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CHAPIT- XXXII, — CRITERIUM DU SENS COMMUN

ractères du sens commun, critérium absolume?u

faillible.

Les voici :

321). Condition première.

lodinaiion à l'assentiment telle que, même à Taide

de la réilcxioii, rcspiil iic puisse ni lui résister, ni s'en défaire.

Condition deuxième :

Toute vérité de sens commun est certaine, d'une certitude absolue, pour le genre humain tout entier. Cette condition est une conséquence de la première.

Condition troisième :

Toute vérité de sens commun peut subjr Texamen de la raison.

Condition quatrième :

Toute vérité de sens commun a pour objet de sa-»

tisfaii c h quelque grande loi de la vie sensitive, intellectuelle ou morale.

330. Lorsque ces divers cnractères sont réunis, le sens commun est un critérium infaillible d'une ma«nière absolue et peut délier le scepticisme. La perfection du critérium se mesure à leur réunion plus ou moins complète. Je vais expliquer ma pensée.

La plupart des hommes objectivent leurs sensations jusqu'à les transporter au monde extérieur; c'est ainsi que l'on attribue la couleur aux objets et qu'on la considère, non comme une sensation, mais comme une qualité inhérente à Tobjct. En est-il ainsi dans la réalité? Non; l'objet externe contient la cause de la sensation, la disposition propre à

produire» au moyen de la lumière, l'impression que nous nommons couleur, Yoilà tout. Ainsi le sens coiamun nous trompe, puisque l'analyse philosophique Tient le convaincre d'erreur.

Mais ce sens commun préscnte-t-il toutes les conditions que nous avons signalées i 11 ne peut suppor* ter Pexamen de la raison, nous venons de le voir; la réflexion y découvre une illusion gracieuse , mais enfin une illusion, n n'est pas irrésistible ; Tassentiment disparait dès que nous reconnaissons Terreur. Il n'est pas universel^ puisque les philosophes ne s'y rangent pas. Il n'est indispensable à aucune loi de la vie ; donc il ne contient aucune des conditions vou*

lues. Ces observations sur le sens de la vision se peuvent appliquer à tous les autres. Quelle est donc la valeur du sens commun en tant qu'il nous porte à subjectiver la sensation? La voici.

n est nécessaire aux besoins de la vie que des objets extérieurs correspondent aux sensations et que nous en soyons assurés. Sur ce point Tassentiment est universel, irrésistible, La réllexion ne peut rien contre cette inclination naturelle. Admettons que les sophismes élnanlcnt la croyance, ils ne sauraient la détruire. Les adeptes les plus convaincus de Berkeley pourront soutenir que nous ne sommes pas certains de Texistence des corps, ils ne pourront jamais prouver que les corps n'existent point.

Ici rinclinalion naturelle réunit tous les caractères qui la peuvent élever au rang de critérium inGait> lible ; elle est irrésistible, universelle ; eUe répond à

GHAPIT» XXXUI. — ERREUil DE LAMENNAIS. 271

une grande nécessité de la vie et aoiitieQt l'eiamen

de la raison.

£n effeU il i^'ost pas nécessaire que les qualités, objet direct de la sensation, existent dans les curps mêmes , pourvu qu'il y existe une certaine chose produisant en nous, de quelque manière que ce soit, rimpression correspondante. Admettons l'une ou l'antre hypothèse, rien n'est changé dans les usages de la vie. L'analyse philosophique viendraitelle à se généraliser, les rapports de l'homnie avec le monde sensible resteraient ce qu'ils sont. Peut-être la nature serait-elle un peu désenchantée, car le monde dépouillé des seiisalions perd une grande partie de sa beauté; maïs Tenchantement persiste pour le grand nombre; que dis-Je, il persiste pour le philosophe, sauf les instants rapides qu'il donne k la réflexion ; et même alors le penseur éprouve un enchantement d'un autre ordre, en songeant que ces beautés que Ton attribue aux objets, Thoaune les porte eu lui ; qu'il suffit des facultés harmoniques d'un être sensible pour revêtir la nature de magniiicence et de ^àpleadeur^

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