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Troublés par tanf ot j

CHAP. X. — OPINIONS SUR l'espace. 66

offre l'espace, ni concevoir en aucune <;hose créée l'immobilité, l'infinité, la perpétuité que nous imaginons dans l'espace, certains philosophes ont dit : L'espace est l'immensité même de Dieu. On se révolte au premier mot contre cette opinion ; erreur grave, en effet, et j'espère le démontrer ; mais je me hâte de rendre justice à la droiture d'intention de ceux qui l'ont soutenue; si les raisons indicjuées manquent de solidité, nous devons reconnaître qu'elles ne sont pas aussi méprisables qu'on l'a voulu dire.

08. Voici comment on les pourrait présenter : l'espace est quelque chose; il était avant la création du monde. L'existence des corps ne se peut concevoir sans un espace dans lequel ils puissent s'étendre; cette capacité, nous la concevons comme piéexislantè aux corps qu'elle doit contenir; donc, l'espace est éternel. Point de mouvement sans espace. Au moment même de leur création, les corps ont pu se mouvoir ils ont commencé à se mouvoir. Le mond(, ne serait qu'un seul et même corps, ce corps pourrait se mettre en mouvement et son mouvement se prolonger à l'infini ; donc l'espace est infini. Anéantissez à son tour ce corps unique; l'étendue dans laquelle il était en mouvement restera; de nouveaux corps, de nouveaux mondes pourront être créés dans cette étendue Donc 1 espace est indestructible. Un être éternel infini, indestructible ne peut être créé : donc l'espace est incréé. Donc il est Dieu même; il est Dieu en tant que nous le concevons sous le rapport de l'étendue • donc 1 espace est limmensité de Dieu. En vertu de

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son immensité Dieu est partout-, cet attribut relève de l'étendue : donc l'espace est l'immensité de Dieu. Cette théorie admise, nous pouvons sans inconvénient regarder l'espace comme infini, éternel , indestructible.

69. Mais cette théorie détruit la simplicité de Dieu ; si l'espace est une propriété de Dieu, il est Dieu même, car tout ce qui est en Dieu est Dieu. Or, l'espace étant essentiellement étendu, Dieu serait étendu.

Clarke comprenait la force de cette objection, qui ressort d'ailleurs des arguments de Leibnitz \ il n'y répond que faiblement. L'espace, dit-il, a des parties, mais des parties indivisibles. Indivisibles ou non, il a donc des parties. Il est vrai que, dans l'espace, nous concevons les parties sans les séparer ^ mais nous les concevons comme réellement existantes; nous ne saurions concevoir l'espace sans ces parties. Que deviennent alors les preuves en faveur de l'immatérialité de l'àme? Si la sagesse infinie pouvait être étendue, à plus forte raison l'âme humaine.

Entraîné par son idée favorite, Clarke en est venu à écrire ces lignes : « En des questions de cette nature, lorsqu'on dit parties, on entend des parties qu'on peut séparer^ des parties composées, désunies, comme celles qui forment la matière-, la matière n'est pas une seule substance , mais un composé de substances.

«Voilà pourquoi, kmon avis y la matière est incapable de penser. Cette incapacité ne vient point de retendue,

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mais de ce que les parties qui la composent sont des substances distinctes, désunies, indépendantes les unes des autres. » (Fragment de lettre.) Cette explication tend à détruire la simplicité de l'être pensant, car par simplicité l'on a toujours entendu absence de parties en général, et non de telle ou telle espèce de parties. L'inséparabilité ne détruit point l'existence des parties, elle affirme seulement la fore»? de leur cohésion.

70. Voilà la porte ouverte au panthéisme. En effet, Clarke, même de son vivant, fut accusé de faire de Dieu l'àme du monde ; et bien qu'il se soit défendu de cette accusation, une difficulté reste, difficulté grave qu'il ne sut pas apercevoir. Si l'on peut sans inconvénient établir que Dieu est l'espace , ou <|ue l'espace est une propriété de Dieu, pourquoi ne dirions-nous point que Dieu est le monde ou que le monde est une propriété de Dieu? Si le monde est étendu, l'espace est pareillement étendu; or si Dieu et espace lîe sont point deux idées contradictoires, dans un même être, pourquoi Dieu et l'univers lo seraient-ils?

Les corps, dit Clarke, sont un composé de différentes substances, non une même substance ; mais que sait-on des corps, sinon qu'ils sont étendus et qu'ils produisent en nous certaines impressions? Que si l'étendue ne répugne pas à l'idée de Dieu, si la causahté des impressions lui répugne moins encore, pourquoi ne dirions-nous point que les substances distinctes de Clarke ne sont autre chose que des par-

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lies, ou, si l'on aime mieux, des propriétés de la substance infinie?

Newton a écrit que Tespace était le sensorium, le siège, le centre de Dieu. Clarke soutient, contre Leibnitz, que cette expression offre un sens légitime, parce qu'elle n'est qu'une comparaison^ toutefois Leibnitz insiste, de telle sorte qu'il est facile de voir que l'impression qu'il avait reçue de ce mot était profonde et fâcheuse.

71 . Tout ce qui tend à confondre Dieu avec la nature, à mettre Dieu en communication constante avec la nature autrement que par des actes purs d'entendement et de volonté, nous place au bord d'un abîme et sur une pente rapide; le fond du gouffre, c'est le panthéisme, c'est-à-dire une phase de l'athéisme, la dernière peut-être'.

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