CHAP. I. — SENSUALISME
le plaisir, de ce que nous devons fuir ou rechercher; elle s'en tient là; c'est à l'expérience de nous instruire et d'achever l'œuvre de la nature. ( Traité des Sensations, Préface.)
4, Étrange contradiction, en même temps qu'il refuse à notre esprit les facultés naturelhîs, puisqu'il les rattache toutes à la sensation, le philosophe français se déclare occasionnaliste, prétendant que les impressions organiques ne sont autre chose que l'occasion de nos sensations. Mais la faculté de se mettre en rapport avec des objets qui ne produisent point la sensation, faculté qui n'est, par rapport aux sensations, qu'une simple occasion, n'est-elle pas, de toutes les facultés naturelles, la plus inexplicable ? Si l'on nous accorde celle-là, pourquoi nous refuser les autres ? Admettre une faculté naturelle de sentir, en vertu decausesquin'agissentque par occasion, n'est-ce pas attribuer à l'àme la faculté de produire elle-même, pour elle-même, la sensation, à l'occasion des impressions organiques? n'est-ce pas supposer un rapport immédiat de l'àme avec un être supérieur qui produit ces sensations ? Pourquoi cette activité interne ou cette réceptivité ne s'appliquerait-elle pas aux idées? Pourquoi refuser d'admettre d'autres facultés innées? ou plutôt pourquoi prétendre qu'on les nie quand on commence par les supposer ?
Et cependant Condillac s'est posé comme l'ennemi des systèmes ; il se déclare l'adversaire de l'hypothèse, et il l'attaque... par une hypothèse. Il préconçoit à sa manière l'origine et la nature des idées, et
force toutes choses à s arranger dans son cadre. Pour donner une idée du système et le combattre à armes courtoises, je vais analyser l'œuvre de prédilection du philosophe français, le Traité des Sensations, dans lequel il se. flatte d'avoir donné à sa doctrine le plus haut degré possible de clarté et de certitude.