosophe, mais il ne rétléchit point sur la sensation ; gardons-nous de confondre la conscience sensible avec la conscience inieliectuelle ; la pr^ière est la simple présence de la sensation, c'est la sensation elle-même ; la seconde est un acte de l'entendement prenant connaissance de ce qu'elle sent.
260. Cette distinction se peut faire parmi les actes purement intellectuels ; la réflexion sur Tacte n'est point l'acle même. L'acte devient objet ; il n'y a point identité puisque ces deux phénomènes se montrent
souvent séparés. Donc, sans objecliTité, ia réfliexiôii
devieudrait impossible.
261. Goniprend-<m bien comment, satls objecISvité, le moi prendrait conscience de ses actes, môme de ses aetes présents ? Nous l'avons vu ; le inoi s'évanouit si la chaîne du souvenir se brise. Il y a plus; le
devient incompréhensible; U nous échappe; nous ne pouvons le saisir même on instant. Comment le m(?2 pensant connait-il le moi auquel il pense! il le connaît comme objet. Qmnaùsance on sentiment^ pour se rendre compte de lui-même, le moi pensant doit sNe prendre pour objet de sa propre pensée. Or, cela se peut-il, s'il n*y a point de vérité objective?
Ainsi, s'attaquer à robjectiviié, c'est battre en brèclie une loi fondamentale de notre esprit, détruire la pensée, ruiner la conscience elle-même et jusqu'au subjectif qui leur servait de base.
262. On dit contre la certitude objective : « L'homme en délire voit ce qui n'existe pas, et croît fermement à ses visions désordonnées; ce qui nous trompe en certaines circonstances ne pourrait-il point nom tromper en d'autres, nous tromper toujours? Un critérium qui pèche quelquefois, est-ce un critérium? Pourquoi ne point nous en tenir aux £aits purement subjectifs? L'iiomme en délire, le maniaque» l'insensé se trompent sur Tobjct, non sur le sujet; bien que ce qu'ils pensent ne soit pas la vérité, il est CN*tain qu'ils le pensent. %
Objection spécieuse, mais qui laisse debout toutes les diffiwités soulevées contre le système qu'elle dc^
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fend ; il est d'aiUeuFfi facile d'y répondre en ee qui concerne la vérité objective.
L homme en délire, le maniaque, l'insensé, se souviennent aussi de cboses qui n'ont janiais existé; et leurs souvenirs prennent pour objet, non-seulement le monde extérieur, mais le monde intérieur lui-même. Le fou qui se dit roi se souvient de ce qu'il a pensé, de ee qu'il a senti lorsqu'il a reçu l'empire, lorsqu'on l a précipité du trône, bien que ces piiénomènes inteilectttds n'aie&t de réalité qu'en son cerveau malade ; ainsi le critérium de la mémoire fléchit dans Je cas présent, et, partant^ doit être rejeté d'une manière absolue. ~ Donc, alors même que nous n'aurions point prouvé plus haut que, sans vérité objective, il n'y a de souvenir d'aucane sorte, rarement de nos adversaires suffirait pour rétablir. L'objection, si elle avait quelque valeur, confirmerait ceque nousavons avancé, à savoir que, dtti uire l'objectivité, c'est détruire la conscience même. Nos adversaires ne nient point la conscience.
:263. Je le (Il mande en outre : quelle valeur la raison doanera-t-eUe à des arguments qui prennent la foKe potir anxiliaire, et que prouvent-ils, enlinïTout au plus la faiblesse de notre nature, la possibilité que l'ordre établi toit troublé chez quelques infortunés; certaines exceptions à la règle de vérité, règle établie en vue de l'homme, créature faible et bornée. Mais ces exceptions sont connues ; elles ont des caractères marqués ; et d'ailleurs l'exception ne détruit pas la règle, elle la contîrme \
1 Voir la note XXY à U te dQ voliuie.
S04 UVRB I. — DS LA GBRTRDDB.