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CHAPITRE XXXIV

339. Je veux terminer ce livre par un résumé de mes opinions sur la certitude 5 on y pourra isuivre

27g |LjypE 1. r- ,9P u certitude.

Fenchaînement des doctrines exppsées daus les cl^%pitres précédents.

Lorsque la philosophie ^e trouve eij présence d'u» fait nécessaire, elle a pour devoir de le constater. JLa certitude est un fait de ce genre : disputer sur TexUtence de la certitude, c'est mettre en question la lumière du soleil sous le feu de ses rayons. Le genre humain sait, de science certaine, beaucoup de chos.es 5 les philosophes, y compris le sceptique, partagent la certitude du genre humain \ le scejptip^sme ^bsojp est une impossibilité.

Ce^e question de l'existence de la certitude écartée, la philosophie rentre dans le domaine de la raisQn. Libre à nous de demander comment s'acquiert Jia certitude et sur quoi elle repose.

La certitude est pour l'homme comme .une anpiexe de la vie ; c'est un résultat spontané du dévelçppement des facultés de l'esprit. La certitude est naturelle, indépendante des opinions, et, par conséquent, elle précède toute philosophie. C'est pourquoi, bieji qu'elles importent à la connaissance des lois qui régissent notre esprit, les questions sur la cçjrtitude ont toujours été, seront toujours stériles en résultats pratiques. 11 ne faut pas l'oublier ^ cette ligne de démarcation sauvegarde contre les erreurs de l'abstraction, non-seulement l'individu, mais la société tout entière. De la sorte, avant de commencer les recherches, la philosophie et le bon sens contractent alliance et se promettent de marcher d'accord.

L'examen des fondements de I9, certitude amène

CHAP. \itlV, -^ RÉSUMf ET CON^tÙ^ION. 2?!^

la question du premier prîticipe des ctffiiaissance^ humaines : ce premier principe existe-t-il? Quel est-il?

Cette question se peut entendre de iëih ttanièriBS: Il s'agit d'une vérité première contenant toutes les autres vérités, comme la semence contient la plartte, ou il s'agît seulement d'un point d'appui. A la première interprétation se rapportent les questions sur la science transcendantale; à la seconde les disputes des écoles sur la prééminence de certaines vérités, sur les droits qu'elles peuvent avoir à la dignité de premier principe.

Si la vérité existe, il existe des moyens de la connaître. De là les questions sur la valeur des critérium Dans l'ordre des êtres, la vérité, origine de toutes les vérités, c'est Dieu. Dans l'ordre intellectuel absolu, la vérité, principe de toutes les autres, c'est encore Dieu. Dans l'ordre intellectuel humain , if n'existe point de vérité première; il n'en existe' m de l'ordre réel ni de Tordre idéal. La philosophie clu moi ne peut fonder la science transcendantale. La doctrine de l'identité absolue est une absurdité 5 de plus, elle n'explique rien.

Suit le problème de la représentation. II peut y avoir représentation d'identité, de causalité, ou d'ïdéahté. La troisième diffère de la seconde, mais s'appuie sur elle.

Indépendamment iii problème de la représentation, nous avons examiné celui de Fintelligibilité irhmédiaté; problème difficile, mais sans lequel on

n'aurait point la connaissance complète du monde des intelligences.

On ne dispute sur la valeur des différents principes et sur leurs droits au titre de principes fondamentaux que par une confusion d'idées. Pourquoi comparer des choses profondément distinctes? Le principe de Descartes est renonciation d'un simple fait de conscience -, le principe de contradiction est une vérité objective, condition indispensable de toute connaissance. Celui qu'on nomme principe des cartésiens est l'expression d'une loi de notre entendement. Tous trois sont nécessaires, chacun dans son espèce, et en son heu. Nul d'entre eux n'est entièrement indépendant. En détruire un, c'est bouleverser l'intelhgence.

Nos divers critérium se peuvent réduire à trois : la conscience ou sens intime, l'évidence, l'instinct intellectuel ou sens commun. La conscience embrasse tous les faits présents à notre àme d'une manière immédiate, comme purement subjectifs. L'évidence s'étend à toutes les vérités objectives sur lesquelles notre raison s'exerce. L'instinct intellectuel est l'inclination naturelle à l'assentiment, dans un ordre de faits placés en dehors du sens intime et de l'évidence.

