CHAP. XIX. — REPRÉSENTATION SENSIBLE
tions de notre activité intérieure. Je contemple un monument : intuition de la première espèce. Je produis en moi la représentation d'un cercle que je veux étudier ; intuition de la seconde espèce.
117. Cette force intérieure, en vertu de laquelle nous produisons à volonté un nombre indéfini de représentations sous une multitude indéfinie de formes, est un phénomène qui mérite de fixer notre attention. Il prouve que l'activité créatrice n'appjirtient pas seulement à l'ordre intellectuel pur, puisqu'elle se montre dans l'ordre sensible. Nous pouvons prolonger une droite à l'infini, et tirer sur un même plan d'autres lignes droites sans nombre. La diversité des angles sous lesquels il nous est permis de considérer ces droites est infinie. Que si de la ligne droite vous passez aux courbes, même infinité de combinaisons dans leur grandeur, dans leurs positions respectives, dans leurs rapports avec des axes déterminés. Ainsi, même dans Tordre sensible, nous trouvons en nous une force de production merveilleuse^ avec cet élément unique, l'étendue susc(îptible de limite ou de figure, l'esprit enfante des représentations sans nombre.
-♦ 118. Parfois la faculté représentative sensible se ^^développe en présence d'un objet et sous son influence ; parfois elle se développe spontanément et sans le concours de la volonté^ d'autres fois, enfin, en vertu d'un acte libre. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner comment le phénomène se trouve lié aux affections organiques. Il s'agit de constater et d'expliquer
les faits au point de vue de l'idéologie : la question physiologique ne ressort pas de notre sujet.
Entre les représentations sensibles que nous venons de classer, et que Ton pourrait désigner ainsi: représentations passives^ spontanées et libres, il existe de notables différences-, ne l'oublions pas.
119. La représentation passive est un don de rame indépendant de son activité. Nous ne pouvons pas ne point voir un objet lorsque nous sommes en présence de cet objet, les yeux ouverts -, il nous est même impossible de ne le pas voir d'une certaine manière, le point de vue et les conditions de la vision
étant donnés.
Puisque les représentations dépendent ainsi des organes dans leurs rapports avec les objets, il semble que l'âme soit purement passive dans l'exercice de ses facultés sensibles.
120. La représentation spontanée, c'est-à-dire la faculté qui produit en nous les représentations sensibles, indépendamment des objets externes et de la volonté, semblerait pareillement avoir quelque chose de passif et relever des affections organiques.
En effet, ces représentations se produisent ou sans ordre, ou sans un ordre primitif, en tant que souvenir de sensations antérieures. Elles bravent les efforts que nous faisons pour les détruire ou les oublier ^ tenaces, jusqu'à triompher longtemps de la résistance du libre arbitre.
On n'explique ces phénomènes qu'en les rapportant à des causes organiques, lesquelles , dans cer-