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CHAP. XXVII. — DU LIEU

197. Saint Thomas (livre I- question 8, art i") se demande si Dieu est en toutes choses ; et, laissant de côté l'Idée de l'espace , il prouve l'affirmative par 1 Idée de causalité : « Dieu étant l'être par essence « 1 être créé relève de lui comme un effet de sa « cause ', ainsi la flamme est le propre du feu « Cet effet. Dieu le produit dans les choses, nonce seulement au début de leur existence , mais « aussi longtemps qu'elles conservent l'être • ainsi « la lumière de l'air émane du soleil tant qu'elle « reste lumière. Il est donc nécessaire, aussi lon- « temps que la chose créée conserve l'être que <( Dieu soit présent en elle selon le mode dont elle « possède l'être. L'être est le plus intime des choses <e ce qui leur est plus profondément inhérent • le c^ propre, le réel de la chose créée : ainsi donc Dieu « est en toutes choses 5 il y est d'une manière; in- « time. ))

Etre dans l'espace , c'est être contenu dans l'espace, voilà du moins comment nous l'entendons. Saint Thomas n'admet point cette définition relativement aux êtres spirituels : « Si les corps, dit-il, sont dans les choses comme contenus, les êtres spirituels, au contraire, contiennent les choses dans lesquelles ils sont. »

Il demande (article second) si Dieu est partout, ubique. (( Dieu, dit-il, est en toutes choses en leur donnant l'être, la force et l'action : il est en tous lieux en y portant l'être, et la propriété de contenir , virtutem locativam. » Avec quelle profondeur il résout (>ette

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difficulté : les choses incorporelles n'occupent aucun lieu. c( Les choses incorporelles n'occupent point une place par contact, en tant qu elles puissent être mesurées, mais par contact d'activité , vii^tutis, » Bientôt, exphquant l'ubiquité de l'indivisible, il ajoute : {( \S indivisible est de deux sortes : l'un, dernier terme du continu comme le point dans ce qui est permanent, et le moment dans ce qui est successif. L'indivisible dans le permanent ne se peut trouver en plusieurs parties d'un lieu, ou en plusieurs lieux, parce qu'il occupe une position déterminée : de même que l'indivisible, dans l'action ou le mouvement, ne peut être en plusieurs parties du temps, parce qu'il occupe un rang déterminé dans le mouvement ou dans l'action. Mais il est un autre indivisible en dehors de iovt continu^ et c'est dans ce sens que les substances incorporelles, Dieu, l'ange et l'àme humaine sont indivisibles Cette indivisibilité ne s'applique point au continu comme chose qui lui appartienne ^ mais en tant qu'elle l'atteint par son activité \ et ainsi, selon que cette activité peut s'étendre, et que les objets qu'elle atteint sont plus ou moins nombreux, plus ou moins grands , l'indivisible se trouve en un ou plusieurs lieux, grands ou petits. »

Quoi de plus clair, relativement à l'intuition de l'espace , que cette vérité : une chose tout entière en un lieu ne saurait être hors de ce lieu-, toutefois, s' élevant au-dessus des représentations sensibles , „ l'ange de l'école établit résolument que Dieu peut être tout entier et dans le tout et dans chaque partie ;

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de même que l'âme est tout entière et dans le corps et dans chaque partie du corps. Ce qui porte le nom de totalité dans les choses corporelles, dit-il, est une quantité -, la totalité dans les substances incc^rporelles est une totalité d'essence ; par conséquent elle ne peut être mesurée par une quantité ni restreinte en aucun lieu.

Dans le Traité des Anges (P" part., quest. 52, art 1*^0, ii fait observer qu'on ne saurait prendrai autrement qu'en un sens équivoque », equivoce^ l'expression, occuper un heu, appliquée à l'ange comme elle l'est au corps.

Le corps est dans le heu qu'il occupe comme quantité commensurable. L'ange ne s'y trouve que virtuellement, c'est-à-dire en tant qu'il exerce son action sur un corps : c'est pourquoi on ne peut prétendre qu'il ait sa place dans le continu j habeat situm in continua.

Dans le Traité de F âme ( P* part. , quest. 76, art . 8), il établit que l'âme se trouve à la fois tout entière et dans tout le corps et dans chacune de ses parties. Distinguant de nouveau entre la totahté d'essence et la totahté de quantité, le saint docteur s'appuie sur le raisonnement dont il s'est déjà servi relativement aux anges. Merveilleuse doctrine que la méditation

* Selon les dialecticiens, un terme est équivoque lorsqu'il a diverses significations. Ils donnent pour exemple le mot lion, par lequel on désigne equivoce, soit un animal, soit une constellation céleste. «Equivoca sunt quorum nomen commune est, et ratio per nomen significata, simpliciter diversa. » Ainsi parlaient les écoles.

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