L'instinct intellectuel nous oblige à donner aux

idées une valeur objective -, dans ce cas, il se mêle

aux vérités d'évidence ^ on le confond habituellement

avec l'évidence.

Lorsque l'instinct intellectuel s'exerce sur des ob-

jets non évidents, et qu'il nous incline à croire, on le nomme sens commun,

La conscience et l'instinct intellectuel forment les autres critérium.

^ Le critérium de l'évidence imphque deux choses : l'apparence des idées, c'est un fait de conscience; et la valeur objective, réelle ou possible des idées, qui relève de l'instinct intellectuel.

Le témoignage des sens embrasse pareillement deux parties : la sensation, comme purement subjective; elle appartient à la conscience; la croyance à l'objectivité de la sensation ; cette croyance relève de l'instinct intellectuel.

I. autorité du témoignage humain relève des sens, qui nous mettent en rapport avec nos semblables, et de l'instinct intellectuel, qui nous incUne à y croire.

On ne peut prouver toutes choses ; cependant, tout critérium doit supporter l'examen de la raison. I* critérium de la conscience est un fait primitif de noti-e nature; nous trouvons dans celui de l'évidence la condition indispensable de la raison même; l'instinct intellectuel, qui nous porte à objectiver les idées, nous révèle pareillement une imprescriptible loi de notre esprit. Le critérium de sens commun, proprement dit, est l'assentiment instinctif de la raison à des vérités que l'examen reconnaît comme hautement raisonnables. Nous constatons, dans celui des sens et de l'autorité humaine, la même chose que dans le sens commun; ce critérium satisfait aux nécessités de la vie sensitive, inteUectuelle et moralu

Les divers critérium ne s'excluent pas, ils se fortifient l'un l'autre. Ni la nature ne lutte contre là raison, ni là raison contre la nature; nécessaires toutes deux, elles nous dirigent avec certitude, biëîi que ni l'une ni l'autre ne soient exemptes d'erreur, parce qu'elles relèvent d'un être faible et borné.

340. Une philosophie qui ne considère l'horiiine que sous un seul aspect est une philosophie incomplète, qui sera bientôt une fausse philosophie-, devenir exclusif, c'est se placer sur le bord de l'erreur. Cette observation est surtout vraie à propos de la certitude.

Il est bon de soumettre à l'analyse les sources de la vérité ; mais prenons garde que les détails ne nous cslchent retisetrible. Concevoir d'avance un système et tout ployer à ses exigences, c'est mettre la vérité sur le lit de Procuste. Rien de plus beau que l'unité ; itiais ne soyons ^ditlt plus exigeants que la nature ; n'oublions pas qu'il s'agit pour nous de chercher la vérité à l'aide de moyens humains, et proportionnêmènt à nos lumières. Les facultés de notre esprit sont soutïlises à certaines lois; nul ne peut s'en affranchir.

Développer simultanément nos facultés , non-seulement pour acquérir la certitude du vrai , mais pour trouver le vrai -, loi constante , impérieuse de notre nature. L'homtne est tin et multiple à la fois; un dans soii esprit, divers dans ses facultés ; et telle est la complibatioii dû corps auquel son esprit est uni , qu'on a pti tlommer ce cbrp's un microcoshie. Les facultés de

l'homme sont dans un rapport intime et réciproque? ; l'influence qu'elles exercent les unes sur les autres est incessante ; les isoler, c'est les mutiler et quelquefois les anéantir. Cette observation est de la plus haute importance; elle signale le vice fondamental de toute, philosophie exclusive.

Les sensations sont les matériaux que l'entendertient est appelé à mettre en œuvre , elles stimulent l'intelligence. En unissant l'âme au corps, le Créateur a voulu que les services fussent réciproques. De là cette correspondance merveilleuse entre les impre:?sions du corps et les affections de l'esprit. Que l'orgànîsme ait une action véritable sur l'âme, ou qu'il ne sblt qu'une Occasion pour une càusahté supérieure, l'âme a besoin du corps comme d'iin moyen , comreie

d'uft instrument. « L'hotnitie est une intelhgence servie par des organes. »

S'il était vrai que l'homme, dépouillé de sensations, conservât la faculté de penser, il penserait à la manière d'un pur esprit. Plus de rapports avec le monde extérieur. Il cesserait d'être homme selon le sens véritable du mot. bans cette hypothèse, le corps devient un hors-d'œuvre.

