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Le monde externe, en tant que multiple, c'est

158 LIVRE III. — L*ÉTENDl]E ET l'eSPACE.

à-dire en tant qu'il comprend un grand nombre d'êtres, et, de plus, en tant que susceptible de cet ordre que nous nommons continuité, peut être objet d'intuition sensible ; l'expérience le prouve. Mais cette sensibilité passive ne lui est pas intrinsèquement nécessaire^ je veux dire que Dieu pouvait disposer notre univers de telle sorte qu'il échappât à notre sens. Mon opinion s'appuie sur ce fait, que les rapports des êtres corporels sont variables. N'est-il pas évident que si ces rapports n'existaient point, ou n'étaient pas soumis aux conditions exigées par la représentation sensible, cette représentation ne saurait se réaliser, et que le monde serait dépouillé de sa perceptibilité sensible?

217. Les faits eux-mêmes viennent à l'appui de cette donnée purement philosophique. L'air devient visible par la condensation : il se raréfie et devient invisible^ un liquide devient intangible en passant à l'état de vapeur. Les différences ne tiennent pas seulement à l'altération des objets, elles peuvent avoir pour causes les modifications de l'organe qui perçoit ces objets ^ on sait ce qui advient de la vue, aidée de certains instruments. Que si, dans l'état actuel des rapports que les êtres présentent, on observe ces transitions du sensible à finsensible, pourquoi refuser d'admettre, sous ces rapports, la possibilité d'un changement radical qui placerait le monde corporel en dehors de l'ordre sensible ?

218. Que les rapports des êtres qui composent l'univers corporel viennent à changer, le sensible peut devenir insensible, e^vecez/cr^a. Une multituded'êtres,

inaperçus jusque-là, sembleront sortir du néant. Mais quoi', n'avons-nous donc que de simples conjectures? A mesure que le champ de l'expérience va s'jîlargissant, de nouveaux phénomènes se révèlent, qui font l'étonnement de la science elle-même ; ainsi lattraction magnétique, l'électricité, le galvanisme, etc. Domptés par l'intelligence et soumis à ses lois, ces agents imperceptibles opèrent des prodiges. Est-il donc insensé de croire que le Créateur aurait pu les soumettre aiix lois de perceptibilité qui régissent les corps? Et ces agents, en connaît-on le nombre? A-t-on parcouru dans son entier l'échelle immense des êtres ? La science a gravi quelques degrés à peine.

Perfectionner un de nos organes au moyen des instruments, c'est changer un de nos rapports avec le monde corporel qui nous entoure. Or cette perfectibilité est indéfinie ^ à mesure que nous faisons un pas, l'horizon s'élargit et s'étend.

Quelle multitude d'êtres imperceptibles aujourd'hui qu'une simple modification de nos organes ou des lois de la nature découvrirait à nos regards! Vaste champ de conjectures et de méditations.

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