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ASPIRATIONS DE L*AME HUMAINE

411. Les aspirations de l'âme humaine ne s'arrêtent point aux réalités du monde actuel. L'âme s'élance, d'un irrésistible essor, à la recherche d'un ordre supérieur de vérités. Les objets que lui fournit l'intuition immédiate sont impuissants à la satisfaire ; et, dans ces objets mêmes, elle ne se contente point de Xappareiicp^ il lui faut la réalité.

\\% L'individuel pur ne peut suffire à Vintelligence. Imperceptible anneau de la chaîne immense des êtres, Thomme se met en rapport avec ce qui l'entoure, avec les êtres finis comme lui-, mais ce n'est point assez -, il veut connaître et ce qui est audessus et ce qui est au-dessous-, il veut lire dans la raison des choses ^ il aspire à comprendre la loi de cette ineffable harmonie qui préside à la création. Ses jouissances les plus pures, il les goûte à franchir les Umites imposées à ses facultés. Son activité est plus grande que ses forces-, ses désirs sont supérieurs à son être. Le sentiment et la volonté participent de ce privilège douloureux de l'intelligence. L'homme a reçu du Créateur, en vue de ses besoins et de la conservation de l'espèce , des facultés déterminées dans leur objets mais à côté des affections qu'il doit à ces facultés, affections de l'ordre individuel et pratique, il éprouve des sentiments plus nobles, plus élevés. Il se sent entraîné en dehors de sa sphère par une force inconnue. Les fleuves vont à l'Océan-, l'àme de riiomme à l'infini.

J'en appelle à ces transports indéfinissables dont nous sommes saisis en présence des grands spectacles de la nature. Asseyez -vous au bord de la mer, sur une grève solitaire-, écoutez le mugissement sourd des vagues qui se brisent à vos pieds, ou la voix du vent qui pleure dans les sapins-, laissez votre regard plonger dans cette immensité jusqu'à la ligne azurée qui sépare la voûte du ciel des grandes eaux ; enfoncezvous dans une vaste plaine ou sous les chênes dune

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forêt séculaire^ contemplez, dans le silence de la nuit, le firmament où scintillent ces globes lumineux qui, depuis l'origine des siècles, décrivent en silence leurs orbites incommensurables, comme ils les décriront durant des siècles encore ^ livrez- vous sans contention, sans effort, aux mouvements spontanés dt; votre pensée^ vous sentez sourdre en vous des facultés inconnues -, votre être tressaille jusque dans ses fibres les plus profondes ^ l'âme est ravie au-dessus d'ellemême-, son individualité disparaît^ elle appartient, pour ainsi dire, à l'immensité. Elle voit, elbî sent, elle écoute l'ineffable harmonie qui préside à l'ensemble merveilleux dont elle n'est qu'un imperceptible atome. C'est l'heure de l'inspiration ^ heure solennelle , où l'homme de génie chante les grandeurs de la création ^ où sa main frémissante lève un coin du voile sous lequel se cache aux yeux mortels l'être par excellence, le grand ouvrier, le Créateur !

113. Ce sentiment grave , profond et calme à la fois, n'a nul rapport avec les objets individuels-, expansion de l'àme, qui s'ouvre au contact de la nature comme la fleur aux rayons du soleil^ sorte d'attraction par laquelle Tauteur de tout ce qui est nous élève au-dessus de cette poussière sur laquelle, durant quelques jours, nous avons à vivre et à souffrir. Ainsi l'intelligence s'harmonise avec le cœur , l'un pi-essent ce que l'autre connaît. Ainsi sommes-nous avertis de ne point circonscrire dans la sphère étroite du monde matériel l'exercice de nos facultés.

Laissons à l'àme toute sa vie. L'insensibilit(î glace

le cœur -, gardons-nous de ses atteintes. Le scepticisme éteint Tintelligence , préservons de son souffle glacé ce divin flambeau. Que l'homme n'abdique aucune de ses facultés^ qu'il les rapporte toutes à celui dont il les a reçues !

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