‹ Philosophie fondamentale [microform]Chapitre 218 sur 607 · CHAP. XI. — OPINIONS SUR L'ESPACE · texte numérisé non relu

CHAP. XI. — OPINIONS SUR L'ESPACE

74. Mais écoutons l'illustre prélat : « Dès que vous ne mettez aucune borne à l'étendue, vous lui ôtez la figure, la divisibilité, le mouvement, l'impénétrabilité; la figure, parce qu'elle n'est que la manière d'être bornée par la superficie; la divisibihté, pan^e que ce qui est infini, comme nous l'avons vu, ne peut être diminué, ni par conséquent divisé, ni par conséquent com'posè et divisible ; le mouvement, parce que si vous supposez un tout qui n'ait ni parties ni bornes, il ne peut ni se mouvoir au delà de sa place, puisqu'il ne peut y avoir de place au delà du vrai infini ; ni changer l'arrangement et la situation de ses parties, puisqu'il n'a aucunes parties dont il soit composé ; enfin, rimpénétrabihté, puisqu'on ne peut concevoir l'impénétrabilité qu'en concevant deux corps bornés, dont l'un n'est point l'autre, et dont l'un ne peut occuper le même espace que l'autre. Il n'y a point deux corps de la sorte dans l'étendue infinie et indivisible : donc il n'y a point en elle d'impénétrabdité. Ces principes posés, il s'ensuit que tout le positif de rétendue se trouve en Dieu, sans que Dieu soit ni figuré, ni capable de mouvement, ni divisible, ni impénétrable, ni par conséquent palpable, ni par conséquent mesurable. »

Il est facile de voir dans ce passage, comme en beaucoup d'autres, combien l'illustre prélat était loin d admettre un Dieu composé; on ne pouvait moins attendre de son génie et de la pureté de sa doctrine Mais l'exactitude philosophique exige autre chose que des intentions pures. Pour moi, j'avoue avec ingé-

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nuité que si le mot étendue doit être pris dans le sens propre, je ne puis concevoir comment une étendue devient indivisible, par cela seul qu'elle est sans limites. Il me semble, au contraire, qu'une étendue infinie doit être divisible à l'infini. Une étendue infinie n'aura point de figure, parce que l'idée défigure impfique des limites-, cette étendue sera donc comme un fond immense sur lequel on pourra tracer toutes les figures imaginables. Les figures tracées, les points qui serviront de limites aux figures seront dans cette étendue : qui ne voit là des parties, un composé ? L'étendue infinie ne pourra point être figurée , non qu'elle manque de parties, non qu'elle soit simple, mais en vertu de l'infinité de ses parties, en vertu de sa composition infinie.

Si par diviser on entend séparer, je conçois qu'une étendue infinie puisse être indivisible; dans cette plénitude immense, tout serait à sa place avec une fixité infinie. C'est ainsi que nous imaginons l'espace immobile ; milieu de tout mouvement, avec ses parties inséparables, cbamp de toute séparation; mais il ne s'agit point de séparation, il s'agit de division; s'il y a étendue vraie, elle est divisible. Nous concevons l'espace avec ses parties inséparables, mais divisibles; car ces parties, on les mesure, on les compte; c'est par leur moyen que nous concevons l'idée de la grandeur, de la distance et du mouvement des corps.

7o. Ces réflexions si simples, si concluantes ne pouvaient échapper à la pénétration de l'illustre prélat ; aussi voyons-nous qu'il s'eifraye des consé-

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