Admettons les sensations sans la raison , l'homme descend au niveau de la bête. Il sent, il ne pense pas. Les impressions qu'il éprouve, il ne les comprend ni ne les combine, car il ne peut réfléchir. Elles se succèdent fatalement en lui comme des phénomènes isolés qui ne conduisent à rien, ne prouvent rien, ne sont rien; affections particulières, obscures, sans liaisons

d'aucune espèce, dont il n'a pas le secret, dont il ne saurait se rendre compte à lui-même. Impossible, alors, de comprendre les rapports de l'homme avec le monde extérieur. Les animaux objectivent leurs sensations, du moins s'il faut en croire les apparences et l'analogie; mais leur manière d'objectiver diffère essentiellement de la nôtre. Prenons le sommeil pour exemple. Si les animaux rêvent, et l'on ne saurait en douter, croyez-vous qu ils distinguent, comme nous, le songe de la réalité ? Cette distinction suppose une certaine réflexion sur les actes qui s'accomplissent durant la veille et durant le rêve , une certaine comparaison entre l'ordre et la constance des uns , et le désordre, l'inconstance des autres; réflexion qui commence dès l'enfance chez l'homme , et qui se continue, même à son insu, durant toute la vie. Quand les images du sommeil ont été très-vives, nous restons quelquefois incertains, au réveil, s'il y a rêve ou réahté. Or, ce doute passager suppose une réflexion comparative entre les deux états. Que faisons-nous pour la résoudre ? Nous nous demandons où nous sommes. Le heu, le silence de la nuit, les ténèbres, etc. , nous avertissent que la vision passée n'a point de rapport avec notre état présent, et que, partant, c'est un rêve, Otez la réflexion , le réveil continue le songe , les deux ordres de sensations demeurent confondus.

L'infaillible instinct accordé aux animaux et refusé à l'homme ne prouve-t-il point que la raison nous a été donnée pour apprécier les sensations?

Donc , il n'est pas de critérium entièrement isolé ; ils s'appuient, se complètent les uns les autres, etj chose remarquable, les vérités admises par l'humanité tout entière sont appuyées par tous les (Titerium à la fois.

Les sensations nous portent, d'instinct, à reconnaître l'existence du monde extérieur; soumettez cette croyance à l'examen de la raison, celle;-ci vient en aide aux sens en invoquant les idées générales de cause et d'efi'et. L'entendement connaît certains principes et les admet comme des vérités nécessaires. Soumettez ces principes à l'expérience des sens , ceux-ci les confirment dans la mesure de leur perfection propre, ou dans la mesure de perfection des instruments qu'ils emploient. « Tous les rayons d'un même cercle sont égaux. » Vérité nécessaire ; les sens ne voient point de cercle parfait, mais ils voient que les rayons se rapprochent d'autant plus de l'égalité que l'instrument avec lequel on construit le cercle est plus parfait. « Tout changement a une cause. » Les sens ne peuvent confirmer la proposition dans son universalité, car, par nature , ils sont hmités à un certain nombre d'expériences ; toutefois, si l'on invoque leur témoignage , ils trouvent l'ordre de dépendance dans la succession des phénomènes.

Nos sens se viennent réciproquement en aide ; ils exercent l'un sur l'autre un mutuel contrôle, lorsqu'il y a doute sur la correspondance entre la sensation et son objet. Nous croyons entendre le bruit du vent ; pour confirmer le témoignage de l'ouïe, nous

en appelons à la vue ; nous consultons le mouvement des arbres. Un objet ndtis apparaît confusément; nous nous approchons et nous touchons.

