‹ Philosophie fondamentale [microform]Chapitre 136 sur 607 · ERREUR DE LAMENNAIS SUR LE SENS COMMUN · texte numérisé non relu

ERREUR DE LAMENNAIS SUR LE SENS COMMUN

331. La foi instinctive au témoignage des hommes dont nous venons de parler est un fait d'expérience: nul ne la conteste. Cette foi , réglée par la raison, constitue un critérium de vérité. Si elle ne met pas a 1 abri de l'erreur, il faut en accuser la faiblesse humaine et se souvenir des nombreux avantages qu'elle procure. & ^ *^

Un écrivain célèbre s'est efforcé de renfermer tous

les critenum dans le critérium d'autorité, aflirmant

avec resolution que le . consentement commun, sensus

commums^ est po ir nous le sceau de la vérité, et qu'il

* Voyez là fiote XXVilî, â la fin du volartié.

n'en est point d'autre. » (Lamennais, Essai sur Vlrvdifférence en matière de religion, tome II, chap. 13.) Ce wstème étrange, dans lequel se trouvent confondus deux mots aussi distincts que sensus et consensus, l'écrivain breton l'expose et le soutient avec une exagération pleine d'éloquence; mais l'éloquence n'est pas toujours la vérité. La chute déplorable de cet esprit brillant a donné le dernier mot de la doctrine. L'auteur avait ouvert un abîme dans lequel il précipitait toute vérité; il y est tombé lui-même. En appeler au témoignage pour toutes choses, dépouiller l'individu de tout critérium , c'était détruire tous les critérium , y compris celui que le philosophe voulait établir.

On éprouve un étonnement douloureux devant ce système. Que de beautés prodiguées à répéter les vulgarités du scepticisme, pour aboutir au moins philosophique de tous les paradoxes !

Selon Lamennais, le consentement commun est le critérium unique. Un coup d'œil jeté rapidement sur les autres critérium suffira pour nous convaincre de l'impuissance de ce dernier à les produire.

332. Et d'abord , le témoignage de la conscience ne se peut appuyer en aucune façon sur l'autorité d'autrui. Formé par une série de faits intimement présents à notre esprit, sans qu'il nous soit possible de concevoir en dehors de ces faits et de leur intervention la pensée elle-même , il est clair que ce témoignage doit préexister à l'application de tout critérium, car il faut penser pour connaître la vérité.

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Est-.l rien de plus faible, sous le rapport scientifique que cette réfutation du système Se Descartes :

« Lorsque Descartes, pour sortir de son doute mé- « thodiqueetabUt cette proposition : ye ;,.„,., donc <^jesms ù franchit un abîme immense et pose au « miheu des airs, la première pierre de l'édifice o'u'il « entreprend d'élever; car, à'ia rigueur no J,é « pouvons pas direy.;,^^, nous ne pouvons pas dire «je suzs, nous ne pouvons pas dire donc ou rien af- « firmer par voie de conséquence. ,, (ma )

fau^ en*^" ^"'"'■* "''" ^ ^'''^"^^ ^^-^, il aut en convenir, un examen plus approfondi Prétendre que l'on ne peut dire dL, c'est rép ter 1'^ gument usé des écoles; affirmer q^e nous ne pTuvon;

que les sceptiques eux-mêmes n'ont point méconnu

quel es , ou, du moms, dans quel sens on doit entendre le principe de Descartes.

Si nous ne pouvons dire ;. pense, nous pourrons b^en moins encore affirmer que les autres peu sent e

est le seu critérium, nous avons un indispensable besom de la pensée d'autrui, il suit que la pSrë fon damentale du^ystème de Lamennaislt er^lraZ

«être unique, doit réunir deux conditions • l»nVn «ircoœlmco. 0, c cractères „»„,« .„ „^

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septement commun. Le tém.oignage de la con^ience préexiste è ce critérium, comme aussi le témoignage des sens, car nous ne pouvons connaître l assentiment d'autrui qu'au moyen ou par le témoignage de

l'ouïe ou de la vue,

334. Et d'ailleurs, quelles difficultés encore, quelle iipp.os^bilité dajis l'application! Pourrait-on nous dire jusqu'à quel point le consentemient doit être unanime? Si le mot commun comprend le genre humain tout entier, commenlt recueillir les opinions? Si le consentement n'a pas besoin d'être unanime, dans quelle proportion la contradiction ou le non consentement altèr.eront-ils la légitimité du critérium?

