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CHAP. XXIV. — CONJECTURE

présentation, et sont perçus dans cette intuition que l'on appelle idée de l'espace, sorte de récipient universel. Selon cette hypothèse, l'étendue externe est réelle, non-seulement comme principe de causalité de nos impressions, mais comme objet soumis aux rapports nécessaires conçus par notre intelligence.

175. Mais le monde externe est-il tel que nous le croyons voir ? Conformément aux règles que nous avons données, disons qu'il faut dépouiller les sensations de ce qu'elles ont de subjectif, subjectif que nous objectivons à notre insu ; disons, par rapport à l'étendue, qu'elle existe réellement hors de nous, qu'elle est indépendante de nos sensations, qu'elle n'a rien en soi de ce que celles-ci lui attribuent, rien que les qualités perçues par l'entendement pur, sans mélange d'aucune représentation sensible.

176. Il nous semble que l'on peut sans inconvénient admettre cette théorie; en même temps qu'elle affirme la réalité du monde corporel, elle réduit à néant les difficultés de l'idéalisrie. Résumons : rétendue en elle-même, l'univers en luimême, sont tels que Dieu les connaît ; la connaissance en Dieu n'est mêlée d'aucune de ces représentations sensibles dont nos perceptions incomplètes sont toujours accompagnées. Ainsi, ce qui reste de positif dans l'étendue, c'est la multiplicité avec un certain ordre constant. En soi, la continuité n'est autre chose que cet ordre ; en tant que représentation sensible, elle est un phénomène purement subjectif.

130 LIVRE III. -^ L*ÉTE\Dl'E ET l'ESPACE.

i77. Peut-être nous serait-il possible d'entrevoir pourquoi l'intuition sensible nous a été donnée. Notre âme est unie à un corps organisé, c'est-à-dire à un ensemble d'êtres liés par des rapports constants, soit entre eux, soit avec le reste de l'univers matériel. Afin que l'harmonie se maintînt, afin que l'âme qui préside à l'organisme et lui commande pût exercer ses fonctions d'une manière convenable , il fallait qu'elle eût sous les yeux, si je puis m'exprimer ainsi, la représentation permanente de cet ensemble de relations du corps qui la sert avec les corps étrangers. Cette représentation devait être simultanée, indépendante des combinaisons intellectuelles; autrement, la promptitude et la persévérance qu'exige la satisfaction des nécessités de la vie, par les facultés animales, devenaient impossibles.

Voilà pourquoi tous les êtres sensibles, ceux mêmes qui sont dépourvus d'intelligence, ont reçu cette intuition de l'étendue ou de l'espace, qui devient dans l'être vivant comme un champ sans limites où viennent se peindre le diverses parties de l'univers.

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