Nos facultés intellectuelles et morales se prêtent pareillement comme une sorte de concours fraternel. Les idées rectifient les sentiments, les sentiments rectifient les idées. Parmi celles-ci, quelques-unes servent aux autres de pierre de touche et déterminent leur valeur. Il en est de même des sentiments. La pitié qu'inspire le patient incline à l'indulgence; l'indignation que le sort de la victime inspire contre le criminel incline à punir. Ces deux mouvements de l'âme ont leur bon côté; mais l'un pourrait engendrer l'impunité, l'autre endurcir le cœur et le reîidre cruel. Le sentiment de la justice est appelé à servir de modérateur. Mais ne devons-nous pas craindre que cette justice ne porte des jugements trop absolus? La justice est une-, les circonstances sont multiples et les peuples différents. La justice ne voit que les degrés de culpabilité; elle prononce d'une manière absolue ; conçue de la sorte, elle devient injuste; mais ici surviennent des idées d'un autre ordre, par exemple Tamendement du coupable combiné avec îa réparation faite à la victime ; ajoutez-y les idées de convenance publique , qui ne répugnent point à la saine morale ; ces idées peuvent modifier et modifient en effet TappUcatiori.

Point de vérité complète ou de bien parfait sàiis harmonie ; l'harmonie est une loi de notre nature. Nous ne pouvons embrasser d'un i-egàrd la vérité

infinie, dans laquelle toutes les vérités sont une seule venté, tous les biens un seul bien ; mais, cocrdonnés que nous sommes avec un n^gnde d'êtres fiais et par conséquent naultiples , nous avons besoin de différentes puissances, nous avons besoin de facultés joiul. tiples qui nous mettent en contact avec cette, variété de vérités finies, de biens finis; et comme C(îs facultés ont un même principe , une même ftn , elles sont soumises à l'harmonie qui est l'unité dans la mvdtiplicité.

341 . Cette doctrine arrache la philosophie au gcep- Aicisme; loin d'exclujre J'examen, elle VétmA et Je xend plus complet. Déclarons hautement son principal avantage ; elle retient la pensée dans les régions Au bon sens, et ne fait point du philosophe un être à part. La philosophie ne se peut vulgariser jusqu'à devenir une science populaire , et c'est un malheur ; mais qu'a-t-elle besoin de s'isoler dans l'absurde? Empêchons-la de dégénérer en philosophisme. Expo- ,^^tion des faits, examen consciencieux, langage clair : ie ne puis coAcevoir autrement une bonne i^hilosophie. Qu'on le comprenne bien ! ces quaUtés n'excluent point la profondeur, à moins que ce mot ne signifie ténèbres. Les rayons dtt soieil éclairent les régions les plus reculées de l'espace; la lumière est partout.

342. Telle n'est point l'opinion de certains philosophes de notre temps. En étudiant les fonderc.ents de la science, ils croient nécessaire d'ébranler le monde. Pour moi, je n'ai pu me persuader que la mission de

la philosophie fût d'entasser des ruines, et que pour examiner il fallût détruire. Je vais, par un apologue, rendre sensible l'extravagance de ces prétendus maîtres de la sagesse, au risque de scandaliser par ma simplicité leur sublime profondeur. Au reste, le lecteur doit avoir besoin de repos s'il m'a suivi à travers tant de traités obscurs que je serais heureux d'avoir rendus intelligibles, impuissant que j'étais à les rendre attrayants!

Une famille noble, opulente et nombreuse, possède de magnifiques archives ; là sont déposés les titres de sa noblesse, de ses aUiances, de sa fortune. Parmi les documents , il en est quelques-uns que la forme des caractères, leur vétusté, les altérations, rendent d'une lecture difficile -, on soupçonne que plusieurs de ces documents sont apocryphes ^ mais le plus grand nombre est authentique ^ il n'existe pas d'autre collection.

Survient un curieux, un antiquaire-, il promène son regard sur les rayons encombrés, et dit : Ceci est une confusion. Pour distinguera vrai du faux, pour étabhr Tordre dans ce chaos, mettons le feu aux archives, nous examinerons les cendres.

Que vous en semble ? Ce curieux c'est le philosophe qui, pour séparer la vérité de l'erreur dans les connaissances humaines, commence par nier toute vérité, toute certitude, toute raison.

On dira peut-être : Il ne s'agit point d'une négation, mais d'un doute.