333. Lamennais a pris l'effet pour la cause, et vice versa, « Il existe des vérités sur lesquelles tout le inonde est d'accord \ donc le consentement de tou3 est pour chacun l'unique garant de certitude, n L'er^ reur est là dans son entier. Si le philosophe français eût approfondi son sujet, il ne l'eût point commise. La sécurité de l'individu ne tient point à l'asseatiraent général^ mais l'assentiment est général parce que chaque individu est forcé de le donner. Dans ce vote universel de l'espèce humaine, chacun obéit à une impulsion de la nature^ et comme tous reçoivent la même impulsion, tous votent de la même manière. Lamennais a dit : « Qiacun vote d'une même manière, parce que tous votent ainsi, » ne remarquant point que, de la sorte, le vote ne pourrait ni commencer ni finir. Cette comparaison n'est pas un à-propos satirique, c'est un argument rigoureux auquel on ne

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m répondre. Il suifirait seul à montrer le peu à» to^dewent et les contradictions de ce système.

336. L'auteur en appelle au témoignage d^ la conscience pour prouver que ce critérium est unique : i\ me semble que ce témoig»age enseigne le co»^ traire. A-t-on jainais attendu le témoignage à'mïxnï pour s^assurer de l'existence des corps? Les animaux eux-mêmes objectivent les seusations, à leur manière, en vert^i d'un instinct naturel. Si nous n'avions pour croire au témoignage des hommes d'auU-e cnterimn que le consentement commun, noi^ m pourrions croire à autrui, par cette raison toute simple, qu d mm est impossible de nous assurtT de ce que les autres disent ou croient, si nous n'avons commencé par croire en quelqu'un. L'eniant, avant de croire a la parole d^ sa mère, en appelle-t^il ^ témoignage d'autrui? Non; il cède à 1 mstinct ^r turel qu il a reçu de la bonté du Créateur. Il ne CToit pomt parce que tous croient, tous croient parce que chacun croit. U foi individuelle ne relève pas de^ 01 générale; mais la croyance générale se forme de 1 ensewbJedes croyances individuelles; cette foi n'e&t pomt natureUe parce qu'eUe est générale; ^]i^ ^ unwerseUe parce qu'elle est imposée par la nature. éôl. Voici l'argument principal de Lamemuu^ : Dans certaines circonstances nous en appelons, nuur nous assurer de la vérité des autres critérium au consentement commun. La folie n'est autre chose que 1 opposition de la raison à ce consentement. On avertit un homme que sa vue le trompe, qu'il voit

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mal un objet-, d'instinct, il interroge, il s'enquiert autour de lui si l'on voit de la même manière, que si les témoignages sont unanimes et sérieux, s'il ne peut parvenir, à l'aide des moyens que la nature lui fournit, à corriger son erreur, il remplace par le témoignage d' autrui le témoignage de sa vue, auquel il n'a plus confiance.

Que conclure de là? Rien en faveur du consentement commun. Il est certain que le critérium des sens, comme les autres critérium, peut nous tromper en des circonstances exceptionnelles^ il est certain que, dans ces circonstances, le doute se faisant jour, on en appelle au témoignage d' autrui. Mais pourquoi ? pour s'assurer que l'on n'est point sous l'influence de l'une de ces perturbations naturelles, qui sont le triste apanage de la faiblesse humaine. Les lois de la nature sont universelles. Celui qui doute s'enquiert si, par accident, il est en dehors des lois universelles de la nature. Ne serait-il point insensé d'élever une exception au rang de critérium général et unique -, d'affirmer que le témoignage des sens relève de l'autorité, par cela seul qu'en des cas extrêmes, et lorsque nous craignons une perturbation dans nos organes, nous demandons à autrui s'ils voient les choses comme

nous les voyons?

338. L'auteur de \ Essai sur Vindiffèrence affirme c( que les sciences exactes ne jouissent d'aucun privilège, et s'appuient sur le consentement commun 5 que le qualificatif exactes est un de ces vains titres par lesquels l'homme cherche à déguiser sa faiblesse -,

que la géométrie elle-même n'existe qu'en vertu d'une convention tacite, convention qui se pc»urrait exprimer en ces termes : Nous nous obligeons à tenir tels principes pour certains, et nous déclarons rebelle au sens commun^ cest-à-dire à V autorité du nombre quiconque demandera qu'on les lui démontre, »

Que répondre à de telles exagérations? Les arguments que l'auteur ajoute dans ses notes, pour prouver l'incertitude intrinsèque des mathématiques, ont la même valeur.

On a beaucoup écrit contre la certitude des sciences exactes 5 je suis loin de méconnaître les difficultés que ces sciences présentent lorsqu'on les souraet au creuset de la métaphysique. Dans le premier volume du Protestantisme comparé au Catholicisme, j'ai consacré un chapitre à ce que je nomme l'instinct de la foi, où j'espère avoir prouvé que les vérités scientifiques elles-mêmes relèvent, en partie, de cette faculté. Ne plaçons point les sciences naturelles audessus des sciences morales ; estimons davantage ces dernières-, mais sachons nous garder d'une exagération qui détruit toute science et toute vérité.

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