CHAPITRE XXX.— CRITERIUM DE VICO
vulgairement comme objets de pure contemplation. La mécanique offre moins de certitude que la géométrie et l'arithmétique, parce qu'elle a pour objet le mouvement réahsé dans les machines. La physique a moins de certitude que la mécanique, parce qu'elle ne considère point, comme celle-ci, le mouvement externe des circonférences, mais le mouvement interne des centres. Dans les sciences de l'ordre moral, le degré de certitude baisse encore -, la science morale ayant pour objet, non les mouvements des corps, dont l'origine, du moins, est certaine et constante, mais les mouvements des âmes, mouvements qui s'opèrent à de grandes profondeurs, et souvent naissent du caprice.
« La science humaine, dit-il, est née de l'imperfection de l'esprit humain. Placé par ses facultés en dehors de toute chose, notre entendement ne contient rien de ce qu'il veut connaître, et, partant, ne peut créer la vérité à laquelle il aspire. Les sciences les plus certaines sont celles qui, réparant le vice de leur origine, s'assimilent, comme création, à la scienc(3 divine, c'est-à-dire les sciences dans lesquelles le vrai et le fait sont susceptibles d'une transformation mutuelle.
« Concluons de ce qui précède, que le critérium c( de vérité, la règle pour reconnaître la vérité, (;'est (( de \ avoir faite; ainsi, l'idée claire et distincte que « nous avons de notre esprit n'est point un critérium « de vérité^ elle n'est même pas un critérium de « notre esprit ^ parce que l'àme qui se connaît ne se 1. u
34î LIVRE !. — DB LA CËRTITODE.
« fait point elle-même^ or, puisqu'elle ne se fait « point, elle ignore la manière dont elle se connaît, a La science humaine ayant pour base l'abstraction, « les sciences offrent d'autant moins de certitude « qu'elles se rapprochent davantage de la matière. .
« En un mot, le vrai peut se transformer et défi venir bon, si ce qui est connu comme vrai reçoit (( l'être de l'esprit qui le connaît; la science humaine « imite ainsi la science divine; Dieu, connaissant le « vrai, l'engendre intérieurement dans l'éternité et « le réalise extérieurement dans le temps. Communi- (( quer la bonté aux objets de sa pensée {vidit « Deus quod essent bona) , voilà , pour l'essence di- « vine, le critérium de vérité. Avoir fait la vérité c( quil connaît , voilà le critérium de l'homme. >î {Ibid, 31.)
296. Ce système révèle dans le philosophe italien une vigueur de pensée peu commune. Rien de plus spécieux, à première vue, que la gradation qu'il étâ^ blit entre les sciences mathéitiatiques, naturelles et morales, et leurs divers degrés de certitude. Les mathématiques offrent une certitude absolue, parce qu'elles sont l'œuvre de l'entendement; elles sont telles que l'entendement les voit, parce qu'il les crée lui-même ; les sciences naturelles et morales roulant sur des objets qui ont une existence indépendante de la raison, l'entendement connaît peu de chose de ces objets; il les connaît d'autant moins qu'ils s'éloignent