Douter de toute vérité, c'est détruire la vérité 5 douter de toute certitude, c'est nier la certitude;

douter de toute raison , c'est anéantir la raison Les lois de la prudence et du bon sens sont les mêmes dans les petites que dans les grandes choses. Suivons notre apologue, et demandons-nous ce qu'il y aurait à faire dans l'hypothèse présente, selon le bon sens et la prudence.

Inventorier tous les titres sans exception, les classer provisoirement afin de faciliter l'examen, réservant pour la fin la classification définitive; noter avec soin es dates, la forme des caractères dans les manuscTits les rapports de ces caractères aux dates, et constater ainsi leurs degrés d'ancienneté. Voir si, dans tel casier ne se trouvent point quelques textes primitifs se rap^ portant à d'autres textes plus anciens, qui constatent 1 origine de la famille. Etablir une méthode claire et sure pour distinguer ce qui est ancien de ce qui ne lest pas; se garder de ramener tous les documents a un seul document, en exigeant une unité que rien n établit, car il existe peut-être plusieurs actes primitits et fondamentaux parfaitement distincts et indépendants. Même après avoir séparé les titres apocrvphes des titres réels, il serait à propos de ne rien jeter au feu ; une pièce apocryphe peut mettre sur les traces d une autre qui ne l'est point, aider à l'interprétation des pièces authentiques, et dans tous les cas servir à 1 histoire des archives.

L'esprit humain ne fait retour sur lui-même il ne s étudie lui-même qu'après de longs développements après une longue éducation. Le moment venu il dé' couvre en lui un ensemble de sensations, d'idées de

jugements, d'affections de toutes sprtes, dans un inextricable mélange. Plus encore j il n'est pas seul dans le monde ^ il vit dans un rapport intime d'idées, de sensations, de jugements, avec des êtres sen^hlables à lui; ses facultés réagissent l'une sur l'autre; elles subissent l'influence d'une multitude d'êtres dissemblables, infiniment variés, dont l'ensemble forme notre univers. Pour se rendre compte de ce qui l'entoure, pour étudier lui-même et l'univers, l'esprit humain fera-t-il de l'univers et de lui-même un monceau de cendres, sans espoir, comme le phénix, de s'élancer vivant du bûcher? Image vraie de ceux qui, pour devenir philosophes, commencent par nier toutes choses ou par douter de toutes choses. Choisira-t-il, au hasard, un fait, un principe, disant : « Puisqu'il me faut un point d'appui, ceci sera la pierre sur laquelle je fonderai la science. » Ou bien, dédaignant l'analyse et fermant les yeux au jour, fera-t-il entendre cet absurde blasphème : k Tout est un-, rien n'existe en dehors de l'unité absolue ; je me tiens à ce principe et ne veux pas en sortir. » Non, non ! telle n'est point la destinée de l'intelhgence. Se connaître ellemême , et partant étudier, classer ses facultés ; les apprécier selon leur valeur -, loin de débuter par des efforts insensés et ridicules contre la nature, prêter aux conseils de la nature une oreille attentive ; voilà les devoirs de l'intelligence, voilà son éternel honneur.

Point de philosophie sans philosophes-, point de raison sans un être raisonnable ; donc, la préexistence du moi est une nécessité. Point de raison possible si

Ton admet cette contradiction : être et n'être pas en même temps; donc toute raison supposa h vérité du principe de contradiction. Lorsqu'on étudie la raison, c'est la raison qui étudie ; la raison a besoin de règles, de lumière ; donc, tout examen suppose cette lumi(îre, c'est-à-dire l'évidence, et la légitimité de son critérium. L'homme ne se fait point lui-même ; il se trouve fait; il ne fixe pas les conditions de son être; il les trouve imposées. Ces conditions sont la loi de sa nature : pourquoi lutter contre elles? « Outre les préoccupations factices , dit Schelling, il en est de primordiales qui tiennent non à l'éducation, mais à la nature; principes de connaissances pour tous les hommes ; écueils pour les libres penseurs. » Pour moi, je ne prétends point m' élever au-dessus de totis les hommes; je ne veux pas me mettre en lutte avec la nature ; si je ne puis être philosophe sans cesser d'être homme, j'abandonne la philosophie et je me range du c^té de l'humanité.

FIN m UYRE PREMIER.

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