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CHAP. XIV. — IDÉE DU SOLIDE PAR LA VUE

partage l'angle dièdre* en deux parties égales. Nous donnerons à chaque face du parallélipipède une (»ouleur différente alternativement blanche, noire, verte et rouge. Ici Fœil voit les deux plans en un seul ^ de sorte que l'arête ou ligne de division lui apparaît comme une droite coupant deux parties d'un même plan, qui ne diffèrent que par la couleur. L'inclinaison de deux plans lui échappe-, et comme il rapporte l'objet à l'extrémité du rayon visuel, qu'il n*a pu comparer des différences qui tiennent soit à l'inégalité des distances, soit à la position des objets, soit à la manière dont ces objets sont frappés par le jour, l'œil doit les confondre et les confond en effet dans une même surface dont il distingue les diverses parties. Il ne va pas plus loin.

Autre preuve : nul n'ignore qu'au moyen de la perspective on peut arriver à l'imitation parfaite d'un solide. Supposons qu'au lieu du solide B, nous ayons sous les yeux une surface plane sur laquelle od aurait imité les deux faces du parallélipipède dont il s'agit-, même sensation, partant illusion complète. Donc , il existe deux moyens de produire une même sensation^ donc, si l'on ne suppose une comparaison antérieure, il est impossible de distinguer entre ces deux moyens^ et dès lors l'idée qui se présentera sera nécessairement la plus simple, à savoir, l'idée d'une surface plane.

83. Que si le parallélipipède se meut autour d'un axe vertical, il présentera successivement ses quatre

* Angle formé par deux plans qui se rencontrent.

faces plus grandes ou plus petites selon leur inclinaison par rapport au rayon visuel , de sorte qu'elles atteindront leur maximum lorsque les plans seront perpendiculaires à ce rayon, leur minimum lorsqu'ils lui seront parallèles.

De la succession , de la diversité des sensations , naîtra bientôt Vidée de mouvement-, nous verrons, en effet, les mêmes plans du parallélipipède occuper des positions différentes^ comme ces plans s'offriront aux regards d'une manière uniforme et constante, cette uniformité suggérera Tidée, par exemple, que la couleur qui reparaît après la couleur noire est la même que l'on a vue déjà -, ainsi des autres -, et comme les couleurs iront se remplaçant et se succédant d'une manière constante, l'idée de l'étendue naîtra du prolongement ou de la direction du rayon visuel, ce qui suffit pour former l'idée d'un solide.

Le plan nous avait donné les deux dimensions qui constituent la surface. Pour concevoir un solide , il nous manquait la troisième que le plan ne contenait point. Le parallélipipède en mouvement nous en a

fourni Vidée.

84. Ce mouvement qui s'exécutait autour d'un axe vertical, nous le pouvons supposer s' opérant autour d'un axe parallèle à l'horizon ; alors se présenteront à nous d'une manière successive et sous des aspects différents, selon la position du polyèdre, c'està-dire selon Vouverture de Vangle formé par les plans avec le rayon visuel, deux faces opposées du parallélipipède ainsi que leurs bases. Ainsi se produira Vidée

d'une dimension qui ne se trouve point dans le plan primitif^ partant, ce qui manquait à la formation de Vidée de volume finira par se compléter.

8o. Nous avons supposé l'objet en mouvement et l'œil immobile ; nous pouvons supposer l'objet immobile et l'œil en mouvement. Le résultat reste le même. L'homme que nous supposons dépourvu du sens du toucher, mais doué de l'organe de la vue, ne laissera pas de se former, par les seules impressions de cet organe, les idées qui constituent un solide. 11 est vrai qu'il ne pourra discerner si le mouvement part de l'objet qu'il voit ou de lui-même , mais ceci n'exclut point la formation de l'idée composée des trois dimensions.

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