CHAP. IV. — LES SENSATIONS ET LE MONDE EXTERNE
ment éprouver tous les phénomènes qu'un voyage entraîne, et non pas selon ma fantaisie, mais de manière à ressentir dans toute leuf vérité , dans toute leurréahté, les plaisirs et les ennuis d'un voya[,^e; par exemple, former une résolution vraie de partir et d'arriver à l'heure marquée, sous peine de trouver à la place de la sensation, voir la voiture qui doit rn emporter , une sensation différente , c'est-à-dire trouver la voiture partie-, enfin subissant toutes les sensations désagréables qui suivent de semblables mésaventures.
Mais de cette même suite de phénomènes internes, c'est-à-dire de ces aventures de voyages , si je veux seulement évoquer la représentation, je dispose toutes choses à mon gré. Je m'arrête, ou j'accélère ma course ; d'un bond , je franchis des distances immenses. Je suis dans un monde où je commande en maître^ je veux, et la voiture m'attend, le postillon est en selle, le cocher sur son siège ^ je vole emporté sur les ailes du vent ^ les riches paysages , les landes stériles, les plaines où le ciel seul arrête le regard, se déroulent et passent avec une rapidité merveiUeuse. Mais j'ai quitté la terre ^ les flots agités bouillonnent ; j'entends la grande voix de l'Océan, et le choc sourd des vagues contre les flancs du navire. Le pilote commande la manœuvre, les matelots grimpent dans les cordages, et se balancent sur les vergues comme des oiseaux de mer^ je me promène sur le pont^ je m'entretiens avec les passagers. Oh ! la belle traverse^e !