‹ Philosophie fondamentale [microform]Chapitre 222 sur 607 · NOUVELLES DIFFICULTÉS · texte numérisé non relu

NOUVELLES DIFFICULTÉS

84. Si l'espace n'est autre chose que l'étendue même des corps , l'étendue manque de récipient c est-a-dire de lieu qui la contienne, de place enfin [ ce qui semble contredire nos idées les plus simples, iin ellet, concevoir une chose étendue, et concevoir une place égaie à cette étendue, une place qui la puisse contenir, sont des idées simultanées et corrélatives.

83. Cette difficulté, très-grave au premier aspect, n a pas la momdre consistance ; niez que toute substance étendue implique un lieu distinct d'elle-même et la difliculté s'évanouit. Qu'est-ce que ce lieu ? Une étendue dans laquelle la chose est placée. Mais cette étendue n'a-t-elle pas besoin d'une autre étendue qui la contienne elle-même ? Si vous l'affirmez de la première, il faudra laffirmer de la seconde, et ainsi jusqu'à l'infini ; impossibilité évidente; partant il est faux que toute étendue exige une autre étendue pour s'y placer ; or, de même que l'étendue de l'espace n'aurait pas besoin d'une autre étendue, l'étendue des corps n'aura pas besoin de l'espace. Les deux cas sont identiques; donc la nécessité d'un Heu pour toute étendue est une chose imaginaire, que la raison repousse. Donc l'étendue peut exister en elle-même,

CHAP. Xill. — NOUVELLES DIFFICULTÉS. ?!

donc rien n'ehipêche que l'étendue des corps existe de cette manière. Mais, dans ce cas, changer de lieu, que sera-ce ? Pour les corps, un changement dans leur position respective. Ainsi s'explique le mouvement.

Soit, dans l'espace, les trois corps ABC: leurs distances respectives se mesurent par d'autres corps interposés. On appelle mouvement le changement qui amène une position nouvelle.

86. Donc un corps unique ne se peut mouvoir. Le mouvement suppose une dislance parcourue ; point de distance là où il n'existe qu'un seul corps.

Ce résultat paraît absurde au premier abord, parce qu'il contrarie notre manière de sentir et d'imaginer ; toutefois, une attention plus soutenue nous fera voir que les phénomènes de notre esprit se trouv«;nt d'accord avec la théorie.

Le mouvement se dérobe à toute appréciation si nous ne pouvons le rapporter à la position des corps entre eux. Nous sommes dans la cabine dune barque qui descend un fleuve ; à chaque flot, nous changeons de place, mais sans nous en apercevoir ; seuls les changements qui s'opèrent dans les objets extérieurs nous en avertissent; et même alors le mouvement nous semble appartenir à ces objets plutôt qu'à notre barque. Ainsi, le phénomène serait le même, absolument le même, si les objets extérieurs étaient en mouvement, la barque demeurant immobile; pourvu toutefois que leurs mouvements fussent combinés d'une certaine manière. (Voy. livre II, chapitre xv.)

Donc, n'était la secousse qui seule nous donne

72 LIVRE 111. — l'étendue et l'espace.

connaissance du mouvement individuel, nous ne distinguons pas si le mouvement nous appartient ou s'il appartient aux objets^ il est à remarquer que nous inclinons naturellement à le rapporter aux objets plutôt qu'à nous-mêmes. Lorsque le vaisseau qui nous emporte quitte le port, nous savons bien que ce n'est pas le port qui change de place -, toutefois, l'illusion est complète : le port fuit à l'horizon.

Donc, par rapport à nous, le mouvement est un déplacement des corps, rien de plus-, si l'expérience ne nous avait appris que les corps changent de place, nous n'aurions aucune idée du mouvement.

Donc, le mouvement, dans la supposition d'un corps unique, est une pure illusion ^ partant, l'argument qu'on en tire ne prouve rien contre notre doctrine sur l'espace.

On conclut de là pareillement que l'univers, considéré comme un seul corps, est immobile -, ses mouvements ne s'accomplissent que dans son intérieur.

87. Mais une des conséquences de cette théorie les plus curieuses, les plus étranges, c'est la démonstration, à priori^ que l'univers ne peut avoir qu'une certaine forme extérieure, à l'exclusion d'un grand nombre d'autres qui lui répugnent d'une manière absolue.

Ainsi, l'on ne saurait admettre, dans la supposition d'un corps unique, une portion de surface figurée de telle sorte que la ligne la plus courte d'un point de cette surface à quelque autre point dût passer en dehors de ce corps. Le dehors^ dans notre hypothèse, se-

i^ir-iiiianiiihiiiirtiiiiiiiiirrfiM-niiiriffîfiiftafiiittiiiirtliig^^

Page 1