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CHAP. XXIII. — CRITERIUM DE LA CONSCIENCE

On voit par cette définition que la conscience directe accompagne tout développement actif ou passif des facultés de Fâme. Dire que ces phénomènes existent dans notre âme et qu'elle ne les a point présents, c'est une contradiction.

Il n'en est point de ces phénomènes comme des modifications qui s'accomplissent dans les choscîs insensibles ^ il s'agit ici de modifications vivantes, dans un être vivant ^ l'idée seule de ces modifications implique leur présence à l'esprit.

Sentir , c'est éprouver une sensation ^ le mot éprouver suppose la présence ; une sensation que l'on éprouve est une sensation présente.

Une pensée est essentiellement une représentation qui n'existe et ne peut exister qu'en tant qu'elle est présente. Le mot représentation l'indique -, l'idée que nous attachons au mot en confirme le sens 5 c<î mot implique l'existence d'un objet réel ou imaginaire, qui 5 médiatement ou immédiatement , s'offre à un sujet \ or, dans toute représentation, il y a présence, et par conséquent aussi dans toute pensée.

Si des phénomènes passifs, comme les sensations et les représentations, nous passons aux phénomènes actifs, je veux dire à ceux dans lesquels l'âme combine^ et veut, et développe librement sa force, intellectuelle ou morale, la présence est encore, pour ainsi dire, plus évidente. Ici l'être agissant n'obéit point à une impulsion naturelle, mais à des motifs qu'il se propose lui-même \ motifs auxquels il peut se

refuser. L'exercice delà combinaison et de la volonté

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suppose invinciblement dans notre àme la présence de l'intelligence et du vouloir.

227. La conscience réflexe, que les Français nomment aperception^ du y^vh^ s* apercevoir ^ c'est-àdire perception de la perception, est cet acte par lequel l'esprit prend explicitement connaissance d'un phénomène qui s'opère en lui. J'entends un grand bruit -, la sensation simple dont mon esprit est affecté constitue ce que je nomme conscience directe -, mais si je m'aperçois que j'entends, la sensation devient objet de pensée -, je pense que j'entends; c'est là ce que je nomme conscience réflexe.

228. On voit par cet exemple que non-seulement la conscience directe et la conscience réflexe sont distinctes, mais qu'elles se peuvent séparer. Que de fois il nous est arrivé d'entendre sans penser que nous entendions !

229. Le commun des hommes exerce rarement cette conscience réflexe -, la force intellectuelle réside surtout dans le sens direct \ phénomène qui se lie à des vérités morales de la plus haute importance.

♦ L'esprit humain n'a pas été fait pour se contempler lui-même, pour penser qu'il pense-, les passions ne lui ont pas été données comme objet de réflexion, mais comme des forces qui le doivent pousser à l'accomphssement de ses destinées! L'être infini! voilà Tobjet principal de son intelhgence et de son amour, dans la vie du temps comme dans l'autre vie. Le culte du moi est une aberration de l'orgueil dont les ténèbres et l'impuissance sont le châtiment.

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230. Les grandes découvertes appartienne;nt toutes à l'ordre objectif. Les sciences exactes, les sciences naturelles, la science morale elle-même, ne doivent point leurs progrès à la réflexion sur le moi^ mais à l'étude des objets et de leurs rapports. Il n'est pas jusqu'aux sciences métaphysiques qui, dans ce qu'elles ont de plus solide , comme l'ontologie, la cosmologie et la théologie, ne soient purement objectives; l'idéologie et la psychologie, dont l'objet est l'étude du moi^ participent déjà de l'obscurité de tout ce qui tient au subjectif-, l'idéologie ne sort point de l'observation simple des phénomènes internes, observation qui, pour le dire en passant, est presque toujours superficielle ou se perd en de vaines subtilités; la psychologie se borne à démontrer 1 unité, la simphcité de l'esprit, conséquence rigoureuse de l'unité de conscience. Sur tout le reste, elle n'est pas plus avancée que Tidéologie, et se confond avec elle.

231. Le sens intime ou la conscience est le fondement des autres critérium, non comme proposition, mais comme fait indispensable à leur existence.

232. La conscience nous dit que nous voyons l'idée d'une chose dans l'idée d'une autre; ce n'est encore qu'une apparence; on devrait exprimer le témoignage par cette formule : // me semble^ le phénomène étant purement subjectif. Mais ce phénomène est accompagné d'une impulsion de l'intelligence, d'un instinct irrésistible qui nous force à donner notre assentiment à la vérité du rapport, soit subje'c-

tif, soit objectif, dans l'ordre réel comme dans Tordre possible. Ainsi s'explique comment l'évidence, bien qu'elle ne s'identifie point avec le sens intime, s'appuie sur lui, comme sur un fait dont elle ne peut être séparée, parce qu'à ce fait vient s'ajouter l'instinct intellectuel, en vertu duquel nous admettons comme vrai ce qui est évident.

233. La sensation , en tant que sensation, n'est qu'un simple phénomène de conscience, car elle est immanente. L'esprit ne va point vers l'objet, il ne sort pas de lui-même ^ la sensation est un acte, mais un acte passif, si je puis m' exprimer ainsi ^ le mot n'a pas une autre signification dans le langage ordinaire. Toutefois, le témoignage des sens, c'est-à-dire la connaissance du monde externe, de ses propriétés et de ses rapports, repose sur ce fait de conscience.

Dans la sensation que j'éprouve à la vue du soleil, il y a deux choses : la sensation elle-même, c'est-àdire la représentation intérieure que j'appelle voir^ et la correspondance de cette sensation avec un objet externe que j'appelle soleil. Objets très-distincts, que toutefois nous ne séparons jamais.

La conscience est certainement la base de tout jugement. Base insuffisante -, la conscience rend témoignage de ce qu'elle sent, non de ce qui est. Le jugement se complète au moyen d'un instinct naturel qui nous porte à objectiver les sensations, c'est-à-dire qui nous fait croire à l'existence d'un objet externe correspondant au phénomène intérieur. Voilà comment le témoignage des sens se fonde, en quelque

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