CHAPITRE XXX. — CRITERIIM DE VICO. Ill
fessait la doctrine suivante sur le vrai : a La vérité est le fait même; par conséquent. Dieu est la vérité première, parce qu'il est le premier agent (factor)^, la vérité infinie, parce qu'il a fait toutes choses ; la vérité absolue, car il représente tous les éléments des choses tant internes qu'externes, et il les représente, parce qu'il les contient. Savoir, c'est réunir les éléments des choses ; d'où il suit que la pensée (cogiiatio) est le propre de l'esprit de l'homme et l'intelligence le propre de l'esprit de Dieu. En effet. Dieu réunit en lui les éléments des choses et les coordonne*, l'esprit humain, borné dans sa nature, placé hoirs de tout ce qui n'est pas lui, a la faculté de rapprocher, non de réunir ; il peut penser sur les choses, ncn les comprendre ; c'est pourquoi il participe de la raison, mais ne la possède pas. Que l'on me permette cette comparaison : le vrai divin est une image solide des choses, une sorte de figure plastique; le vrai humain, une image plane, sans profondeur, une sorte de peinture. Le vrai divin est vrai, parce que, dans l'acte même de la connaissance. Dieu veut et produit. Ainsi du vrai humain ; il n'est vrai que relativement à cet ordre de choses dans lesquelles l'homme décide et crée. Savoir, c'est connaître la manière dont une chose se fait ; connaissance en vertu de laquelle l'esprit fait lui-même l'oljet connu, puisqu'il recompose ses éléments. L'objet est un solide pour Diew qui comprend tout, une surface pour l'homme qoi ne comprend que l'extérieur des choses. Ces points une fois établis, observons que les anciens philosophes de
ritalie identifiaient le vrai avec le fait, parce qu'ils croyaient le monde éternel. Leur Dieu opérait toujours ad extra^ ce que notre théologie repousse. Le dogme chrétien enseigne que le monde a été créé de rien, dans le temps. Il faut donc étabhr une distinction -, identifier la vérité créée avec le fait, et la vérité incréée avec V engendre {cjenito). Ainsi les saints livres, dans leur langage divin, donnent le nom de Verbe à la sagesse de Dieu, qui contient en elle, avec les idées de tous les êtres, les éléments des idées elles-mêmes. Dans le Verbe, le vrai est la compréhension de l'ensemble des éléments qui composent cet univers, compréhension d'où pourrait sortir une infinité de mondes ^ de ces éléments connus et compris dans la toute-puissance divine est formé le Verbe réel absolu, connu de toute éternité par le Père, engendré par lui de toute éternité » {De V Ancienne Sagesse de V Italie^ liv. I", chap. i").
295. Le philosophe napolitain tire de ces principes, entre autres conséquences importantes, une explication très-ingénieuse de la division des sciences et de leurs divers degrés de certitude. Dans cette division, les mathématiques occupent le premier rang, parce qu'elles sont une sorte de création de l'intelligence qui, partant du point et de l'unité, construit un monde tout entier de formes et de nombres, en prolongeant les hgnes, en multipliant l'unité jusqu'à l'infini. L'entendement connaît donc ce qu'il produit-, d'où il résulte que les théorèmes relèvent de l'action comme les problèmes, bien qu'ils soient considérés