UNE HYPOTHÈSE IDÉALISTE
29. Si les idéalistes sont dans le vrai, cet enchaînement , cette dépendance des phénomènes attrib née
aux objets extérieurs, n'existe qu'en nous-, partant la causalité n'appartient qu'à nos actes mêmes. Je mets en mouvement un cordon placé sous ma main dans mon cabinet de travail -, le bruit d'une sonnette répond à ce mouvement ; le même fait s'est produit constamment durant plusieurs années. Le phénomène interne formé de l'ensemble des sensations que nous nommons cordon, et mouvement imprime à ce cordon , produit ou entraîne un autre phénomène nommé bruit de la sonnette. C'est à l'habitude , ou si l'on veut à je ne sais quelle influence occulte , qu'il faut attribuer le rapport observé entre deux phénomènes dont la succession non interrompue nous fait transporter à l'ordre réel un fait purement fantastique. Voilà l'explication la moins irrationnelle que puissent donner les idéalistes. Quelques observations nous en feront sentir la futihté.
Aujourd'hui, j'imprime au cordon le mouvement accoutumé; chose 'étrange, la sonnette ne répond point. Pourquoi ? le phénomène déterminant a heu, car j'ai conscience de l'acte que nous nommons tirer le cordon. Je recommence en vain 1^ mouvement; la cloche reste muette. Hier un phénomène produisait l'autre ; pourquoi n'en est-il plus de même aujourd'hui? Rien en moi n'est changé ; j'éprouve le premier phénomène, avec la même clarté, la même vivacité ; pourquoi le second ne se produit-il pas? L'acte de volonté que j'exerce est efficace comme il Tétait naguère ; comment se fait-il que cette volonté soit impuissante ?