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CHAP. I. — DE LA SENSATION EN ELLE-MÊME

Notre expérience ne s'étend pas au delà du globe que nous habitons ; pouvons-nous assigner à la vie sensitive les hmites de notre expérience ? Même sur notre globe, l'imperfection de nos sens et des instruments qui leur viennent en aide circonscrit l'observation. Jusqu'oii se prolonge la chaîne de la vie ? Oii se trouve son dernier anneau? Les êtres que nous nommons inanimés ne participent-ils point en quelque chose à cette faculté mystérieuse? Le monde (stil composé de monades douées d'une certaine perception, comme le prétend Leibnitz? Hypothèse sîms fondement, nous l'avons déjà vu ; mais puisque nos moyens d'observation sont si bornés, ne nous hâtons pas de circonscrire le monde vivant dans les limites de notre intelligence.

7. On parle en général de la faculté de sentir comme d'un phénomène d'un ordre très-inférieur ; il en est ainsi, en effet, quand on la compare aux facultés intellectuelles, ce qui ne fait point que cette faculté ne soit, en elle-même, pleine de merveilles et de mystères.

Sentir!... Prérogative immense! Comparez la matière inerte à l'être sensible ; quelle distance dans l'échelle des êtres ! L'être insensible existe, mais il ignore qu'il existe. En lui, il n'y a que lui. L'être sensible sent son être ; il y a en lui autre chose que lui-même ; tout ce qu'il sent, tout ce qui se manifeste en lui. Entouré de toutes parts d'existences qui le pressent, l'être insensible reste isolé dans une solitude profonde, absolue. L'être sensible, même alors qu'il «st

898 tfVRg II. »*- figS SENSATIONS.

seul , peuple Tunivers de ses créations satis nombre.

8. L'idée du moi se peut appliquer, en quelque sorte, à tout être sensible. La sensation suppose un être permanent ayant conscience du transitoire, c'està-dire un être un au milieu de la multiplicité. Donc tout être sensible, s'il était capable de réflexion, pourrait dire à sa manière, moi. En effet, il est constant que dans la diversité des sensations qu'il éprouve, l'être sensible reste le même être. Rompez cet enchaînement, détruisez cette unité, il ne s'agit plus d'wTi être sensible, mais d'une succession à!à%Qwsations, de phénomènes sans connexité.

9. Toute sensation implique conscience directe , la sensation n'étant autre chose, pour l'être qui l'éprouve, que. la présence du phénomène; dire que l*on sent, sans avoir conscience de ce que l'on sent, serait contradictoire. Une sensation éprouvée est une sensation présente ; on ne conçoit pas une sensation non présente, c'est-à-dire non sentie; véritable absurdité. (V. liv. I, chap. XVIII, par. 226.)

10. Toute sensation suppose présence, ou si l'on veut, conscience directe d'elle-même; mais toute sensation ne suppose point une représentation. Cette distinction n'est pas sans importance. Les sensations de l'odorat, du goût, de l'ouïe ne sont point représentatives ; elles restent en elles-mêmes et dans leur objet; je veux dire que l'être qui les éprouve pourrait se croire dans une solitude absolue et sans relations avec d'autres êtres. Mais les sensations du toucher et de la vue , surtout celles de la vue , sont

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essentiellement représentatives. Bien qu'immane^ntes, comme les premières, elles impliquent relation avec d'autres êtres, norl Comme avec de simples mw^^^, mais comme avec des individualités représentées dans la sensation.

Les êtres sensibles doués de la faculté représentative paraissent appartenir à un ordre de beaucoup supérieur aux autres ; indépendamment de la conscience, ces êtres portent en eux une force mystérieuse par laquelle ils découvrent en eux-même un monde tout entier.

11. Quel est le degré le plus parfait de la vie séiisitive? Quel est le plus imparfait? Questions insolubles pour nous. Toutefois, en présence de cette échelle incommensurable selon laquelle la vie est distribuée, nous pouvons conjecturer ce qu'est la puissafi(^ë de la nature. Laissons-lui ses secrets; c'est assez de les soupçonner.

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