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CHAPITRE I

COUP D'œiL SUR LE SENSUALISME.

1. Nous venons de traiter des sensations; avant de traiter des idées, il ne sera pas inutile de nous demander s'il existe autre chose que des sensations, si tous les phénomènes de notre âme sont des s(însations transformées.

L'homme n'est pas seulement en rapport avec le monde extérieur matériel. Il ne peut réfléchir sur la sensation sans avoir conscience de quelque chose qui n'est pas la sensation 5 il ne peut réfléchir sur le souvenir de la sensation, sur la représentation intérieure de la sensation, sans éprouver quelque chose qui se distingue de cette représentation ou de ce souvenir.

2. Aristote a dit : a II n'est rien dans l'entendement qui n'ait été dans les sens, » et les écoles ont répété, durant plusieurs siècles : Nihil est in intellectu quod prius nonfuerit in sensu. Ainsi nos connaissances procédaient du dehors au dedans. Descartes vint, cet ordre fut changé; il fit procéder la science de fin-

térieur à l'extérieur. Malebranche, son disciple, fît plusencore. Selon ce philosophe, Fentendement doit se renfermer en lui-même, et n'établir avec le monde sensible que les rapports indispensables. L'air qui souffle du monde des sens est mortel à TinteUigence; les sensations sont une occasion permanente d'erreurs; l'imagination n'est qu'un piège toujours tendu; pertide enchanteresse qui se tient à la porte même de l'intelligence, parée, séduisante, et prête à saisir sa proie.

3. Locke tenta de réhabiliter le principe d'Aristote en le soumettant toutefois à l'observation : il adjoignit la réflexion à la perception sensible et reconnut des facultés innées. Condillac, son disciple, poussa plus loin cette espèce de réaction : il enseigna que tous le^ actes de l'àme ne sont que des sensations transformées. Le maître reconnaissait à nos idées une double origine , le sentiment' et la réflexion ; Condillac n'en admet qu'une. A son principe, la réflexion n'est que la sensation elle-même, ou le canal par lequel passent les idées qui nous viennent des sens. (Extrait raisonné du Traité des Sensations. Résumé de la première partie.)

Le jugement, la réflexion, les désirs, les passions, ne sont, dans la pensée de CondiUac, que des modifications, des transformations diverses de la sensation. C'est pourquoi il lui semble inutile de supposer que l'àme reçoive immédiatement de la nature les facultés dont elle est doué^. La nature nous a donné des organes qui nous avertissent, par la douleur ou

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